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09/03/2015 03:03 EDT | Actualisé 09/05/2015 05:12 EDT

Ce printemps, nous marcherons pour toi

Ce printemps, comme nous l'avons fait en 2012, nous écrirons l'histoire, en espérant que celle-là, tu prendras le temps de la lire.

À toi qui es contre nous.

À toi qui, avant même les premières manifestations d'un mouvement sur le point de renaître, nous invectives et nous qualifies de naïfs.

À toi qui as à peine vingt ans et qui sembles avoir déjà trouvé réponse aux questions existentielles qui nous taraudent l'esprit.

À toi qui, en six mois de grève en 2012, as vu ce qu'il y avait à voir des mouvements populaires et t'es fait une idée bien claire quant à leur pertinence.

À toi pour qui l'angoisse la plus grande est celle de ne pas finir tes études dans les délais que tu t'étais fixés.

À toi qui penses que l'éducation ne se fait qu'entre les murs d'une école et par le cours magistral.

À toi pour qui l'instruction n'a de valeur que si diplôme il y a.

À toi qui es si pressé d'entrer sur le marché du travail, peu importe ce que cela implique, et sans avoir conscience des motivations de ceux qui le contrôle.

À toi qui préfères te boucher les oreilles plutôt que d'entendre des idées contraires aux tiennent et de risquer de développer une idéologie nouvelle.

À toi qui ne veux prendre de risques, par peur d'échouer, par peur de devoir tout défaire et construire à nouveau.

À toi qui ne réfléchis plus, qui ne te questionnes plus et qui ne veux plus débattre.

À toi pour qui les acquis des luttes des femmes, des Noirs et des travailleurs ne sont rien.

À toi pour qui notre lutte est perdue d'avance.

À toi qui ne viendras pas marcher avec nous, qui privilégieras l'immobilisme à la révolte ce printemps et qui regarderas avec mépris notre fougue et notre passion.

À toi le spectateur d'une société qui se dessine.

À toi le témoin impuissant de la destruction qui s'opère.

À toi l'orgueilleux qui, ayant conscience du non-sens de tes arguments maintes fois réfutés, n'en démord toujours pas.

À toi qui t'es résolu à n'être né que pour un petit pain.

À toi qui penses que notre peuple est trop petit pour que sa voix puisse résonner dans l'histoire;

À toi l'esclave moderne;

À toi qui reste aveugle, sourd et muet fasse à la soumission et aux dictats qu'on t'impose.

À toi le cynique, le désabusé, le mort psychologique.

Tu es précisément la raison pour laquelle il est urgent de mettre temporairement un frein au cours normal des choses, de s'offrir collectivement un temps de réflexion et de remise en question qui, au-delà des changements politiques qui en découleront, nous permettra, sois-en certain, de revenir plus forts.

Ce printemps, comme nous l'avons fait en 2012, nous écrirons l'histoire, en espérant que celle-là, tu prendras le temps de la lire.

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