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25/01/2014 09:29 EST | Actualisé 27/03/2014 05:12 EDT

La guerre froide qui détruit le Moyen-Orient

Les attentats au Liban, les combats meurtriers en Syrie et la crise sécuritaire en Iraq démontrent que la situation sécuritaire au Moyen-Orient est plus que jamais fragilisée. Ce contexte constitue, en réalité, les conséquences tragiques du conflit opposant les pays du Golfe (l'Arabie Saoudite en l'occurrence) et l'Iran. Se pose ainsi la question suivante: Dans quelle mesure cette guerre froide instaure l'insécurité dans la région du Moyen-Orient?

Alimentée par des critères confessionnels et stratégiques, la guerre froide entre l'Iran et les monarchies du Golfe a pris une ampleur considérable après la signature de l'accord de Genève sur le nucléaire iranien. En effet, les pays du Golfe, qui se sentent trahis par les États-Unis, ont décidé de mener une politique plus agressive à travers le renforcement du soutien aux groupes extrémistes sunnites présents en Syrie, en Irak, et même au Liban.

D'ailleurs, l'ambassadeur saoudien à Londres, Mr Mohammed Ben Nawaf Ben Abdelaziz Al Saoud, a précisé que "nous pensons que beaucoup de politiques occidentales vis-à-vis de la Syrie et de l'Iran mettent en péril la stabilité et la sécurité du Moyen-Orient. C'est là un très grand risque face auquel nous ne pourrions garder le silence, et nous ne resterons pas les mains croisées". Des propos qui susciteront certainement une réaction de l'État iranien.

Cette situation n'est guère favorable à la sécurité du Moyen-Orient puisqu'il permet l'intensification de la guerre par procuration entre l'Iran et les pays du Golf, engendrant ainsi un climat favorable pour le regain de puissance du phénomène djihadiste dans la région.

Accentuation de la guerre par procuration

Si la région du Moyen-Orient souffre d'une instabilité sécuritaire, c'est sans doute à cause du conflit qui oppose l'Iran aux monarchies du Golfe, particulièrement l'Arabie Saoudite. En effet, les pays du Golfe s'efforcent de réduire l'influence de l'Iran dans la région en adoptant une stratégie agressive visant à renverser les régimes pro-iraniens. Pour cela, ils n'ont pas hésité à soutenir militairement et financièrement les groupes d'opposition en Syrie et les combattants sunnites en Irak ainsi qu'au Liban.

Conscient de cette situation, l'Iran ne veut pas se laisser faire. Il compte défendre ses intérêts stratégiques dans la région. D'ailleurs, les autorités du pays usent de leur influence pour mettre en œuvre une politique agressive tendant à soutenir les régimes syriens et irakiens contre les forces de l'opposition.

L'exemple de la crise politique en Irak reflète ce qui précède. En fait, le pays se déchire à cause d'un conflit opposant le gouvernement chiite de Nouri El Maliki, au pouvoir depuis 2006 et assisté par les autorités iraniennes à la minorité sunnite, certainement soutenu par le Golfe, transformant progressivement le pays en un nouveau théâtre de la confrontation indirecte entre l'Iran et les pays du Golf comme c'est le cas en Syrie, au Liban et au Bahreïn.

Ainsi, l'opposition indirecte entre les monarchies du Golfe (en particulier l'Arabie Saoudite et le Qatar) et l'Iran n'a pas été sans incidences sur la stabilité des pays de la région puisque ces derniers se trouvent très affaiblis. Ceci est d'autant plus inquiétant lorsqu'on constate qu'en engageant des mercenaires, les deux parties ont malheureusement réussi à réalimenter les groupes extrémistes qui sont devenus de plus en plus incontrôlables, contribuant ainsi à ressusciter le djihadisme. Un autre enjeu sécuritaire auquel doit faire face la région.

Regain du phénomène jihadiste dans la région

L'opposition entre l'Iran et les monarchies du Golfe a permis non seulement le renforcement des moyens des groupes extrémistes, mais aussi leur multiplication. On assiste à l'émergence de plusieurs organisations djihadistes: Jabhat Al Nosra, Daâech et autres groupes liés à Al Qaida sous le nom de l'EIIL (l'Etat islamique en Irak et au Levant), en plus des salafistes qui multiplient leurs activités dans toute la région.

Ces groupes jihadistes, convaincus de leur renforcement, ne servent plus la cause du Golfe contre l'Iran. Ils s'efforcent au contraire d'atteindre leurs propres objectifs. En effet ces derniers exploitent l'éclosion des frontières et la faiblesse des États de la région pour mener leurs activités, et par la même occasion poser les germes fondateurs de leur "Émirat islamique". Ce contexte justifie parfaitement les attentats au Liban, la conquête de Fellouja et une partie de Ramadi (zones sunnites) en Irak ainsi que les combats meurtriers entre l'armée libre et les groupes jihadistes en Syrie.

Face à ce désarroi, les groupes chiites affiliés à l'Iran vont sans doute réagir. Il n'est donc pas surprenant de constater l'implication du Hezbollah dans la crise irakienne, comme ce fut le cas en Syrie. Ceci inquiète énormément les pays occidentaux, en particulier les États-Unis et Israël, qui craignent que le Moyen-Orient se transforme à nouveau en un centre du terrorisme international. Il s'agit en fait d'un grand risque susceptible de porter atteinte à la sécurité régionale et internationale.

De tous ces éléments, il apparaît évident que le conflit entre les monarchies du Golfe et l'Iran développe des dangers sécuritaires dont les répercussions risquent d'affaiblir encore plus la sécurité déjà très fragile du Moyen-Orient. D'où la nécessité de remédier à cette situation.

Le temps est venu pour que les autorités iraniennes et leurs homologues du Golfe adhèrent à la vision de paix et de stabilité, primordiale pour l'épanouissement des peuples de la région.

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