LES BLOGUES
20/09/2018 11:05 EDT | Actualisé 20/09/2018 11:41 EDT

Valorisons et épaulons les proches aidants

Afin de leur venir en aide, les partis politiques doivent s’engager à mettre en place une stratégie globale et inclusive pour tous les proches aidants.

Pour le moment, les mesures de soutien sont insuffisantes et fragmentées; elles varient en fonction de l’âge ou de la condition de santé de la personne aidée, plutôt que de tenir compte des besoins réels du proche aidant.
Eva-Katalin via Getty Images
Pour le moment, les mesures de soutien sont insuffisantes et fragmentées; elles varient en fonction de l’âge ou de la condition de santé de la personne aidée, plutôt que de tenir compte des besoins réels du proche aidant.

Les proches aidants sont des acteurs incontournables du système de santé, la preuve: les deux questions sur le thème de la santé lors du premier débat des chefs étaient posées par proches aidantes. Et si tous les partis ont répondu qu'ils augmenteraient le nombre de préposés ou d'infirmières pour les patients, la réalité des proches aidants n'a même pas été évoquée pendant la demi-heure qu'a duré ce sujet.

Généreux et engagés, les proches aidants assurent souvent plus de cinq heures par semaines des soins et des services indispensables aux plus vulnérables de la population Québécoise, qu'ils soient adultes ou enfants, malades, en situation de handicap et/ou vieillissantes. Les millions d'heures effectuées gratuitement par les proches aidants permet d'économiser entre 4 et 10 milliards de dollars par année au gouvernement.

Contrairement à l'idée reçue, ne rien faire est aussi coûteux. En effet, les proches aidants s'appauvrissent en réduisant leurs heures travaillées (diminution de 16 000$), alors que les coûts additionnels s'élèvent à 7600$ en moyenne. Et ce ne sont pas les crédits d'impôts qui viendront les aider, puisque seuls 3,2% les obtiennent pour un montant moyen de 559$ par année.

Des alliés incontournables

Avec le vieillissement de la population, l'augmentation des maladies chroniques ou dégénératives, les proches aidants sont des alliés incontournables. Encore plus dans un réseau de santé en réorganisation et dont les professionnels, pas assez nombreux, sont à bout de souffle.

Même si le prochain gouvernement embauchait les milliers de professionnels manquants, ce que les chefs promettaient jeudi dernier, les proches aidants seraient encore nécessaires pour assurer une présence quotidienne importante et irremplaçable.

📣 LES ÉLECTIONS SUR FACEBOOK
Vous ne voulez rien manquer de la campagne électorale?

Cliquez ici pour devenir membre de notre groupe
«Québec 2018: les élections provinciales»!

Au-delà des économies financières, ils contribuent à humaniser les soins fournis aux personnes vulnérables ou en fin de vie, permettant à ces dernières d'être reconnues pour qui elles sont, plutôt que seulement considérées comme un numéro, une maladie ou une statistique. C'est lorsque les personnes accompagnées expriment de la gratitude que les proches aidants se sentent le plus valorisés.

Impossible de carburer à la gratitude

La gratitude de la personne aidée ne peut être suffisante pour lutter contre l'appauvrissement, l'épuisement, voire la détresse des proches aidants. Ce rôle ne doit pas reposer uniquement sur les individus, particulièrement les femmes, mais s'inscrire dans une solidarité collective. Pour le moment, les mesures de soutien sont insuffisantes et fragmentées; elles varient en fonction de l'âge ou de la condition de santé de la personne aidée, plutôt que de tenir compte des besoins réels du proche aidant.

Afin de leur venir en aide, les partis politiques doivent s'engager à mettre en place une stratégie globale et inclusive pour tous les proches aidants.

Afin de leur venir en aide, les partis politiques doivent s'engager à mettre en place une stratégie globale et inclusive pour tous les proches aidants, en concertation avec les organismes tel que le RANQ. Oui, une amélioration du système de santé est primordiale, mais ne peut être suffisante pour alléger le fardeau des proches aidants.

Une telle politique ne doit pas être un vœu pieux. Elle doit entériner le choix libre, éclairé et révocable des proches aidants, la reconnaissance de leur expertise et leur droit à une évaluation complète et régulière de leurs besoins. Elle doit mettre en place des services nécessaires aux proches aidants, pour qu'ils puissent assumer leur rôle sans s'épuiser ni s'appauvrir. Elle doit s'appuyer sur l'expertise des organismes communautaires soutenant les proches aidants et des recommandations qui découlent de la recherche et de la surveillance d'indicateurs de qualité spécifiques aux proches aidants.

En soutenant adéquatement les proches aidants, le Québec deviendra l'un des chefs de file dans la reconnaissance de ces forces vives de la société souvent oubliées et méconnues.

Avec une telle politique, les candidats répondraient au souhait de leurs concitoyens d'avoir des élus informés, novateurs et à l'écoute des préoccupations actuelles et futures de la population. En soutenant adéquatement les proches aidants, le Québec deviendra l'un des chefs de file dans la reconnaissance de ces forces vives de la société souvent oubliées et méconnues.

À LIRE AUSSI:

» La nécessité de dépolitiser la santé
» Penser le système de santé autrement pourrait changer la donne
» Qu'on fasse des «vieux», un grand projet de société