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18/12/2018 06:00 EST | Actualisé 17/05/2019 12:19 EDT

Éducation: le centre de triage du ministre Jean-François Roberge

Il semble plus facile d’identifier les défis que rencontrent nos enfants en leur fixant un trouble neurologique que de se remettre en question, ce qui nous déresponsabilise par le fait même.

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Si la réinvention du système scolaire signifie s’appuyer sur le modèle médical, de rendre pathologiques tous comportements des enfants, voire de médicamenter cesdits comportements, je crois que nous commentons de graves erreurs.

La diversité. Dans notre société, la diversité, quelle qu'elle soit, agit comme une source de potentiel créatif favorable à son développement. C'est sur ce paradigme qu'est basée la neurodiversité.

«On aura un climat de classe plus serein quand les élèves seront regroupés en fonction de leur difficulté ou de leur trouble», a déclaré le ministre de l'Éducation Jean-François Roberge dans une entrevue réalisée avec l'Agence QMI vers la fin novembre. «L'aide aux élèves en difficulté doit d'abord passer par le dépistage précoce des troubles d'apprentissage chez les jeunes enfants», avait également mentionné le ministre peu de temps après son assermentation.

Des déclarations qui en laissent plusieurs perplexes et inquiets

Ces affirmations semblent basées plus que jamais sur le modèle médical selon lequel les êtres humains, enfants ou adultes, sont classés en termes de déficits. Une approche selon laquelle il est préconisé d'étiqueter et catégoriser les élèves en termes de dysfonctions, de lacunes et de difficultés.

Son livre, Et si on réinventait l'école?Chroniques d'un prof idéaliste, ressemble maintenant drôlement à un centre de triage où les enfants seraient classés de façon péjorative. Dans les faits, le dépistage précoce signifie: «Pathologiser», Étiqueter, Catégoriser, Réparer.

Si la réinvention du système scolaire signifie s'appuyer sur le modèle médical, de rendre pathologiques tous comportements des enfants, voire de médicamenter cesdits comportements, je crois que nous commentons de graves erreurs.

«Assainissons les classes régulières» est le message perçu derrière cette déclaration du ministre. Mais au fond, de qui parlons-nous lorsque nous mentionnons «ces élèves-là»? Ceux qui dérangent? Ceux qui «tirent vers le bas» les autres élèves de la classe? Ceux pour qui nous sommes dépassés en raison de leurs comportements? Ceux pour qui les comportements sont si mal compris qu'on leur impose un trouble psychiatrique? Ceux pour qui on masque notre ignorance et notre désarroi dans des étiquettes?

Les élèves sont en difficultés principalement parce que notre système d'éducation est standardisé et normalisé.

Nous n'osons que très rarement remettre en question le mode d'apprentissage ainsi que nos approches envers les enfants. La qualité des services offerts est-elle réellement optimale? Les approches disciplinaires punitives et coercitives sont-elles réellement légitimes?

Il semble plus facile d'identifier les défis que rencontrent nos enfants en leur fixant un trouble neurologique que de se remettre en question, ce qui nous déresponsabilise par le fait même. Tout en ne niant pas que certains élèves soient plus en difficulté que d'autres à certains ou plusieurs niveaux, à court ou long terme, la majeure partie de ce que nous nommons «difficultés» et «troubles de comportements» ne sont qu'en fait le résultat de nos incompréhensions, d'un développement atypique, de besoins non compris, d'émotions non entendues.

Également, tout diagnostic neurologique émis demeure subjectif. Ceci ne veut pas dire que la diversité neurologique n'existe pas ni que la détresse n'est pas présente. Ceci veut simplement dire que les évaluations psychiatriques comportent des limites humaines quant à la fiabilité, d'autant plus lorsque l'enfant est en âge préscolaire.

Le risque de mal interpréter les comportements est énorme. Le risque de s'enfermer dans un diagnostic ou dans une difficulté donnée et d'y réduire l'enfant à ces derniers est réel et préjudiciable.

Le ministre Roberge croit qu'en rassemblant les élèves ayant des «troubles» l'ambiance serait plus sereine. Comme un sondage de la Fédération des syndicats de l'enseignement nous le révélait: «Deux professeurs en adaptation scolaire sur trois avaient vécu une agression physique, verbale ou psychologique de la part d'un élève au cours des deux dernières années».

Bien que le désarroi des enseignants soit bien réel et senti, nous tombons rapidement dans la dynamique l'enfant-bourreau et l'enseignant-victime, une représentation dangereuse.

Est-ce que la détresse des adultes provient d'un sentiment d'impuissance? Est-ce qu'il y a un manque de connaissances à combler? Est-ce que nous sommes trop focalisés sur le trouble donné que nous en oublions les relations humaines dans nos approches? En troublant neurologiquement le développement et les comportements des enfants, involontairement, enlevons-nous d'emblée certaines aptitudes aux adultes qui accompagnent les enfants? Nous oublions également de faire mention de la violence physique et psychologique que subissent ces enfants de la part de ces mêmes adultes, et ce, dans les classes spécialisées également. Une réalité qui semble être bien tabou.

Statistiquement parlant, à l'heure actuelle 17% des enfants présentent un trouble neurodéveloppemental.

Ce chiffre à lui seul, qui ne tient pas compte des autres «maladies psychiatriques», ne devrait-il pas nous alarmer? Ne devrait-il pas nous amener à réfléchir sur notre conception de la normalité, des standards de développement, de l'uniformisation de l'enseignement?

Par ailleurs, rappelons qu'en 2017, le ministre de l'Éducation de l'époque, Sébastien Proulx annonçait la fin de la course aux diagnostics dans les écoles. Ce dernier mentionnait clairement que nous devions nous éloigner de l'approche médicale pour aider les enfants rencontrant des défis. C'est exactement ce que prône le paradigme de l'éducation basé sur le concept de la neurodiversité. Réorganiser l'approche pédagogique centrée sur la diversité et construite sur les forces de chacun dans le but d'atteindre leur plein potentiel.

«Notre survivance comme peuple dépend de notre capacité à réinventer l'école et à valoriser l'éducation», affirme Jean-François Roberge dans son livre Et si on réinventait l'école? au cœur duquel «un bon enseignant doit savoir créer un lien avec chacun de ses élèves». Simpliste. Idéaliste. Véridique.

Pour reprendre les propos de monsieur Roberge, il serait dommage que les initiatives des plus enthousiastes et la bonne volonté soient bloquées et étouffées par des conventions collectives et bureaucratiques. Parce qu'au lieu d'atteindre des objectifs pédagogiques standardisés, l'école réinventée ne devrait-elle trouver racine dans un accompagnement basé sur les neurosciences affectives et l'humanisme où la contribution de chacun serait considérée afin de mettre l'intelligence collective à profit? L'objectif ultime de l'éducation ne devrait-il pas être de développer le potentiel humain?

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