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29/11/2018 15:10 EST | Actualisé 29/11/2018 15:10 EST

Alexander Calder, une exposition exceptionnelle à Montréal

L'artiste avait laissé une empreinte indélébile sur Montréal, grâce à sa sculpture monumentale créée à l'occasion de l'Exposition universelle de 1967, les Trois disques.

photograph by Paul Prudence via Getty Images
La sculpture «Trois disques», également connue sous le titre L'Homme, de Alexander Calder et située dans le Parc Jean-Drapeau. Elle avait été créée à l’occasion de l’Exposition universelle de 1967 à Montréal.

Le Musée des Beaux-Arts de Montréal célèbre l'Américain Alexander Calder (1898-1976), dans la première rétrospective qui lui est consacrée au Canada en 42 ans. Il faut dire que l'artiste avait laissé sur et dans la ville une empreinte indélébile avec sa sculpture monumentale, créée à l'occasion de l'Exposition universelle de 1967, les Trois disques (également connue sous le titre L'Homme), «où l'homme, comme l'œuvre, a fini par être affectueusement intitulé», a écrit Anne Grace, co-commissaire de la rétrospective.

Né en Pennsylvanie, Alexander Calder se révèle doué pour la cinétique, la mécanique, l'inventivité. Assez vite ses dons vont converger vers la création artistique, où il va apporter ses «inventions radicales», pour reprendre le mot de George Kubler.

Elizabeth Hutton Turner consacre l'un des chapitres les plus passionnants du livre-catalogue à ces importants aspects, qui permettent de mieux comprendre Calder. Elle note qu'adolescent, il «souhaitait établir un lien entre les études et sa tendance naturelle à rechercher des solutions mécaniques». C'est ainsi que ses premiers emplois, après l'obtention de son diplôme d'ingénieur en mécanique, ont été trouvés dans les secteurs de l'automobile et de l'hydrologie, avant de devenir dessinateur pour la National Police Gazette de New York. À la même période, il fit aussi des comptes-rendus illustrés pour le Ringling Bros. And Barnum & Bailey Circus.

Linda Dalrymple Henderson consacre un chapitre au dialogue Calder-Duchamp, où elle établit le lien entre «l'inventeur radical» et le père de la théorie de la relativité générale, Albert Einstein. Le phénomène de la courbure de la lumière, survenant au cours d'une éclipse, fascina Calder. À 22 ans, il veut donc «adopter la nouvelle physique de la relativité [dont] le mot d'ordre est "espace-temps"». Tout fascine cet artiste-ingénieur hors du commun.

En 1926, Calder est à Paris, ville qu'il va adorer comme le pays d'ailleurs, où il vécut de nombreuses années. Il y rencontre tous les artistes célèbres, et en particulier Joan Miró, Cocteau, Man Ray, Desnos, Léger, Le Corbusier, Piet Mondrian, mais aussi Foujita, un artiste à l'honneur en France et au Japon, qui souligneront le cinquantième anniversaire de son décès. L'exposition de Montréal montre les portraits au fil de fer de Kiki de Montparnasse, la maitresse de Foujita.

ASSOCIATED PRESS
Alexander Calder pose à l'intérieur de l'une de ses oeuvres près de sa maison à Saché, en France.

Première rétrospective à New York en 1943

En 1943, alors que l'Europe est en plein cataclysme, le MoMA de New York lui consacre sa première rétrospective. Il a tout juste 45 ans à l'époque.

Dès les années 1950, Calder atteint une notoriété mondiale. Il sera appelé à créer des œuvres en commande publique pour Beyrouth, Bombay ou Caracas, mais aussi pour le futur John F. Kennedy Airport, à New York. Plusieurs institutions et villes feront à leur tour appel à son sens artistique, notamment l'Exposition universelle de Bruxelles, Venise, l'UNESCO (Paris), l'Australie et, bien sûr, Montréal.

En 1971, il réalise des eaux-fortes sur un texte de son ami Prévert, intitulé Fêtes, publié par les éditions Maeght. Artiste fracassant par son art mêlant technologie et vision poétique du monde et de l'espace, Calder joue avec les paradoxes ou les antagonismes comme la sobriété des éléments utilisés, le fer, l'acier, avec l'exubérance des couleurs et des formes.

Il laissa, à sa mort, 22 000 œuvres et fit l'objet d'exposition sur les cinq continents. Aujourd'hui, 150 œuvres sont rassemblées au MBA à Montréal, dévoilant son impressionnante polyvalence: dessins, peintures, sculptures, mobiles, design (dont un collier ayant appartenu à Bella Chagall) et performances. Exposition quadridimensionnelle, les ombres de ses sculptures ou de ses mobiles suspendus ajoutent à la magie en bougeant au moindre souffle comme les cloches japonaises ou coréennes accrochées à l'entrée des temples ou des maisons. Tout est suspendu, tout est souffle, mouvement, couleur.

Dans les salles de l'exposition, nous admirons les constellations, son Aluminum Leaves, Red Post (Feuilles d'aluminium, Poteau rouge, 1943), ses Gongs rouges (1950). Sa peinture Santos se rapproche de Miró, cet autre maître de l'abstraction et de la couleur.

Durant ses cinq ou six dernières années, Calder créa pas moins de 300 œuvres. Cet homme de l'art était aussi un homme de paix, agissant autant qu'il le pouvait contre la guerre. Il avait protesté avec force contre la guerre du Vietnam et, peu avant sa mort, il refusa la Médaille de la Liberté que voulait lui remettre le président Ford, pour protester contre les traitements subis par les objecteurs de conscience.

L'ambition de l'équipe du MBA de Montréal est de provoquer un choc sur chaque visiteur. Depuis un demi-siècle, la sculpture L'Homme, du haut de ses 21m, demeure l'un des symboles de Montréal au point d'en être devenue l'icône, au bord du Saint-Laurent. L'œuvre en acier inoxydable a été construite dans les ateliers de la Société Biémont à Tours, non loin de la maison de Calder. Grâce à cette impressionnante sculpture curieusement non peinte, l'artiste voulait briser les tabous en dressant une sorte de nef reposant sur des jambes-colonnes entre lesquelles les passants, subjugués par cette forme quasi matricielle, contemplent la voûte immarcescible des espaces infinis.

Cette exposition est un événement qui nous rend proches de l'un des artistes les plus impondérables et fascinants du XXe siècle.

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