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02/07/2015 11:59 EDT | Actualisé 02/07/2016 05:12 EDT

À quand le droit au choix universel?

La philosophie de base des humanistes est simple: inclure tous les êtres humains, peu importe leur race, leur genre, leur âge, leur affiliation politique ou religieuse, leur orientation sexuelle ou leur handicap dans un cadre de reconnaissance culturelle et légale respectueux de leur identité propre.

C'est aussi, nous assure-t-on, la base du mouvement féministe: créer une société juste et équitable pour tous, où hommes et femmes seront soumis à une justice aveugle qui ne tiendra pas compte de leur genre.

C'est à ce mouvement, le féminisme, que nous devons la création du «petit dernier» en matière de droits fondamentaux (ou droits cardinaux, pour les puristes): le droit au choix (DAC). Droit que nous pouvons décrire comme suit: «la liberté de choisir par soi-même, sans interférence de la loi, de la religion ou du partenaire, si nous souhaitons ou non être responsable d'une nouvelle vie humaine.»

Ce droit aura suscité des torrents de débats et soulevé un raz-de-marée de polémiques et le but du présent billet n'est certes pas de repartir la valse pro-choix/pro-vie une énième fois. Je pars du principe que la société québécoise est pro-choix, que c'est un droit acquis et inaliénable (pour autant qu'un droit soit inaliénable) et que le lecteur du présent billet est relativement bien informé sur les tenants et les aboutissants dudit droit.

Voici donc ma question: sachant que l'égalité homme-femme est un principe cher aux humanistes autant qu'aux féministes; que cette égalité tire sa base dans un système légal aveugle et que le droit au choix constitue un droit cardinal - un droit dont la disparition ou l'absence influencerait grandement la qualité de vie -, à quand le droit aux choix pour les hommes, le DAC Universel (DACU) ?

Il faut tout de suite préciser ceci, car c'est la première embûche rencontrée dans «toutes» les discussions que j'ai eues sur le sujet: il n'est nullement question d'abroger, d'altérer ou de diminuer de quelque façon que ce soit le droit des femmes à gérer leur propre corps et leur propre vie, mais simplement d'étendre aux hommes cette même liberté.

À la base, une telle requête ne devrait rencontrer aucune forme d'opposition, hormis l'inévitable opposition des groupes pro-vie, puisque nous sommes tous pour l'égalité homme-femme. Or voilà, les plus grands détracteur(e)s du DACU sont des féministes - ce même groupe clamant haut et fort que le fait d'attribuer des droits selon les genres constitue un crime contre l'humanité!

On me dit: «Non, non, non! Le DAC, c'est un droit de femme!» Comme si le féminisme ne se battait pas bec et ongles pour faire abolir les droits liés au genre! Comme si notre société ne reconnaissait pas uniquement les droits de la personne. Un droit de femme n'est pas plus moral ou souhaitable qu'un droit d'homme, de Noir ou de Juif. Pourquoi alors me sort-on cet argument irraisonnable lorsque vient le temps d'étendre le DAC aux hommes?

On me répète que «t'avais qu'à faire un nœud dedans si tu ne voulais pas la mettre enceinte». De la part de féministes, admettons qu'elle est culottée, celle-là! N'est-ce pas exactement ce que les prêtres de l'Église catholique romaine répondaient aux pro-choix quand ils militaient pour le DAC: «si tu ne voulais pas tomber enceinte, t'avais qu'à te garder les genoux serrés, ma fille »?

D'entendre aujourd'hui des féministes utiliser exactement les mêmes argumentaires que les prêtres pour me bloquer l'accès à un droit cardinal me ferait rire si ce n'était un aussi tragique exemple de dissonance cognitive.

On me répète ad nauseam que le DACU rendrait les hommes encore plus irresponsables! Encore une fois, un tel commentaire émane d'un mouvement qui s'insurgeait des stéréotypes dégradants entourant la gent féminine. On ne s'attendrait pas à un tel cachalot de misandrie qu'est «tous les hommes sont des créatures naturellement irresponsables. Les inclure dans le DAC ne les rendrait que plus irresponsables encore!»

Il n'y a pas, ou si peu, de discussion politique au sujet du DACU. Ce sujet est persona non grata, comme si l'exclusion de la moitié de la population d'un droit cardinal ne constituait pas un sujet de débat assez important pour la classe politique. Les rares fois où une personnalité politique commente la chose, on comprend pourquoi un tel silence radio entoure la question. Lorsqu'interrogée sur le sujet, la sénatrice Céline Hervieux-Payette a répondu par la négative: «Le DAC pour les hommes enlèverait du pouvoir aux femmes.»

Et voilà! Le chat est sorti du sac! Ce n'est pas une question de justice, de droit, de moralité sociale ou d'équité: c'est une question de pouvoir! On ne veut pas que les hommes aient accès au DAC parce qu'on ne veut pas qu'ils aient le pouvoir de décider pour eux-mêmes. Et la raison pour laquelle il n'y a aucun débat réel sur la question est toute simple: la position féministe actuelle d'exclusion des hommes est tout simplement insoutenable et s'écroulerait au premier débat public.

En effet, dans une société démocratique, nous «souhaitons» que le pouvoir soit dilué entre tous, et non qu'il réside entre les mains d'une élite. Accepterions-nous un argumentaire visant à exclure les femmes du droit de vote sous prétexte que «ça enlèverait du pouvoir aux hommes»? Bien-sûr que non! Chacun a voix au chapitre, que ce soit en politique ou dans sa propre vie. Quelqu'un comme la sénatrice ne peux prétendre ne pas comprendre ce principe élémentaire de démocratie.

Derrière les beaux discours égalitaires et respectueux se terre une mauvaise foi évidente. On préfère que l'homme soit impuissant. Qu'on puisse lui voler son sperme et s'auto-inséminer contre son gré; se garder le pouvoir de percer son condom et transformer son «non» en «oui», encore une fois contre son gré. On préfère pouvoir lui enfoncer une grossesse non désirée dans la gorge et ainsi le frauder de plusieurs dizaines, voire de centaines, de milliers de dollars, sans qu'il ait le moindre recours contre cette imposture. Sans DACU, il est possible (et courant) d'obliger l'homme à transférer le fruit de son labeur dans les poches d'autrui sans son consentement.

Ce serait pourtant si facile et peu couteux à l'État d'étendre ce droit cardinal aux hommes. Si, en supposant un choix positif de la femme, le géniteur signe l'acte de naissance, alors il accepte la responsabilité de cette nouvelle vie et avec elle tous les droits parentaux s'y rattachant. S'il ne le signe pas, il signifie son refus et décline tout droit et toute responsabilité, à tout jamais. Chaque partie aura fait le choix qui lui convient sans que quiconque puisse assumer un rôle de dictateur.

Là, nous pourrions dire que nous existons dans une société véritablement égalitaire, et non dans sa parodie hypocrite qui carbure au silence et à la mauvaise foi.

L'homme aussi à droit d'aspirer à une vie sexuelle saine et équilibrée sans constamment vivre dans la terreur de sa fertilité, d'autant plus qu'il est fertile beaucoup plus longtemps qu'une femme. L'homme aussi souffre financièrement d'une grossesse non désirée. L'homme aussi à droit de demander à sa société de le protéger contre les fraudeurs.

L'homme aussi à droit à la paix d'esprit et la qualité de vie qui s'associe à la certitude que personne - ni l'État, ni la religion ni la partenaire - n'aura droit de substituer leur volonté à la sienne, de leur dicter unilatéralement le cours que suivra leur vie.

Je repose donc une ultime fois la question: si nous croyions vraiment que l'égalité entre tous est un but louable et noble, pourquoi diable tarde-t-on tant à étendre aux hommes ce droit cardinal qu'est le DAC?

Serait-on... de mauvaise foi?

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