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05/10/2018 15:39 EDT | Actualisé 05/10/2018 15:59 EDT

Microréseaux au Québec: quelles en sont les perspectives?

La conversion de nos réseaux autonomes permettra non seulement de faire une place à des technologies innovantes, mais également de réduire l’empreinte carbone d’Hydro-Québec.

Hydro-Québec
Dans le village de Quaqtaq, au Nunavik, Hydro-Québec a installé 69 panneaux solaires près de la centrale thermique qui alimente le village. Ce projet pourrait réduire la consommation de carburant de la centrale de 5000 litres par année.

Les énergies renouvelables intermittentes comme le solaire et l'éolien ont la cote un peu partout dans le monde. Elles permettent à de nombreux pays de devenir de moins en moins dépendants des combustibles fossiles et contribuent à la lutte contre les changements climatiques.

En parallèle, on observe un intérêt grandissant pour les microréseaux, qui sont construits dans un esprit communautaire, afin de répondre aux besoins des utilisateurs là où ils sont implantés et qui comprennent différents composants interconnectés de production, de stockage, de gestion et de contrôle de l'énergie. Qu'en est-il au Québec?

Dans des marchés où l'électricité est produite à partir de combustibles fossiles et où l'énergie est coûteuse, l'intégration de ces technologies a beaucoup de sens.

Les États-Unis en sont un bon exemple, car les prix de l'électricité y sont très élevés (quatre fois plus qu'au Québec, dans certains États) et le portefeuille énergétique fait encore une grande place aux énergies non renouvelables. Au Québec, grâce à nos centrales hydroélectriques, nous avons accès à de grandes quantités d'énergie propre et abordable. Y a-t-il un intérêt à y établir des microréseaux qui allient panneaux solaires, éoliennes, batteries et autres composantes?

La réponse est oui, mais dans certains contextes. Rappelons qu'un microréseau sera déployé à Lac-Mégantic, où la mobilisation du milieu autour de la construction d'un tout nouveau centre-ville fait de la municipalité l'endroit idéal pour mettre en application les technologies les plus avancées en la matière. Jusqu'à 1000 panneaux solaires et plus de 300 kWh de batteries de stockage d'énergie y seront installés dans le but d'alimenter une trentaine de bâtiments intelligents.

Les microréseaux font habituellement appel à des filières dites intermittentes, qui produisent de l'électricité moins de la moitié du temps.

On pense ici à l'éolien et au solaire. Le vent et le soleil ne sont pas toujours au rendez-vous quand la demande d'électricité augmente. Inversement, la demande n'augmente pas toujours au même rythme que la production solaire ou éolienne. Or, l'électricité doit être consommée au moment où elle est produite. Pour pallier ce problème, la solution adoptée pour les microréseaux est souvent le stockage: des batteries permettent d'accumuler l'énergie afin qu'elle puisse être utilisée au moment opportun.

Voyons ce que cela signifie concrètement. Prenons l'exemple de l'Île d'Orléans, où les câbles de distribution qui relient l'Île au réseau sont en fin de vie et doivent être remplacés. Certains auraient aimé voir Hydro-Québec profiter de l'occasion pour déployer un microréseau complètement autonome. Pour y arriver, il faudrait installer dans l'île de 50 à 75 éoliennes d'une hauteur de 30 à 50 m, des panneaux solaires sur une superficie d'environ 2 km² ainsi que d'immenses batteries – l'équivalent de dizaines et de dizaines de conteneurs de 50 pi.

Cette solution dépasse l'entendement pour un territoire d'une superficie d'à peine 190 km² qui est classé site du patrimoine du Québec. Bien sûr, le fait qu'il s'agisse d'une île frappe l'imaginaire, mais il y a de bien meilleurs endroits où nous pourrions déployer ces technologies chez nous.

Les réseaux autonomes: de parfaits laboratoires

Vous êtes-vous déjà demandé comment les communautés très éloignées sont alimentées en énergie?

Des villages comme Kuujjuaq, dans le Nord-du-Québec, ou Port-Menier, dans l'île d'Anticosti, sont alimentés par des réseaux autonomes. Autrement dit, puisque ces communautés sont très éloignées du réseau principal d'Hydro-Québec, elles sont alimentées par des centrales thermiques qui fonctionnent au diesel. Il existe 22 réseaux autonomes du genre au Québec, qui sont responsables d'une part significative des émissions de GES d'Hydro-Québec. De plus, le coût de revient de chaque kWh produit par ces centrales est beaucoup plus élevé que ce qu'il en coûte pour produire de l'hydroélectricité en raison du prix des hydrocarbures.

À Quaqtaq, au Nunavik, nous avons installé 69 panneaux solaires pour tester la technologie dans des conditions nordiques, permettant une économie d'environ 5000 litres de carburants par année.

Aux Îles-de-la-Madeleine, un microréseau sera constitué en partenariat avec le milieu et fera appel à d'autres sources d'énergies renouvelables, des batteries de stockage d'énergie et des outils permettant de gérer la consommation énergétique des bâtiments. Les îles seront également raccordées au réseau principal grâce à deux câbles sous-marins.

En voilà, de belles occasions. La conversion de nos réseaux autonomes permettra non seulement de faire une place à des technologies innovantes, mais également de réduire l'empreinte carbone d'Hydro-Québec.

À notre question initiale, la réponse est oui: nous avons intérêt à continuer de développer des microréseaux au Québec. Cependant, afin de maximiser leur impact, ils devront être déployés aux bons endroits, au bon moment.

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