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29/01/2014 12:27 EST | Actualisé 30/03/2014 05:12 EDT

L'Isle-Verte: certains risques étaient connus

Le drame a frappé L'Isle-Verte en 2014. Au cours des prochains mois, certains chercheront des coupables, d'autres des solutions, et d'autres simplement la paix. Nous en apprendrons de plus en plus. Chose certaine, certains risques étaient connus. Lorsqu'on connaît la suite, les exemples qui le prouvent donnent froid dans le dos. Collectivement, il faudra s'en souvenir lorsque nous hésiterons à agir, et à payer pour implanter les correctifs appropriés.

Drame à Saguenay en 2009

Le 15 janvier 2009, un incendie a fait quatre victimes à la résidence pour personnes âgées Belle Génération à Saguenay. L'alarme à incendie s'est déclenchée vers 5h30. Le surveillant de nuit appelle le 9-1-1 et sollicite l'aide d'une résidente autonome pour évacuer les autres résidents. Ils doivent cependant quitter rapidement les lieux en raison de la fumée.

Selon le rapport du coroner, les appartements Belle Génération avaient été conçus selon le Code de construction du Québec pour les personnes autonomes. Toutefois, lors de l'événement, plusieurs résidents présentaient des limitations physiques et avaient besoin de services à domicile. Sur les 70 personnes qui y résidaient, 15 avaient besoin d'assistance.

Le coroner formule alors six recommandations à la Régie du bâtiment, dont celles-ci:

  • que tous les systèmes d'alarme à incendie de ces bâtiments soient reliés au service d'incendie afin que celui-ci puisse intervenir plus rapidement;
  • que tous les lits soient munis d'une pastille vibrante reliée aux systèmes d'alarme à incendie pour favoriser l'évacuation des personnes avec un déficit auditif;
  • que le nombre de membres du personnel de service, pour assurer l'évacuation du bâtiment, soit d'au moins un membre par groupe de 30 occupants, et ce, en tout temps.

La ministre confirme un risque

Par ailleurs, dans une lettre datée du 1er septembre 2009, la ministre déléguée aux Services sociaux d'alors, Mme Lise Thériault, confirmait un risque lié à la sécurité incendie dans les résidences privées pour aînés:

«Selon un des critères sociosanitaires du processus de certification, l'exploitant doit, conjointement avec les services de sécurité-incendie de sa municipalité, élaborer un plan de sécurité-incendie. Cette exigence réglementaire a amené les services incendie des municipalités à se rendre dans les résidences pour personnes âgées.

Ce travail conjoint entre les services incendie et les exploitants de résidences a permis de dégager un constat principal qui est à l'effet que les bâtiments, dans lesquels il y a exploitation d'une résidence pour personnes âgées, sont conçus en grande majorité pour accueillir une clientèle autonome ou en légère perte d'autonomie. Cependant, avec les années, le profil de la clientèle desservie par les résidences pour personnes âgées a évolué de sorte que bon nombre d'entre elles présentent des limitations pouvant nuire à une évacuation du bâtiment dans les délais prescrits.»

Les déclarations du ministre Hébert

Nous ne pouvons par ailleurs passer sous silence les déclarations de l'actuel ministre de la Santé et des Services sociaux et ministre responsable des Aînés, M. Réjean Hébert, il y a à peine un an, devant la Commission des relations avec les citoyens:

«Il y a quelques semaines, M. le président, dans le comté de la députée de Sainte-Rose, il y a la Villa Ste-Rose qui a été complètement ravagée par un incendie. C'était une villa qui accueillait des personnes âgées semi-autonomes. Et, heureusement, en quelques minutes, l'ensemble des personnes a été évacué, de sorte qu'on ne trouve aucune victime dans cet incendie-là. Pourquoi? Parce que le propriétaire de cette résidence-là avait appliqué, à l'avance, les règles de sécurité incendie que nous nous apprêtons à décréter, très bientôt, pour l'ensemble des résidences privées d'hébergement, et ces règles prévoient la présence de gicleurs, prévoient la formation du personnel et prévoient également des exercices d'évacuation en cas d'incendie.

Et je suis extrêmement préoccupé. Dans mon propre comté, M. le président, il y a une résidence privée d'hébergement qui ne rencontre pas ces règles minimales là, où il n'y a pas de gicleur, M. le Président, où on a fait un exercice de feu, et où on a vu que le personnel n'était pas formé et que les gens n'étaient pas évacués dans un délai raisonnable. Faut-il attendre qu'on ait un drame, M. le Président, avant d'implanter des règles claires pour les résidences qui accueillent des gens en perte d'autonomie? Et je pense que l'incendie de la Villa Ste-Rose est une excellente démonstration de l'importance de se conformer à ces règles élémentaires et, je dirais même, ces règles de base, M. le Président, pour assurer la sécurité de nos personnes âgées.»

Nous étions au courant

À défaut de constituer une démonstration d'imagination, ces trois exemples illustrent l'ensemble des enjeux actuels soulevés par le drame de L'Isle-Verte: la certification des résidences privées pour aînés, les gicleurs, le ratio de personnel, l'alourdissement de la clientèle, la formation du personnel, le lien avec les services de sécurité, les exercices d'incendie, etc. Collectivement, nous étions au courant. Faisons le nécessaire pour que cela ne se produise plus. Il me semble que nous le devons bien à ceux qui y sont restés.

Tous n'auront pas la chance des résidents de la Villa des Colombes, à Trois-Rivières...

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