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13/04/2015 11:59 EDT | Actualisé 13/06/2015 05:12 EDT

À chaque jour, vous nous donnez raison

Dans quelle espèce de société est-ce qu'on déforme, au profit du sensationnalisme, les propos d'une jeunesse qui ose s'exprimer, lui faisant ainsi perdre toute crédibilité ?

Le 8 mai 1968, dans un discours prononcé à l'Assemblée nationale de Paris, François Mitterrand déclara « Si la jeunesse n'a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort ».

Mais dans quelle espèce de société est-ce que la police, équipée comme si elle s'apprêtait à faire la guerre, poursuit-elle des manifestants non armés et non protégés, comme s'il s'agissait de dangereux criminels en cavale?

Dans quelle espèce de société est-ce qu'un journaliste poursuit et harcèle une étudiante, qui, lui ayant clairement refusé une entrevue, finit par lui crier de s'éloigner parce qu'elle se sent intimidée ?

Dans quelle espèce de société est-ce qu'on déforme, au profit du sensationnalisme, les propos d'une jeunesse qui ose s'exprimer, lui faisant ainsi perdre toute crédibilité ?

Pourquoi, pour l'amour, tant de mépris envers une jeunesse qui, aussi maladroite peut-elle paraître à l'occasion, tente, pleine d'espoir, de donner de l'oxygène à une société qui s'essouffle ?

En quoi, dites-moi, le mépris et la haine envers la jeunesse d'une société peuvent-ils être positifs et bénéfiques pour celle-ci ?

Comment peut-on rester indifférent et immobile face à la condescendance d'un premier ministre élu par moins du tiers d'un peuple ?

Comment peut-on bien dormir le soir quand un groupe d'homme, du revers de la main et avec une inquiétante assurance, met au ban des décennies de constructions, de réflexions et de luttes ?

Comment pouvez penser, sincèrement, que par votre répression et votre historique mépris, nous arrêterons de nous battre ?

En tentant de briser cette mobilisation, vous encouragez le cynisme, l'immobilisme et l'indifférence, et cela coûtera assurément plus cher que tout ce que vous parviendrez à économiser par les mesures que vous ne vous gênez pas à imposer à ceux qui ne vous ont rien demandé.

Combien de temps, dites-moi, une société peut-elle survire à sa division et à son émiettement ?

Peut-on vraiment prendre au sérieux un gouvernement qui, en 2015, compare son rapport à la jeunesse à celui d'un père avec ses enfants ?

Est-ce vraiment cela, gouverner dans un état moderne ?

Il me serait tellement plus aisé de croire que nous allons, collectivement, dans la bonne direction.

Mais quand par tous les moyens on tente de briser le petit peu de collectif qu'il nous reste; que des individus, nos frères, nos semblables, consacrent temps, passion et énergie à discréditer notre cause pour la simple et dérangeante raison que nous sommes «utopiques»; quand la casse dans une université fera davantage de bruit que l'étudiant qui s'écroule sous les coups des policiers; tout, absolument tout, me porte à croire que nous avons raison de nous battre.

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