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23/09/2015 06:49 EDT | Actualisé 23/09/2016 05:12 EDT

Voter NPD, c'est voter conservateur

Telle est la réalité du jeu politique canadien. À quoi bon y jouer alors que nous savons pertinemment que nous en sortirons perdants?

Selon un récent sondage Nanos, le NPD obtient maintenant 29,1% d'intentions de vote dans l'ensemble du Canada, se contentant de la troisième position derrière les conservateurs à 30,8% et les libéraux à 30,3%.

Les néo-démocrates auraient beau se targuer d'être les champions des sondages au Québec, ils tirent lamentablement de l'arrière dans toutes les provinces du Canada anglais. À tel point qu'en excluant les données québécoises du sondage précité, le parti de Thomas Mulcair récolterait seulement 25,05% des voix dans le ROC, soit près de dix points de moins que les conservateurs (34,43%) et les libéraux (34,38%). Cela s'ajoute au fait qu'on constate depuis les dernières semaines une nette tendance à l'essoufflement du côté du NPD, notamment en Ontario et en Colombie-Britannique.

Le «vote stratégique» change de couleur, telle la feuille d'érable à l'automne

De sorte qu'en vue du 19 octobre prochain, les adeptes québécois de ce que j'appelle le «vote stratégique canadien», qui souhaitent à tout prix défaire Stephen Harper - quitte à sacrifier le Bloc québécois et nos intérêts nationaux, devraient désormais songer à se tourner non plus vers le NPD, mais... vers le Parti libéral de Justin Trudeau. Car, c'est bel et bien ce dernier qui, à la grandeur du Canada, se trouve maintenant dans la meilleure posture pour déloger efficacement le PCC du pouvoir. Autrement, toujours suivant cette logique du «vote stratégique canadien» (à laquelle je n'adhère certes pas, nous y reviendrons), si le vote anticonservateur continue de se diviser, on assistera au retour triomphal de monsieur Harper à Ottawa!

C'est en résumé ce qui fait qu'à présent, voter NPD équivaut à voter conservateur. Vous excuserez cette formule que je sais démagogique, mais on l'a tellement employée jusqu'ici pour nuire au Bloc qu'il m'apparaît juste de rétablir les faits...

Voter NPD, c'est donc voter conservateur, au sens strict comme au sens large... Puisque c'est favoriser, pour l'immédiat, la réélection de Harper, mais c'est aussi rester «conservateur» et fort peu ambitieux sur la question de l'avenir politique, économique et environnemental du Québec en renforçant le statu quo et cette idée empoisonnée que la structure canadienne serait légitime et bénéfique pour nous.

Du vote stratégique canadien au vote stratégique québécois

À n'en point douter, les stratèges néo-démocrates doivent se sentir quelque peu nerveux et rire jaune-orange à l'heure actuelle. Bien que les appuis du NPD paraissent élevés au Québec, au fond très peu de Québécois s'identifient véritablement à ce parti ou au programme qu'il défend. Certes, ils se sont attachés à la figure de Jack Layton au temps de l'élection de 2011, mais depuis que ce dernier nous a quittés, l'appui au NPD se résume essentiellement à un vote négatif; un vote «pour battre Harper».

Cet appui se fonde par ailleurs sur une prémisse voulant que le NPD, en tant que parti pancanadien, a la possibilité d'accéder au pouvoir à Ottawa, lui conférant supposément une supériorité stratégique par rapport Bloc. Or, c'est mal comprendre le contexte politique réel au Canada.

Poids politique du Québec

Premièrement, on sait depuis longtemps que, compte tenu de notre poids politique de plus en plus faible, ce n'est plus au Québec que se décide le sort des élections canadiennes, et que le Canada peut maintenant être gouverné sans l'appui des électeurs québécois... D'ailleurs, les récents sondages confirment à nouveau cet état de fait, hélas.

Viser la balance du pouvoir

Deuxièmement, dans la mesure où il est probable que le prochain gouvernement canadien soit minoritaire, libéral ou conservateur, il serait sans doute plus judicieux pour nous de voter pour le Bloc québécois, cela afin de maximiser nos chances que les consensus, valeurs et aspirations nationales du Québec bénéficient de la balance du pouvoir et aient une voix forte à la Chambre des Communes, plutôt que de se voir reniés, sinon dilués, dans un parti canadianiste comme le NPD.

Dans le système d'inspiration monarchique où nous sommes, l'establishment des partis constitue une force politique tellement puissante que la ligne partisane prédomine nécessairement sur la loyauté qu'un député peut entretenir à l'égard de ses électeurs. Or, la ligne de parti du NPD, au même titre que celles des autres partis pancanadiens, resteront à jamais fédéralistes, et les députés québécois portant les couleurs de ces partis ne pourront y déroger. Advenant qu'ils souhaitent défendre le Québec à l'encontre des positions de leur formation politique, ils devront alors faire comme Lucien Bouchard et consorts à l'époque: quitter leur caucus et prendre parti pour le Québec, c'est-à-dire adhérer au Bloc québécois, la seule formation politique fédérale dont la ligne de parti tienne compte exclusivement des intérêts du Québec.

2017: le retour triomphal des conservateurs (politique-fiction)

Troisièmement, même si le NPD accédait au pouvoir le 19 octobre prochain, il le perdrait fort probablement aux mains des conservateurs ou des libéraux dans deux, quatre ou huit ans, en vertu du phénomène de l'alternance des partis...

Imaginez le Parti conservateur avec un nouveau chef - Jean Charest? - reprenant le pouvoir en 2017 pour annuler toutes les belles politiques du précédent gouvernement néo-démocrate minoritaire...

Telle est la réalité du jeu politique canadien. À quoi bon y jouer alors que nous savons pertinemment que nous en sortirons perdants?

Chèque en blanc sur fond rouge

Les solutions que nous propose le NPD sont temporaires. Le véritable enjeu est structurel, et commande des solutions structurantes. Ou bien nous remettons notre avenir entre les mains d'agents de l'unité canadienne, qu'ils soient néo-démocrates, libéraux ou conservateurs, ou bien nous rejetons ce système qui nous a déjà amplement déçus.

Le véritable changement consiste à changer de pays, et non simplement à changer la couleur du gouvernement canadien. Car, peu importe la couleur du parti au pouvoir à Ottawa - rouge, orange, bleu foncé, c'est toujours un chèque en blanc que nous, Québécois, offrons aux représentants de la majorité canadienne pour qu'ils décident à notre place de notre propre avenir.

Les commentateurs nous rabattent sans cesse les oreilles avec cette question de «la pertinence du Bloc québécois à Ottawa»... Or, je crois plutôt qu'il est temps, après bientôt 150 ans d'échecs et de trahisons, de se poser une fois pour toute, la question de «la pertinence d'Ottawa au Québec».

Il y a cent ans, en 1916, Henri Bourassa, le fondateur du Devoir, affirmait déjà que «L'histoire de la Confédération canadienne, c'est la série lamentable de nos déchéances et de nos défaites par la fausse conciliation»... N'avons-nous rien appris? Après avoir essayé les libéraux et les conservateurs, croyons-nous vraiment qu'avec les néo-démocrates, le Canada nous sourira enfin? Allons...

Aussi, à ceux et celles qui tendent à poser des conditions à notre indépendance nationale et qui se disent insatisfaits des orientations des leaders actuels du camp du OUI: poserez-vous des conditions au fédéralisme et au régime canadien, le 19 octobre prochain? Je me le demande.

Se débarrasser des conservateurs, j'en suis! Mais somme toute, cela demeure superficiel. Il faut se débarrasser du Canada réel, de ce pétro-État monarchiste et néocolonial dont Harper n'est au fond qu'un avatar parmi d'autres, et qui continuera de nuire à nos intérêts tant et aussi longtemps qu'en bon peuple domestiqué, nous lui donnerons aveuglément notre appui en refusant de nous battre pour préparer notre sortie de la Confédération et notre entrée dans le monde.

Pour ma part, le 19 octobre, mon vote sera, stratégiquement, québécois.

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