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27/04/2018 09:00 EDT | Actualisé 27/04/2018 09:00 EDT

La neurodiversité: concevoir l’autisme autrement

L’autisme, comme toute autre divergence neurologique, fait partie intégrante de la diversité humaine et contribue à rendre notre société plus accomplie, plus profonde, plus entière.

Getty Images/iStockphoto

Le mot neurodiversité circule de plus en plus pour parler des divergences neurologiques, comme l'autisme, le TDAH, les DYS, la déficience intellectuelle, la trisomie, le haut potentiel. La notion de neurodiversité semble nouvelle, mais elle existe depuis plusieurs années sans être nommée ainsi explicitement. Vers 1938, Hans Asperger suggérait cette possibilité de divergence neurologique pour décrire l'autisme. L'initiation du mot « neurodiversité » est attribuée à une autiste militante, Judy Singer, dans les années 1998-1999.

La neurodiversité est la diversité des cerveaux et des esprits humains. C'est la variation infinie du fonctionnement neurocognitif au sein de notre espèce.

Le concept de la neurodiversité se compare à la biodiversité. Le cerveau humain est alors comparable à un écosystème : un réseau extrêmement complexe. Il n'y a que des cerveaux qui sont connectés de plusieurs manières et aucune ne prévaut sur une autre. La norme n'existe pas. La pathologie ou tout autre appellation péjorative n'existe pas. Il n'y a que des divergences par rapport au fonctionnement neurologique majoritaire.

À l'heure actuelle, la majorité des mouvements de la neurodiversité sont tenus par des militants autistes.

À l'heure actuelle, la majorité des mouvements de la neurodiversité sont tenus par des militants autistes. Ces militants autistes revendiquent entre autres que l'autisme ne soit plus considéré comme une maladie mentale ni comme un trouble neurodéveloppemental.

En ce sens, nous pouvons faire le parallèle avec l'homosexualité qui était considérée comme une maladie mentale il y a à peine 45 ans ! Traitements de toutes sortes étaient alors utilisés pour guérir ceux « affligés » par cette « maladie ». Aujourd'hui, il serait totalement absurde et très mal vu de parler de maladie pour l'homosexualité. Pourtant, nous faisons exactement cette même ineptie avec l'autisme encore en 2018.

L'autisme n'est pas un désordre neurologique ni métabolique. L'autisme est une divergence neurologique. La diversité neurologique existe au même titre que la diversité sexuelle, ethnique, culturelle, raciale. Prétendre le contraire reviendrait à dire qu'il n'existe qu'une seule manière de percevoir, de concevoir, de voir, d'appréhender, de ressentir notre monde. Ce qui serait totalement ridicule !

Au-delà de ces revendications faites par les militants autistes, il s'agit d'apporter une tout autre conception et compréhensibilité de l'autisme. L'autisme vécut de l'intérieur: expliquer l'inexplicable.

Dans le cerveau des autistes, les connexions neuronales sont réorganisées de manière à favoriser la pensée en images. Pour un autiste, l'information se traite principalement par les aires sensitives (perceptives) qui sont surconnectées. En effet, les autistes n'utilisent pas leurs aires sensorielles de la même manière que les non-autistes. Les régions sensorielles, principalement visuelles, du cerveau autistique font majoritairement le travail analytique des informations entrantes. De par cette surconnectivité, les aires perceptives des autistes réalisent des tâches plus complexes que celles des non-autistes.

Le cerveau d'un non-autiste, quant à lui, traite l'information tout d'abord par les aires sensorielles, et ensuite, l'information sera transmise un peu partout dans les différentes aires cérébrales en fonction de l'information reçue.

Ces modes de pensée contribuent à enrichir notre société, avec leurs forces, leurs faiblesses.

Les intérêts des non-autistes seront davantage sociaux et les intérêts des autistes seront davantage perceptifs. Nous avons ainsi deux manières totalement différentes de traiter l'information reçue. Aucune de ces manières ne prévaut sur l'autre. Ces modes de pensée contribuent à enrichir notre société, avec leurs forces, leurs faiblesses.

Pour une personne non autiste, il peut être difficile de s'imaginer que le cerveau d'un autiste fonctionne de manière si différente. Les comportements, les réactions, le mode d'apprentissage peuvent alors être interprétés faussement.

Quand nous analysons les informations majoritairement par nos aires sensorielles, nous recevons une quantité faramineuse de stimuli. Les détails sont astronomiques et nous submergent ! Notre contact avec l'environnement est particulier. Nous avons besoin d'y mettre de l'ordre pour mieux le comprendre, mieux l'appréhender. Nous avons besoin de repères fixes et connus pour le rendre moins chaotique. Nous avons besoin de nous mouvoir librement pour assimiler les informations environnantes.

La neurodiversité, pour les militants autistes, c'est de vouloir donnez un éclaircissement probant aux nombreuses crises de « non-sens », à l'enfermement, au « retard » de langage, aux épisodes « d'automutilation », aux intérêts « restreints », aux « maniérisme », aux « stéréotypies », aux « autostimulations ». Puisque toutes ces idées sur l'autisme sont complètement dépassées.

L'autisme, comme toute autre divergence neurologique, fait partie intégrante de la diversité humaine et contribue à rendre notre société plus accomplie, plus profonde, plus entière.

Fournie par Mélanie Ouimet

La neurodiversité, l'autisme : reconsidérer la nature humaine, Mélanie Ouimet, parents éclairés, 2018