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06/03/2019 13:56 EST | Actualisé 13/03/2019 11:13 EDT

L’illusion d’élitisme en autisme

L’idée que le continuum autistique serait trop grand et trop vaste est un sujet de discussion qui revient fréquemment dans le monde de l’autisme et de la neurodiversité.

Ce diagnostic précis d’autisme Asperger semble être presque convoité par certains, qui le perçoivent comme étant l'équivalent d'une douance.
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Ce diagnostic précis d’autisme Asperger semble être presque convoité par certains, qui le perçoivent comme étant l'équivalent d'une douance.

Ce texte a été coécrit par Richard Marcotte et Valérie Picotte. Pour lire la suite: Les autistes ne se hiérarchisent pas entre eux

L'autisme est un diagnostic en constant essor depuis les dernières années tant chez les enfants que chez les adultes. Tristement, par méconnaissance, jugements et craintes de stigmatisation, une certaine forme de hiérarchisation s'est installée au fil des années en matière d'autisme.

Les différents diagnostics possibles qui se sont succédé en autisme, dans l'imaginaire collectif et au fil des DSM, laissaient croire à un continuum linéaire, catégoriel et défini, allant d'une limitation significative du fonctionnement intellectuel à une douance supposée.

Par chance, cette façon de penser l'autisme s'est transformée depuis la parution du DSM-V en 2013: il est maintenant devenu inclusif1, c'est-à-dire qu'il n'existe plus de distinction entre troubles autistiques, syndrome Asperger et TED non spécifique.

Nous observons en effet une certaine tendance au cours des dernières années à la suprématie de l'autisme Asperger, bien qu'officiellement, cette appellation n'existe plus dans le DSM-5. Avant tout, précisons que nous ne sommes pas contre l'appellation «Asperger» et nous respectons tous les autistes qui s'y identifient.

L'Asperger est très médiatisé et la majorité des autistes adultes qui prennent parole ont reçu un diagnostic d'Asperger. Ce diagnostic précis d'autisme semble être presque convoité par certains, qui perçoivent ce diagnostic comme étant l'équivalent d'une douance. Certains adultes Asperger rejettent même d'être associés à l'autisme, qu'ils considèrent comme étant inférieur; Asperger et autisme, étant selon eux, deux conditions absolument distinctes.

Pour aller plus loin, certains professionnels semblent renforcer cette croyance que l'autisme Asperger serait un idéal à atteindre sur le «continuum» autistique. Cette aspiration d'appartenir à un groupe «supérieur» semble provenir d'une certaine surestimation du diagnostic et du Soi — de l'ego — par la personne.

Il va sans dire, les Asperger ne sont pas supérieures aux autistes prototypiques ni aux personnes non autistes.

L'idée que le continuum autistique serait trop grand et trop vaste est un sujet de discussion qui revient fréquemment dans le monde de l'autisme et de la neurodiversité. On entend souvent qu'il y a trop de différences majeures entre les personnes autistes. Le spectre de l'autisme défini de manière linéaire allant du plus «léger» au plus «sévère» est pourtant désuet2. L'autisme est inclusif et englobe tous les autistes, c'est-à-dire les personnes chez qui le fonctionnement perceptif est préférentiel.

Le fonctionnement perceptif en autisme3 est démontré scientifiquement depuis longtemps déjà. Le phénomène de plasticité modale croisée4 à la base de ce fonctionnement est présent chez tous les autistes, qu'ils soient prototypiques (Kanner, classique) ou Asperger.

Les autistes utilisent la perception autrement que les non-autistes. Ayant davantage de connexions, les aires perceptives (sensorielles) des autistes accomplissent des tâches plus complexes que les non-autistes pour traiter l'information entrante. C'est pourquoi nous parlons d'intelligence perceptive en autisme.

Ce phénomène remarqué par Laurent Mottron et son groupe de recherche permet de mieux comprendre l'hétérogénéité de l'autisme autrement que par le présupposé «degré d'atteinte».

Ce qui distingue les prototypiques et les Asperger est le surdéveloppement de zones cérébrales précises. Les zones perceptives chez les prototypiques et les aires langagières chez les Asperger, surdéveloppées, traitent une grande partie de l'information entrante. Il en résulte des habiletés perceptives chez les prototypiques et des habiletés langagières facilitées chez les Asperger.

N'oublions pas que ces deux groupes d'autistes ne sont qu'un portrait généraliste de la manière dont l'autisme peut s'exprimer chez les individus. Ce traitement perceptif atypique entraîne, entre autres, une moins grande utilisation des aires sociales chez tous les autistes.


1Rappelons que le Syndrome de Rett et le trouble désintégratif de l'enfance sont des maladies neurocognitives dégénératives c'est-à-dire que l'enfant a un développement typique jusqu'à un certain âge avant de régresser. Ces deux diagnostics ont été retirés du DSM-5 puisqu'ils n'ont rien en commun avec l'autisme sauf certaines manifestations subjectives et stéréotypées.
2Barbeau, E.B., Lewis, J.D., Doyon, J., Benali, H., Zeffiro, T.A. & Mottron, L. 2015 21; La neurodiversité, l'autisme: reconsidérer la nature humaine, Mélanie Ouimet, Parents Éclairés, mars 2018.
3L'autisme: une autre intelligence, Laurent Mottron, MARDAGA, février 2005.
4L'intervention précoce pour enfants autistes: nouveaux principes pour soutenir une autre intelligence, Laurent Mottron, MARDAGA, juin 2016.

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