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28/03/2017 09:51 EDT | Actualisé 28/03/2017 09:51 EDT

Mara M.: une lecture pour des gars!

Dans ce livre, il y a la vie, le désespoir, le courage, l'entraide, la dépression, le fou rire, la recherche de soi par des femmes que le sort a fait sortir de leur groupe naturel en raison de leur grossesse et de l'arrivée du bébé.

Je ne m'en cache pas: l'auteure du roman Mara M., Élyse-Andrée Héroux, est ma fille. Cette semaine, elle a publié avec ce livre un second roman dont j'ai terminé la lecture samedi soir. Mara M., c'est l'histoire d'une et de plusieurs mères monoparentales qui, devenues enceintes, ont décidé de garder leur bébé et de l'élever seules, peu importe les énormes défis personnels posés par cette décision.

Le livre raconte une histoire qui s'étend sur vingt ans. J'y ai reconnu des éléments de l'histoire de ma fille, qui est la mère monoparentale de mon seul petit-fils adoré, aujourd'hui âgé de vingt-deux ans. Mais j'ai aussi lu dans ce roman les histoires d'autres femmes qui, regroupées sous l'expérience de Mara et de ses amies monoparentales, nous font comprendre cet état de vie devenu fréquent depuis quelques décennies dans nos sociétés.

Dans ce livre, il y a la vie, le désespoir, le courage, l'entraide, la dépression, le fou rire, la recherche de soi par des femmes que le sort a fait sortir de leur groupe naturel en raison de leur grossesse et de l'arrivée du bébé. Il y a ténèbres et lumière. Il y a du quotidien assumé en tout ou en partie, il y a des rêves et de l'espérance. Il y a enfin du réalisme sur la vie de chaque jour de ces jeunes, trop jeunes mères monoparentales.

Dans le roman, Mara a eu son bébé à dix-huit ans. Disons que pour elle, le party est limité quand il faut qu'elle fasse boire son bébé à deux heures du matin et qu'elle n'a personne pour l'aider. Dans ce livre plein de surprises, il y a aussi de la joie et de l'humour. Car la vie n'est pas que peine et misère sans quoi les défis ne seraient pas relevés.

Tout en soutenant autant que possible notre fille dans son quotidien, nous n'étions pas dans sa peau, pas dans sa tête.

En refermant ce livre hier, bien des réflexions me sont passées par la tête. D'abord, il y a une fierté bien légitime d'assister à la reconnaissance du talent de son enfant. Pour ma fille Élyse-Andrée, c'est un deuxième roman qui est publié ainsi, après Les bonheurs caducs au printemps 2015. Ce ne sont pas tous les apprentis auteurs qui vont jusqu'à une seconde publication de leurs œuvres au Québec.

En lisant son roman, j'ai mieux compris les difficultés psychologiques, affectives et matérielles de la monoparentalité, même si au travers de la vie de notre fille, mon épouse et moi en avions saisi de bons bouts. Tout en soutenant autant que possible notre fille dans son quotidien, nous n'étions pas dans sa peau, pas dans sa tête. Ce livre lève le voile sur cela sans prêchi-prêcha, sans jugements, et c'est un de ses nombreux grands mérites. Il ne veut pas donner de leçons: il raconte une histoire. En plus, il est superbement écrit, ce qui ne gâte évidemment rien.

Un livre pour les gars

Enfin, je me suis posé la question: à qui s'adresse ce livre? En entrevue, ma fille répondait cette semaine à cette question en disant que c'était pour les femmes, les femmes monoparentales surtout, et elle a raison: «aussi pour les hommes». Moi, je pense que c'est surtout un livre pour les gars. Parce que ces femmes monoparentales n'ont pas été mises enceintes par le Saint-Esprit.

Sans vouloir le dire ou le faire, le livre met en relief l'absence de ces gars, partis après la baise ou la naissance du bébé, abandonnant leur rejeton et la mère qui tente d'amener son bébé dans la vie sans trop de dommages. Peu importent les motifs, la monoparentalité est également l'histoire de l'abandon. Sur quatre gars dans cette situation, nous disent les statistiques, trois sont pratiquement disparus de la vie de leur femme.

Pour cela, ce livre concerne aussi les gars. Il est aussi l'histoire de paternités non assumées, de responsabilités évitées, de fuites ou de manques de courage. C'est probablement l'aspect qui m'a le plus obsédé, en tant qu'homme, tout au long de ma lecture.

Je recommande bien sûr ce roman: il éclaire, il fait réfléchir, il aide à comprendre, il suscite l'empathie et il fait souvent rire.

Je souhaite que, en plus des femmes, beaucoup d'hommes et de jeunes hommes - beaucoup de gars prennent le temps de lire ce bouquin. Il me semble qu'il mérite leur attention et surtout, leur réflexion.

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