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03/11/2016 10:29 EDT | Actualisé 03/11/2016 10:30 EDT

L'affaire Lagacé: quelques questions sur l'origine de la «fuite»

Qui a intérêt à rendre publique une telle affaire et pourquoi? Quel avocat a informé Me Bourbeau, avocat de La Presse, de cette écoute électronique? Un avocat de la Couronne? Ou un avocat du syndicat du SPVM?

Coup de théâtre lundi 31 octobre dernier. Le journaliste de La Presse Patrick Lagacé a été espionné par le SPVM via son téléphone portable. Dans sa chronique du 1er novembre, Patrick Lagacé écrit ceci:

«Tout a commencé par un texto de l'éditeur adjoint de La Presse, Éric Trottier. «Faut que je te parle, jeune homme.» C'était jeudi en fin d'après-midi, je venais de finir une répétition pour l'enregistrement de Deux hommes en or, l'émission que je coanime à Télé-Québec. Je rappelle donc Éric. Il m'annonce qu'il est avec Patrick Bourbeau, l'avocat de La Presse. Me Bourbeau m'explique les détails de l'affaire. Les quatre policiers arrêtés en juillet...Mon nom qui apparaît sur le radar des enquêteurs...Une demande face à un juge...Un de nos procureurs qui parle à celui de la Couronne... Et...Et mon téléphone, espionné pour ses métadonnées pendant six mois.»

Ce 1er novembre 2016, le président du syndicat des policiers de Montréal réclame aussitôt la tête du chef de police de Montréal, Philippe Pichet et le premier ministre du Québec veut resserrer les critères de surveillance concernant la filature électronique des journalistes. Il s'agit là d'une réponse très rapide et de nature populiste.

C'est la mode aujourd'hui, d'autant plus qu'on touche à la liberté d'expression des journalistes et à la confidentialité de leurs sources, qu'il n'est nullement question de remettre en cause. Mais, «audi alteram partem», regardons l'autre côté de la médaille et posons certaines questions:

1 - Qui a intérêt à rendre publique une telle affaire et pourquoi?

2 - Quel avocat a informé Me Bourbeau, avocat de La Presse, de cette écoute électronique? Un avocat de la Couronne? Ou un avocat du syndicat du SPVM?

3 - Le syndicat des policiers, qui est en négociation, n'aurait-il pas un certain intérêt à discréditer l'autorité policière en coulant des informations croustillantes aux journalistes afin d'améliorer son image auprès du public?

4 - Le SPVM, en contrepartie, a-t-il intérêt à connaître la source des délateurs qui nuisent à son image?

5 - Où en sont les relations de travail au SPVM? Les policiers portent toujours la casquette rouge et le hideux pantalon de camouflage, que dénonce régulièrement le maire de Montréal.

6 - Et surtout, qui dirige le SPVM? Le chef de police ou le syndicat?

Nous ne minimisons pas du tout la gravité de l'affaire Lagacé, bien au contraire. Mais les questions que nous soulevons ici sont également très importantes. Elles donnent à cette affaire un contexte plus large qui aide à mieux comprendre les enjeux réels de cette «fuite».

Dans ce domaine comme dans bien d'autres, la précipitation n'a jamais été une bonne conseillère.

Par Normand Chatigny, Michel Héroux, Denys Larose et Jean-Noël Tremblay

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