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Où est la place de l'éducation dans le débat scolaire au Québec?

Agissons concrètement pour enfin discuter d'éducation. Parlons de ces dossiers que l'on ouvre et que l'on referme aussitôt sous la pression de groupes d'intérêt qui ne défendent pas, d'abord et avant tout, la cause des élèves.

Débattre au sujet des enjeux québécois en éducation est l'équivalent de regarder ces chaînes de télévision spécialisée qui font tourner en boucle les classiques de notre jeunesse. Emporté par la nostalgie d'un temps révolu, le téléspectateur s'engage, de façon déconcertante, dans une intrigue au dénouement sans surprise. Miné d'avance, le terrain des joutes oratoires sur lequel on se lance nous confine dans nos positions: aucune fin alternative ne sera proposée à l'assistance. Le synopsis du débat décrit, la plupart du temps, la lutte acharnée de ceux qui dénoncent le manque criant de ressources dans les écoles à ceux qui se disent gardiens du trésor collectif. Cette histoire sans fin fait abstraction des solutions possibles en maintenant notre attention sur la seule question financière.

L'éducation est l'un des enjeux majeurs en ce qui concerne la santé sociale d'une collectivité. En bâtissant un système scolaire orienté vers les besoins et intérêts fondamentaux de sa clientèle, un peuple se donne les moyens de ses ambitions; il grandit. Cette émancipation nécessaire est d'autant plus importante dans un contexte où l'on est débordé d'informations à la véracité douteuse. Donner le goût d'apprendre, offrir une liberté, développer la curiosité, cultiver l'esprit critique, permettre l'indépendance intellectuelle... L'enseignement remplit des fonctions qui dépassent sa simple définition.

Toutefois, sur la place publique, parler de l'école, c'est discuter des problématiques économiques, souvent liées aux conditions de travail. Par exemple, on ne m'informe pas sur l'un de ces mythes tenaces qui confirme que de réduire le nombre d'élèves dans une classe n'a pas ou peu d'impact sur la réussite. On me dit plutôt que les classes débordent, alourdissant la tâche en entraînant les taux de réussite vers le bas. Et qu'en est-il de la mécanique d'organisation des services éducatifs d'un établissement scolaire en fonction de l'enveloppe octroyée? Le ministère accorde-t-il véritablement - et seulement - ces fonds pour créer des groupes? Enfin, faut-il rappeler qu'effectuer la gestion d'une organisation en fonction de résultats n'équivaut pas à développer une vision éducative riche et innovante? Bien qu'intéressantes, les réponses à ces questions ne font que lancer un pavé de plus dans une mare débordante.

Alors quoi?

Il est temps d'emprunter d'autres sentiers : faire un pas de côté, cesser de tourner en rond. Agissons concrètement pour enfin discuter d'éducation. Parlons de ces dossiers que l'on ouvre et que l'on referme aussitôt sous la pression de groupes d'intérêt qui ne défendent pas, d'abord et avant tout, la cause des élèves. À l'inverse, il n'est pas question de céder aux revendications de parents qui soutiennent une progéniture reine des lieux. Difficile, la charge émotive est lourde quand le cerveau de son enfant est confié à un autre adulte. Cette charge l'est tout autant lorsque son confort professionnel est visé. Cependant, s'il y a un domaine dans lequel l'objectivité, notamment basée sur un savoir neutre et vérifié, devrait être de mise, c'est bien en éducation.

Impérativement, il faudrait revoir la formation des enseignants et leur statut professionnel, valoriser la multidisciplinarité dans les établissements, actualiser les pratiques en fonction des résultats de la recherche ou alléger les processus de gestion qui font obstruction au dépistage et à l'intervention précoce.

Impérativement, il faudrait revoir la formation des enseignants et leur statut professionnel, valoriser la multidisciplinarité dans les établissements, actualiser les pratiques en fonction des résultats de la recherche ou alléger les processus de gestion qui font obstruction au dépistage et à l'intervention précoce. En outre, la place faite aux parents dans les démarches d'intervention est à améliorer, la fermeture au changement à dénoncer, l'équité dans le traitement des élèves est à remettre à l'ordre du jour et la qualité des relations humaines à surveiller. Ce ne sont là que quelques chantiers de travail à ajouter à la liste des priorités. À ce niveau, la résistance deviendra plus « personnelle » et il faudra rappeler sans cesse aux acteurs concernés que le seul lobbyisme possible est celui qui considère avant tout l'élève.

Mes détracteurs me diront que l'énergie requise pour opérer un tel changement n'y est pas, ils me parleront d'essoufflement, voire d'épuisement. Les remarques s'enchaîneront quant à la minimisation, par mes propos, de la crise budgétaire vécue par les commissions scolaires. On me dira qu'on ne peut pas exclure de la sorte l'argent de nos débats et que des emplois sont en jeux. À cela, je répondrai que je comprends, que j'ai constaté ces faits et que je suis de ceux qui pensent que l'éducation doit être une priorité lors de la répartition des fonds publics. Par contre, le problème persistera au-delà de ces aveux et mon portefeuille personnel n'est, de toute façon, pas assez bien garni pour être d'une quelconque utilité à ce sujet!

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