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04/04/2017 09:25 EDT | Actualisé 04/04/2017 09:25 EDT

Trois vedettes et un malaise

Que trois personnes respectables, connues et admirées du public aient accepté de se pencher sur l'éducation et les écoles est un geste habile de propagande politique qui a déjà sûrement marqué positivement beaucoup d'esprits au Québec.

Les syndicats de l'enseignement ont grimpé dans les rideaux à la suite de la nomination par le ministre de l'Éducation de trois «profanes» pour «repenser l'aménagement des écoles pour donner le goût aux enfants d'apprendre». Si on met de côté les outrances verbales syndicales habituelles et l'antipathie viscérale des enseignants vis-à-vis le gouvernement libéral, leurs critiques ne sont cependant pas sans fondements, tant s'en faut.

Qui sont ces trois profanes, ces trois vedettes? Ce sont Ricardo Larrivée, Pierre Thibault et Pierre Lavoie. Le premier est connu pour ses talents de cuisiniers et de communicateur, le second est un architecte de renom et le troisième est connu pour encourager l'activité physique. Les trois sont des personnes estimées dans notre société. A priori, cependant, il n'y a rien qui les qualifie pour repenser l'éducation, et seul Pierre Thibault peut offrir des conseils pertinents pour repenser l'aménagement des écoles afin de donner aux enfants le goût d'apprendre. À la condition qu'il écoute les enseignants.

Le ministre de l'Éducation a décidé d'avoir recours à des vedettes pour se faire faire une petite Commission Parent 2.0. C'est, bien sûr, ridicule.

C'est quand même une drôle de lubie celle-là. Le ministre de l'Éducation a décidé d'avoir recours à des vedettes pour se faire faire une petite Commission Parent 2.0. C'est, bien sûr, ridicule.

Au-delà des vœux pieux et des bonnes intentions et après avoir visité les écoles de pays réputés comme la Finlande, nos trois profanes ne nous diront pas grand-chose de plus que ce que nous ne connaissons pas déjà. Ils vont, sur l'école, réinventer le bouton à quatre trous. Nous savons déjà ce qu'est un bouton à quatre trous. De là provient le malaise que beaucoup éprouvent devant cette dernière trouvaille gouvernementale.

Dans tout l'énorme ministère de l'Éducation comme dans toutes les universités où on forme des enseignants et dans les commissions scolaires qui assurent au jour le jour avec les enseignants le travail d'enseignement au ras des pâquerettes, dans les classes, il faut donc conclure que le gouvernement n'a pas su trouver les ressources intellectuelles et créatrices pour innover et repenser l'école québécoise.

Disons, en étant très... charitables, que cette initiative spectaculaire n'est pas de nature à renforcer la confiance du monde de l'éducation en ses propres capacités. De plus, elle accrédite l'impression qu'à peu près n'importe qui peut faire n'importe quoi dans l'instruction des enfants. Ce n'est pas fort fort... C'est même insultant pour les enseignants et le milieu. La critique des syndicats n'est pas sans fondements, je le répète.

Pièce de stratégie

Pour comprendre ce geste du gouvernement, il faut d'abord se dire que nous sommes à 18 mois de la prochaine élection. Dans le budget Leitao de la semaine dernière, déjà la distribution des bonbons a commencé. Également, une solide campagne publicitaire gouvernementale est en marche. En planifiant la prochaine campagne électorale, le gouvernement ne comptera pas sur les enseignants qui, de toute façon, vont disperser leurs votes entre plusieurs partis politiques surtout dans l'opposition. Le gouvernement, qui a encore un budget à déposer au printemps 2018, va continuer de chercher à plaire au public en général en peaufinant ses stratégies et ses informations.

Face à une opposition plus divisée que jamais, le gouvernement tablera sur un certain contentement en raison de ses investissements «judicieux» pour redonner aux Québécois une partie, sinon la totalité de ce qu'il a imposé comme restrictions aux augmentations de budget, ce que le langage courant a appelé, à tort, des coupures.

Que trois personnes respectables, connues et admirées du public aient accepté de se pencher sur l'éducation et les écoles est un geste habile de propagande politique qui a déjà sûrement marqué positivement beaucoup d'esprits au Québec, en dehors des cercles plutôt restreints des médias et de l'opposition.

Il restera au gouvernement, d'ici la fin de l'automne, à annoncer quelques coups d'éclat de ce genre pour continuer à frapper le clou de sa bonne gouvernance. Bien sûr, ce gouvernement est fragile, au plan éthique, mais il demeure uni. L'opposition, en Chambre et dans la rue, n'a que des mots à lui opposer, et on ne sait pas très bien qui l'écoute encore.

Les trois vedettes ont aussi créé un malaise, et ce n'est pas seulement dans le monde de l'éducation.

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