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21/03/2018 06:00 EDT | Actualisé 21/03/2018 06:00 EDT

Nous appuyons le dénombrement des personnes en situation d’itinérance

TEXTE COLLECTIF Nous, qui représentons des organismes importants œuvrant directement auprès de ces hommes et de ces femmes vulnérables, appuyons fermement ce projet.

Arman Zhenikeyev

Vous avez peut-être déjà entendu qu'un deuxième décompte des personnes en situation d'itinérance sur l'île de Montréal est prévu pour le 24 avril. Nous, qui représentons des organismes importants œuvrant directement auprès de ces hommes et de ces femmes vulnérables, appuyons fermement ce projet.

Certains organismes communautaires remettent en question la pertinence d'effectuer un dénombrement des personnes en situation d'itinérance. Les arguments invoqués reflètent une mauvaise compréhension des objectifs d'un dénombrement.

La pratique d'effectuer des dénombrements à intervalles réguliers se répand à travers le monde occidental. Pourquoi ? Parce que de plus en plus de gouvernements et d'acteurs sociaux tentent de mettre en place des politiques et des programmes pour réduire l'ampleur de l'itinérance et mieux cibler leurs interventions. Pour suivre les progrès accomplis – ou pas –, il faut prendre des mesures à intervalles réguliers. Ces mesures incluent, la plupart du temps, des informations tirées de questionnaires qui donnent beaucoup de renseignements sur les caractéristiques des personnes identifiées et cela contribue à la compréhension de leurs besoins. De nombreuses villes en Europe et en Amérique du Nord ont utilisé les données révélées par les dénombrements pour guider leurs efforts visant à réduire l'ampleur de l'itinérance et mieux répondre aux besoins de groupes particuliers.

De nombreuses villes en Europe et en Amérique du Nord ont utilisé les données révélées par les dénombrements pour guider leurs efforts visant à réduire l'ampleur de l'itinérance et mieux répondre aux besoins de groupes particuliers.

Les limites d'un tel exercice

Il est vrai que le dénombrement, même lorsqu'il est réalisé de façon exhaustive et rigoureuse comme celui de 2015, ne compte pas tout le monde. La population visée se limite aux personnes qui se trouvent dans des situations dites d'itinérance visible : lieux extérieurs, refuges, logements transitoires, et celles sans domicile fixe, dans des lieux de traitement ou de détention. Comme un dénombrement ponctuel fait référence à un seul soir, il manque des personnes qui, sur une année, auront vécu un épisode d'itinérance à un autre moment que le jour du dénombrement. De plus, il ignore des milliers d'autres personnes en situation d'itinérance cachée — les gens sans domicile fixe hébergés chez un proche, ou dans d'autres situations de logement précaire. L'objectif de compter les personnes en situation d'itinérance visible nous aide à bâtir des stratégies pour rejoindre les personnes qui sont en situation précaire et de mieux connaître les situations qui provoquent l'itinérance.

Ce que nous apprend le dénombrement

Néanmoins, les résultats du dénombrement 2015 nous auront appris qu'autour de 3000 à 3500 Montréalais et Montréalaises se retrouvaient en situation d'itinérance visible à chaque nuit. De ce nombre, des centaines vivaient leur premier épisode d'itinérance et s'en sont sortis dans les semaines ou les mois suivants avec l'aide des ressources en place. Ces nombres portent à croire qu'en transformant la vision "d'espace d'hébergement d'urgence" des refuges, en espace d'accueil, d'évaluation et de référence avec accompagnement, nous bonifierons l'aspect préventif tout en apportant des solutions durables axées sur l'hébergement avec soutien. Ainsi, nous pouvons envisager de mieux prévenir l'itinérance et de mettre un terme à l'itinérance chronique.

Depuis le premier dénombrement de 2015, nous nous sommes penchés sur le défi de loger 2000 personnes et nous avons déjà atteint presque la moitié de cette cible.

Il ne faut pas que pour chaque tranche de 1000 personnes que l'on aide à retrouver un logement stable, 1000 autres les remplacent un an plus tard.

Enfin, nous ne voulons pas minimiser l'importance de la prévention – au contraire. Il ne faut pas que pour chaque tranche de 1000 personnes que l'on aide à retrouver un logement stable, 1000 autres les remplacent un an plus tard.

D'autres données sont nécessaires pour mieux comprendre comment prévenir l'itinérance de la façon la plus efficace possible. Les milliers de personnes qui demeurent en itinérance cachée sont également très vulnérables et ont besoin d'aide. Les moyens mis en œuvre pour faire face à l'itinérance doivent être soigneusement équilibrés. Et pour ce faire, les dénombrements offrent un complément d'information essentiel. Donc, nous espérons que 1200 résidents montréalais choisiront de se joindre à cet effort de solidarité comme bénévoles. Pour en savoir plus, ou pour s'inscrire, visitez : JecompteMTL2018.ca.

Matthew Pearce (Mission Old Brewery), Aubin Boudreau (Accueil Bonneau), Sam Watts (Mission Bon Accueil) et François Boissy (Maison du Père) ont cosigné ce texte.