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29/02/2016 05:04 EST | Actualisé 01/03/2017 05:12 EST

Une mise au point sur la diversité dans le cinéma, en direct de Berlin

Venir à Berlin, c'est constater de ses propres yeux l'inutilité des murs.

La semaine dernière, lors du Festival international du film de Berlin, il s'est produit quelque chose de merveilleux, quelque chose que les spectateurs américains ne savent peut-être pas, ou qui les laisse indifférents.

Dans Fuocoammare, vainqueur du grand prix, Gianfranco Rosi s'intéresse de très près aux bateaux remplis à ras bord d'immigrants africains, désespérés et à demi morts, qui passent par la petite île italienne de Lampedusa dans leur périple vers l'Europe. Ceux qui ont échappé à la noyade découvrent les habitants dépassés et pourtant dévoués de l'île, dont les actes simples incarnent la preuve que nous sommes aussi capables du meilleur et qu'une partie de la grande famille humaine en aide ici une autre.

L'Ours d'argent du meilleur premier film est revenu au Tunisien Mohamed Ben Attia, dont le film, Hedi, raconte l'histoire d'un fils cadet, docile, mais peu sûr de lui, qui fuit un avenir interdit, mais se fait rattraper par la complexité du présent. Avec pour décor ce pays musulman récemment éprouvé par des attentats à la bombe dans ses musées et d'autres sites touristiques, le film ramène avec tendresse la problématique des différences insurmontables à l'échelle humaine.

Un autre Ours d'argent a été attribué à A Lullaby to the Sorrowful Mystery, saga de 8h30 de Lav Diaz sur l'histoire des Philippines, depuis l'époque coloniale jusqu'à l'indépendance du pays. Le prix de la meilleure image est allé à Crosscurrent de Yang Chao, un film chinois élégiaque et brillant.

Mais le palmarès de la Berlinale, le plus gros festival de cinéma au monde, est passé inaperçu. Ces témoignages venus de Chine, de Somalie, du Soudan, du Mali et de Tunisie, preuves mêmes de l'impact, de l'importance et de la diversité du cinéma mondial, ont été occultés aux États-Unis par l'attention portée à cinq mots que j'ai prononcés lors de la conférence d'ouverture. Et je le déplore.

Les membres du jury que je présidais -- choisis par le directeur allemand du festival - étaient Polonais, Italiens, Français, Britanniques, Allemands et Américains. Comme dans n'importe quel jury culturel, la présidente que j'étais n'a pas participé à la sélection des jurés.

Contrairement aux allégations qui ont circulé, personne ne m'a posé la question de savoir ce que je pensais de la composition ethnique du jury lors de cette conférence de presse. Je n'ai pas «défendu» un jury «100% blanc» et, si on me l'avait demandé, je ne l'aurais pas fait. Le brassage des peuples, des genres, des ethnies et des religions est essentiel à mes yeux, comme je l'ai rappelé au début de la conférence.

À la question d'un journaliste égyptien sur le cinéma tunisien, la culture arabo-africaine et mon goût pour les films arabes en particulier, j'ai répondu - certes un peu trop longuement - avoir adoré Theeb ou encore Timbuktu. Ce qui ne m'a pas empêché d'admettre en toute honnêteté que je ne connaissais pas très bien le Moyen-Orient. Pourtant j'ai eu l'occasion de jouer des personnages très différents, issus de cultures tout aussi diverses. Et ce qui m'est venu à l'esprit, c'est que nous sommes tous, à la base, originaires d'Afrique. Ce que je veux dire, c'est que les valeurs fondamentales de l'humanité se retrouvent dans toutes les cultures. Nous sommes tous Berlinois, tous Africains.

Je ne cherchais pas à minimiser les différences, mais, au contraire, à souligner le lien invisible que tisse l'empathie, cette émotion si intimement liée à notre condition humaine. Et c'est ce que permet l'art: faire partager l'expérience de quelqu'un d'autre. Venir à Berlin, c'est constater de ses propres yeux l'inutilité des murs.

Je tiens à défendre chacun des choix du jury, car nous avons pris cette mission très au sérieux. J'espère que la presse accordera à Yang Chao, Lav Diaz, Mohamed Ben Attia, Gianfranco Rosi et tous les autres artistes que nous avons honorés une attention tout aussi vibrante que celle dont mes remarques, mal interprétées, ont fait l'objet. Leur travail mérite d'être de trouver un écho enthousiaste dans la presse. Il reflète une diversité de pays, de peuples, de points de vue et d'humanité qui ne devrait pas rester dans l'ombre aux États-Unis.

Cette tribune, publiée à l'origine sur le Huffington Post américain, a été traduit par Mathilde Montier pour Fast for Word.

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