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09/02/2013 03:58 EST | Actualisé 11/04/2013 05:12 EDT

Le Québec atteint d'une ticounite aiguë

C'est notamment au gouvernement libéral de Robert Bourassa que nous devons la loi 22 de 1974, loi qui faisait du français la langue officielle du Québec. Malgré son manque de mordant, cette loi était un pas majeur vers l'avant et allait mener à la loi 101 du Parti Québécois en 1977. Mais à entendre les Libéraux d'aujourd'hui et leur allié médiatique, on jurerait que le français est sans importance au Québec.

PC

Même le plus libéral des Libéraux reconnaîtra que la course à la chefferie du PLQ est ennuyante. Elle nous démontre à quel point le Parti libéral du Québec a sombré dans l'insignifiance. Autrefois un grand parti, descendant spirituel du Parti patriote, il incarnait le nationalisme québécois. C'est notamment au gouvernement libéral de Robert Bourassa que nous devons la loi 22 de 1974, loi qui faisait du français la langue officielle du Québec. Malgré son manque de mordant, cette loi était un pas majeur vers l'avant et allait mener à la loi 101 du Parti Québécois en 1977. Mais à entendre les Libéraux d'aujourd'hui et leur allié médiatique, on jurerait que le français est sans importance au Québec.

Quand Parti libéral du Québec trahit son héritage

Malgré le recul historique du français à Montréal, à Laval et en Outaouais, la défense de notre langue nationale ne figure nulle part dans les priorités du PLQ. Pire encore, le chef par intérim du PLQ, Jean-Marc Fournier, en rajoutait devant les médias en disant que le déclin du français n'est pas grave et que, par conséquent, il ne fallait pas perdre son temps à sa défense.

Fournier a par la suite sorti une perle comme lui seul sait le faire : ceux qui veulent défendre le français devraient le faire en partageant « le bonheur du français » plutôt qu'avec des lois. Bravo Monsieur Fournier! C'est si simple, il ne suffisait que d'y penser! Faisons la même chose pour l'impôt, les limites de vitesses et autres lois : abolissons-les et remplaçons-les tous par une distribution gouvernementale d'amour. C'est sans doute ce qui explique pourquoi 22 anciens ministres du gouvernement libéral ont fait des dons à la fondation de Giuseppe Borsellino à même leur budget discrétionnaire de parlementaires (et donc, des contribuables) : ils souhaitaient probablement combattre la corruption à grands coups d'amour!

Évidemment, tout ceci n'a aucun sens. Jean-Marc Fournier semble oublier que sans la loi 22 puis la loi 101, le français n'aurait jamais été nécessaire pour les anglophones et les allophones, alors que les francophones auraient continué de travailler en anglais. Fournier parle des contraintes de la loi 14, mais de quelles contraintes parle-t-il? Le droit pour les employés francophones de parler français dans des entreprises de 25 employés et plus? Le fait que le gouvernement souhaite corriger certaines lacunes de la loi 104 de 2002, notamment en retirant le statut de ville bilingue aux villes où le nombre ne le justifie pas? Quelle loi n'est pas contraignante? Même de puissants États comme la France et les États-Unis ont des lois linguistiques, alors que le Québec n'est qu'une province dans un pays largement anglophone, sur un continent anglophone. Les lois linguistiques du Québec permettent de contrebalancer « artificiellement » la pression naturelle de l'environnement anglophone qui nous entoure.

La Presse

Pendant ce temps à La Presse, Patrick Lagacé déchire sa chemise parce que la première ministre du Québec se débrouille mal en anglais. Au même moment, Montréal, la supposément deuxième plus grande ville francophone du monde, a un maire qui parle aussi mal le français que Pauline Marois parle l'anglais. Mais monsieur Lagacé ne semble rien trouver de gênant dans ceci. Après tout, « who cares? » ; Applebaum fait des efforts pour parler une langue inutile, le pauvre...

Marc Cassivi, aussi de La Presse, parle « d'intransigeance » pour décrire ceux qui se soucient du déclin de la musique francophone et de la multiplication des groupes et chanteurs québécois chantant exclusivement en anglais. Selon lui, un groupe comme « Simple Plan » ferait davantage rayonner la culture québécoise qu'un Pierre Lapointe. Mais n'allez surtout pas faire remarquer à Cassivi que Simple Plan, en chantant seulement en anglais, produit de la musique américaine pour un public avant tout américain! Si vous pensez ainsi, c'est que vous êtes probablement un taliban du français replié sur lui-même. D'ailleurs, pourquoi ne pas faire découvrir la culture québécoise aux immigrants dans les classes de francisation avec du Arcade Fire ou du Pascale Picard Band? Après tout, toujours selon Marc Cassivi, le français importe peu pour définir la culture québécoise.

Toujours dans le merveilleux monde de Gesca, Le Soleil et La Presse publiaient en grande pompe un article qui affirme, pince-sans-rire, que le bilinguisme progresse au Canada anglais! L'article rajoute « Pendant que le Québec tergiverse sur l'enseignement de l'anglais au primaire, le Canada hors Québec est en train de se donner une élite bilingue ». Alors que même au Québec la connaissance du français a diminué depuis les dix dernières années, Gesca tente de nous faire croire que le Canada anglais est un modèle de bilinguisme. Pourtant, selon le recensement 2011, le bilinguisme a chuté partout au Canada... sauf au Québec, où il a augmenté principalement grâce aux francophones qui connaissent de plus en plus l'anglais.

La méthodologie de Gesca pour affirmer une telle grossièreté? L'accroissement du nombre d'élèves inscrits dans une classe d'immersion (comme ici avec l'anglais intensif en sixième année). Ce n'est pas parce qu'un élève fréquente ce genre de classe qu'il en sort bilingue ou qu'il le restera, et La Presse ne dispose d'aucune information sur qui sont les élèves dans ces classes (il y a fort à parier qu'une bonne partie de ceux-ci sont des élèves francophones). Mais à La Presse, tout est bon pour défendre les intérêts des Desmarais, même si ceci implique de prendre les Québécois pour des imbéciles!

Le diagnostic : une ticounite aiguë!

Pour conclure, ne vous demandez pas pourquoi les parents d'aujourd'hui paniquent à l'idée que leur fœtus ne soit pas parfaitement bilingue. Et personne ne se lèvera pour décrier le fait que des employeurs exigent l'anglais pour « laver les assiettes, passer le balai ou dialoguer avec une machine-outil » comme l'écrivait mon collègue blogueur Daniel Raunet. Cette obsession exagérée de l'anglais explique probablement la décision du gouvernement Marois de reculer/avancer sur la question de l'anglais intensif en sixième année du primaire. Le gouvernement laissera désormais aux établissements scolaires le soin de décider s'ils offrent ou non le programme et les financera en conséquence. Grâce notamment au PLQ et à La Presse, dois-je spécifier que la pression sera énorme sur les établissements scolaires et qu'ils n'auront d'autres choix que d'offrir le programme, même pour les élèves éprouvant des difficultés?

Pendant ce temps, la CAQ et le PLQ font une surenchère de « laisser-faire » sur la question linguistique, promettant de défaire tout effort pour le français. Bref, travaillons, chantons et étudions en anglais. Le français? Who cares? Le docteur Camille Laurin doit se retourner dans sa tombe!

Ti-counisme, quand tu nous tiens!

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