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12/09/2016 10:23 EDT | Actualisé 12/09/2016 10:23 EDT

L'analphabétisme: un talon d'Achille

Il y aurait un million d'analphabètes au Québec. Cette affirmation soulève des doutes pour plusieurs. Sur les réseaux sociaux, on réagit beaucoup. D'où viennent ces statistiques? Que représentent-ils?

Il y aurait un million d'analphabètes au Québec. Cette affirmation soulève des doutes pour plusieurs. Sur les réseaux sociaux, on réagit beaucoup. D'où viennent ces statistiques? Que représentent-ils?

Cette problématique en est une de littératie. Ce concept représente le niveau d'habileté d'un individu et, à fortiori, d'une population tout entière à décoder, lire, comprendre et s'exprimer au moyen de l'écriture. Cependant, ce n'est parce que quelqu'un lit qu'il est forcément compétent.

Vous et moi sommes en mesure de comprendre et soupeser l'opinion d'autrui ou exprimer la nôtre au moyen de l'écriture. Pour nous, savoir lire et écrire peut être une condition essentielle, voire une évidence banale. C'est pour cela que nous doutons de telles manchettes dans les médias. Puis, la Fondation québécoise pour l'alphabétisation nous dérange. Elle nous force à corriger nos perceptions en nous confrontant à une réalité qu'on ignore, qu'on néglige ou qu'on refuse de considérer. Ainsi, sommes-nous réellement conscients des conséquences de l'analphabétisme pour la collectivité?

Selon la Table des responsables de l'éducation des adultes et de la formation professionnelle des commissions scolaires du Québec (TRÉAQFP), il existe cinq niveaux de littératie. Au premier, les personnes éprouvent de la difficulté à lire, voire même à décoder des mots ou des phrases simples. Au second niveau, ce sont des lecteurs qui ne peuvent pas varier leurs lectures. Ils sont limités à lire des textes simples en se restreignant à faire des déductions faciles, et au mieux, en distinguant l'essentiel et le superflu dans un texte. Au troisième niveau, les personnes atteignent le seuil minimal souhaité pour obtenir un diplôme d'études secondaires et occuper un emploi. Enfin, aux niveaux quatre et cinq, les personnes qui s'y retrouvent sont aptes à traiter de l'information diverse et complexe. Or, le niveau de littératie d'un individu est intimement lié à sa capacité à traiter de l'information. Dans une économie postindustrielle, c'est vital!

«Ce talon d'Achille qu'est l'analphabétisme au Québec plombe notre économie et la qualité de notre démocratie.»

En 2013, 27 000 Canadiens, dont plus de 5 000 Québécois, ont participé au Programme pour l'évaluation internationale des compétences des adultes de l'OCDE. À partir de cette enquête, la Fondation québécoise pour l'alphabétisation estime à 4% la part de la population québécoise qui n'atteint pas le premier niveau de compétence. 15% représentent celles et ceux qui se situent au niveau 1 et 34% de la population sont au niveau 2. Donc, il y a plus d'un million de personnes âgées de 16 à 65 ans qui ont de la difficulté à maitriser et traiter de l'information diversifiée et complexe. Dans une économie qui mise sur l'entrepreneuriat, les services professionnels, l'innovation, la recherche et le développement, cela fait beaucoup d'exclus et de personnes marginalisées.

Ainsi, quand j'entends des leaders soutenir que nous manquons de main-d'œuvre spécialisée, je comprends que cela puisse être une réalité indéniable. Malgré cela, je doute que l'immigration soit l'unique solution au problème. Pour ma part, je m'interroge beaucoup plus à l'égard de l'adéquation des moyens et des services qui sont mis à la disposition de celles et ceux qui souhaitent améliorer leur condition. Curieusement, je ne parviens pas à observer une hausse significative des inscriptions dans les centres d'éducation aux adultes alors qu'il y a tant de Québécoises et Québécois qui sont analphabètes...

Ce talon d'Achille qu'est l'analphabétisme au Québec plombe notre économie et la qualité de notre démocratie. L'actualité en témoigne quotidiennement. En effet, les conséquences de cette condition pour un individu et sa famille sont telles que : l'obtention de faibles revenus, l'occupation d'emplois de qualité inférieure et la précarité financière. De plus, il est rapporté que les personnes souffrant d'analphabétisme ont une capacité limitée à obtenir et comprendre de l'information. Qui plus est, celles-ci auraient tendance à avoir une faible estime d'elle-même et à s'isoler. Or, ces dernières conséquences deviennent préoccupantes pour la qualité de notre vie démocratique quand une personne sur deux en est atteinte. Voilà peut-être pourquoi nos politiciens sombrent parfois dans le populisme, recherchent les caricatures faciles pour dépeindre des problèmes complexes et que des électeurs, pour leur part, témoignent du mépris pour les élus et nos institutions.

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