LES BLOGUES
27/01/2016 10:45 EST | Actualisé 27/01/2017 05:12 EST

UberX nous vole en plein jour

Le PLQ doit se lever pour les chauffeurs de taxi.

Imaginez, vous vous réveillez demain matin et quelqu'un fait exactement le même travail que vous, mais il n'a pas à suivre les règles de votre industrie et, cerise sur le sundae, il travaille au noir !

Inacceptable, n'est-ce pas ? C'est exactement le sort que fait subir l'entreprise voyou Uber aux chauffeurs et aux chauffeuses de taxi. Se cachant derrière le spectre de la «technologie», l'application Uber permet à n'importe qui de s'improviser chauffeur de taxi sans formation, sans permis de taxi et sans contribuer à l'effort collectif pour financer nos services publics, c'est-à-dire payer l'impôt et les taxes. De plus, 20 % de chaque transaction sort automatiquement du Québec en direction d'Uber et de ses paradis fiscaux.

Utilisant des termes trompeurs comme «économie de partage», la multinationale de la Californie n'est rien d'autre que du taxi illégal. Durant la nuit du 31 décembre au 1er janvier, la Clinique juridique Juripop a rapporté des cas où des citoyens ont payé jusqu'à 500 $ pour une course de Montréal à Laval et 700 $ pour quelques kilomètres... c'est payant le «partage» !

Suite à ces abus, Juripop a mis en demeure Uber pour contrat abusif, publicités pouvant induire en erreur et tarifs exagérés.

Du côté de la France, UberPop (l'équivalent d'UberX), a été condamnée en décembre à payer 150 000 euros d'amende pour «pratique commerciale trompeuse» : il a été jugé illégal de proposer comme du covoiturage une offre payante de transport de personne. Uber a abandonné son application en France l'été dernier, et c'est également le cas en Allemagne, en Belgique et au Pays-Bas.

Le PLQ doit se lever pour les chauffeurs et les chauffeuses de taxi

Au Québec, l'industrie du taxi devait se moderniser et c'est ce qu'elle a fait : il est obligatoire pour les taxis d'accepter le paiement par carte de crédit ou de débit à Montréal et l'âge des voitures ne pourra dépasser 8 ans. De nouvelles applications mobiles sont maintenant disponibles pour réserver un taxi légal en ligne. L'industrie n'est pas parfaite, mais elle a fait son bout de chemin. Qu'a fait le PLQ depuis 2 ans ? Rien ou trop peu.

Pratique malheureusement généralisée au PLQ, ils parlent, mais ils n'agissent pas. Le ministre des Transports répète qu'Uber est illégal, mais aucune action concrète n'a été faite pour empêcher ce travail au noir. À quoi bon saisir les véhicules des chauffeurs quand c'est la multinationale qui paie pour tous les frais associés à la saisie ? Le PLQ doit se lever pour défendre les chauffeurs et les chauffeuses de taxis et leurs familles.

Des solutions, il y en a. Comme c'est le cas dans plusieurs pays et juridictions, nous pouvons faire cesser Uber. Au lieu d'attendre encore deux ans comme vient de le suggérer le ministre des Transports, il est possible d'agir dès maintenant.

Lors de ma dernière rencontre avec les acteurs de l'industrie du taxi en janvier, plusieurs solutions ont été avancées :

• Poursuivre Uber parce qu'il incite les citoyens à faire des actes illégaux ;

• S'inspirer de Loto-Québec, qui a bloqué des sites étrangers de jeu en ligne ;

• Agir directement contre les chauffeurs de taxi illégaux via la Commission des Transports du Québec, comme elle l'a déjà fait avant l'arrivée d'Uber ;

• Augmenter considérablement les amendes pour les chauffeurs (comme je l'ai proposé au ministre des Transports... proposition qu'il a rejetée du tac au tac).

Ce n'est pas le choix qui manque au PLQ pour que les bottines suivent enfin les babines !

Retour vers le passé

Avant de conclure, revenons un peu sur l'histoire du taxi à Montréal. Comme nous le rappelle Jean-François Nadeau dans son article du Devoir «Uber et contre tous», il y a plus de 50 ans, l'industrie du taxi était «une véritable jungle peuplée de tribus de dangereux coupe-gorge». Il y avait au moins 46 associations de taxi et plus de 60 numéros de téléphone pour rejoindre un taxi. De plus, de violentes confrontations avaient lieu entre des chauffeurs de taxi et la compagnie Murray Hill, qui s'était peu à peu arrogé un monopole sur l'aéroport de Dorval.

C'est à cette époque que l'administration montréalaise a décidé de réglementer l'industrie du taxi afin qu'il y ait un seul numéro de téléphone et des règles de sécurité communes. Depuis, l'industrie du taxi s'est stabilisée et les affrontements ont cessé, du moins, avant l'arrivée d'Uber. Comme quoi, comme le rappelle Jean-François Nadeau, le problème du taxi à Montréal n'a jamais été l'absence de concurrence, mais le manque de balises.

Oxfam nous apprenait dernièrement que 1 % des habitants de la planète possèdent maintenant plus que les 99 % restants et qu'un réseau mondial de paradis fiscaux a permis aux plus riches de cacher 7 600 milliards de dollars américains.

Avec le coût de la vie qui ne cesse d'augmenter, je comprends le désir de payer moins cher... mais ce n'est pas en finançant le 1 % et les paradis fiscaux que nous allons changer la donne !

Également publié dans les versions papier et électronique de L'Aut'Journal.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Galerie photo 6 choses à savoir sur Uber Voyez les images

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter