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01/11/2015 09:32 EST | Actualisé 01/11/2016 05:12 EDT

Doit-on souhaiter le succès de la COP21?

Les conférences comme la COP21 sont, si l'on peut s'exprimer ainsi, un moyen de ne pas oublier un problème, mais pas jusqu'à présent un moyen pour régler ledit problème.

Doit-on souhaiter le succès de la COP21? À première vue, il s'agit d'une question saugrenue : à moins d'être un «climatosceptique» enragé qui ne serait pas partisan d'une réussite de la Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques de 2015 qui va se tenir à Paris fin novembre.

Et pourtant, la question mérite d'être posée! Qu'il s'agisse d'un échec et l'on verra des responsables politiques accuser d'autres responsables d'avoir empêché la conclusion d'un accord censé sauver la planète. Qu'il s'agisse d'un succès et l'on assistera à une autocongratulation de la diplomatie française, reprise en écho par les dirigeants de ce monde qui se présenteront comme de grands responsables politiques sauveurs des citoyens de ce monde. Mais qu'entend-on par «succès» ? S'agit-il d'aboutir comme le souhaitent les promoteurs de la COP21 à un accord universel et contraignant pour lutter contre le dérèglement climatique et favoriser la transition énergétique, le tout grâce à une aide de 100 milliards de dollars par an? Si tous ces critères sont remplis, chacun pourrait être satisfait de cette conférence qui mettrait ainsi un terme à la malédiction des sommets environnementaux qui depuis plus de vingt ans, malgré des gesticulations diplomatiques et médiatiques toujours plus grossières, n'aboutissent qu'à de maigres résultats (Kyoto), voire à des fiascos retentissants (Copenhague).

Mais le diable est dans les détails... Jusqu'à aujourd'hui, les mécanismes de contrôle d'application de cet hypothétique accord ne sont pas clairement énoncés, avec des partisans d'un accord contraignant et d'autres d'une solution a minima, laissant plus de latitude aux États pour mettre en place leurs politiques environnementales. De plus, la constitution du fameux fonds de 100 milliards de dollars paraît bien compliquée à mettre en place pour 2020. Est-ce un manque d'argent? Vu la rapidité des grandes puissances à mobiliser les ressources financières nécessaires en cas de crise économique ou d'intervention militaire, on peut en douter. Sans doute faut-il davantage y voir un manque de courage politique marqué par un engagement de façade des responsables politiques qui vont jouer la surenchère en annonçant des milliards d'aides, alors qu'il sera question principalement d'aides réaffectées. Mais le problème vient-il des dirigeants ou plutôt de l'esprit même qui anime la COP21?

De notre point de vue, c'est un problème structurel qui empêche le succès des sommets environnementaux, caractérisé à plusieurs niveaux. Il y a à la base un glissement sémantique qui a conduit à une communication erronée auprès des citoyens. En se focalisant sur la protection de l'environnement (qui mérite évidemment d'être protégé), on a mis au second plan un argument pourtant essentiel au débat : la survie dans des conditions viables de l'espèce humaine. L'homme, par son mode de vie / consommation, détruit certes son environnement, mais plus que tout, il participe activement à sa propre destruction. Avec l'augmentation de catastrophes naturelles et leur lot de victimes humaines, l'attention est davantage portée sur la place de l'homme dans un écosystème qu'il pense maitriser, mais dont il est extrêmement dépendant. C'est un heureux changement qui arrive bien tard malheureusement.

Deuxièmement, bien que les négociations actuelles abordent les notions de transition énergétique, elles demeurent focalisées sur la dimension « climat », déconnectant cette dernière d'un ensemble de paramètres à prendre en compte pour réellement inverser la tendance. En effet, cette fuite en avant vers une catastrophe humaine mondialisée est constitutive d'un mode de production et de consommation globalisé, post-capitaliste et source d'inégalités croissantes. On peut certes proclamer vouloir augmenter la part des énergies renouvelables afin de «verdir» son image, mais si l'on n'intervient pas en même temps sur sa manière de concevoir et de réaliser la croissance économique, ce n'est rien de plus qu'un habillage. L'exemple le plus emblématique est l'obsolescence programmée qui permet aux industriels de maintenir des cadences de production sur le long terme en concevant des produits conçus pour durer quelques années au maximum. Certes, cela fait travailler des millions de personnes, mais quels sont les coûts humains et environnementaux d'une telle démarche à moyen terme?

L'espoir d'une véritable «révolution climatique» (le mot n'est pas trop fort, vu la situation) ne pourra naître qu'à partir du moment où l'on pensera et créera de nouvelles fondations pour nos modèles économiques qui montrent de plus en plus leurs limites. Cela pourrait passer par une économie du P2P qui aurait l'avantage de renforcer les liens sociaux tout en permettant l'innovation dans une perspective économique inclusive. Certes, changer de modèle économique peut sembler utopique, mais c'est pourtant l'étape première pour aboutir à une limitation des effets néfastes des perturbations humaines du climat. Tant que les États ne changeront pas de « logiciel politico-économique », la situation actuelle perdurera en s'aggravant : c'est un peu comme construire un château de sable au bord de la mer ; vous aurez beau rajouter du sable, la mer finira par le recouvrir et le détruire.

Il y a pourtant des milliers d'initiations citoyennes, locales qui montrent que d'autres modes de développement et de production existent et qui prennent en compte l'impact environnemental. Nous touchons là au troisième point du problème du système actuel : rappelant à juste titre que la question climatique est un problème global dont les effets font fi des frontières étatiques, les États prônent une solution internationale au travers des Nations unies avec des réponses globales. Or, de notre point de vue, ce raisonnement conduit à une impasse, car il ne tient pas suffisamment en compte des enjeux politiques et géopolitiques puissants qui animent les échanges entre puissances sur la question du climat. Les États en effet, tels des Janus aux deux visages, font preuve de bonne volonté lors des conférences internationales, promettant de s'investir pleinement dans les causes énoncées, mais dès qu'il s'agit d'actions pouvant nuire au développement de leur pays, leur discours change radicalement et les belles paroles disparaissent. Les conférences comme la COP21 sont, si l'on peut s'exprimer ainsi, un moyen de ne pas oublier un problème, mais pas jusqu'à présent un moyen pour régler ledit problème.

Il nous semble que des approches mixtes, c'est-à-dire à la fois locales, régionales et voire nationales seraient à privilégier pour apporter des solutions concrètes au dérèglement climatique. Les dirigeants politiques ont davantage tendance à écouter leur population manifester son mécontentement, surtout lorsque c'est elle qui les élit, que des organisations internationales, même si ces dernières sont légitimes et bénéficient des connaissances d'experts internationaux. Les manifestations contre la pollution en Chine, par exemple, et les mesures prises par les autorités montrent que des évolutions sont possibles. C'est par les peuples que la situation pourra changer concrètement ; cela ne se fera malheureusement, d'après nous, qu'après des catastrophes qui permettront de créer des prises de conscience et des actions collectives. En effet, les responsables politiques, même ceux sincèrement convaincus pour l'urgence d'agir pour l'homme et le climat, sont au milieu d'enjeux économiques et industriels si puissants qu'ils deviennent des équilibristes : il suffit de voir l'implication financière dans l'organisation de la COP21 d'entreprises guère soucieuses des enjeux climatiques et le silence assourdissant des politiques réduits à des rôles d'observateurs muets.

Au final, la COP21 doit-elle réussir ? Oui, car un échec serait une catastrophe médiatique qui créerait une rupture pour tous les projets des prochaines décennies et qui démontrerait à nouveau l'incohérence de négociations à cette échelle. Mais si la COP21 est un succès (nous penchons plutôt pour un demi-succès), nous pouvons craindre qu'elle n'apporte que des bribes de réponses et non des stratégies fiables à même de répondre durablement aux défis que pose le dérèglement climatique. En en faisant LE moment pour agir, on fait de la COP21 un Léviathan aux pouvoirs sous-dimensionnés, dont on ne pourra au final qu'être déçus. Et c'est sans doute cette déception qui sera la plus dangereuse pour tous ceux qui se mobilisent et agissent localement de manière efficace.

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