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17/01/2017 08:24 EST | Actualisé 17/01/2017 08:25 EST

Un pont Lanoraie-Sorel? Non merci!

Les avantages d'un pont pour une ville comme Sorel-Tracy, ville autrefois prospère, sont évidents. Mais il est loin d'en être de même pour un village comme Lanoraie, dont la population s'est récemment dite fière de la tranquillité dont elle jouit sur son territoire.

Il est de plus en plus question ces temps-ci du projet de pont à péage devant relier le village de Lanoraie à Sorel-Tracy. Une étude de faisabilité doit d'ailleurs être réalisée prochainement en ce sens. S'il est réalisé, ce projet privé, initié par l'homme d'affaires Luc Poirier, aura un impact important sur Lanoraie et sa région.

Les avantages d'un pont pour une ville comme Sorel-Tracy, ville autrefois prospère, sont évidents. Mais il est loin d'en être de même pour un village comme Lanoraie, dont la population s'est récemment dite fière de la tranquillité dont elle jouit sur son territoire. Il n'est pas évident qu'un pont, avec l'achalandage de voitures qui l'accompagnera, soit en mesure de perpétuer cette tranquillité. D'autant plus que l'accès prévu à l'autoroute 40 risque de nuire à l'écosystème riche et naturel des tourbières.

Il n'est pas évident non plus que les futurs usagers de ce pont y gagnent au change. Aux dernières nouvelles, le prix de base d'une traversée sur le pont sera le même qu'il l'est actuellement sur le traversier (8,35 $). La différence, c'est que ce 8,35 $ ira dans la poche d'un particulier dans le cas du pont, alors qu'il revient à notre société d'État dans le cas du traversier.

La Société des traversiers, qui soit dit en passant fournit un emploi de qualité et bien rémunéré à des dizaines de travailleurs de la région, n'est cependant pas exempte de critiques et des améliorations sont nécessaires, notamment en ce qui a trait aux tarifs. Mais pour autant, est-ce que cela vaut la peine de se lancer tête première dans la construction d'un pont qui dénaturera le paysage côtier du fleuve, entre Lanoraie et?

Un changement bénéfique pour qui?

Luc Poirier a déclaré lors d'une rencontre sur le sujet en décembre dernier que «dans n'importe quel gros projet, les gens ont peur du changement». Cette rhétorique - utilisée par plusieurs promoteurs de divers projets pour disqualifier les opposants en les faisant passer pour des conservateurs frileux - ne fonctionne malheureusement plus. Tout changement n'est pas nécessairement bénéfique et l'Histoire comporte son lot de changements dont l'humanité et les communautés se seraient bien passées...

À cet égard, M. Poirier, qui dit vouloir donner à la communauté en construisant ce pont avec son argent, ne fait pas mention des bénéfices personnels qu'il retirera grâce au changement qu'il préconise. Non seulement ce pont constitue un placement important qui lui permettra de faire fructifier son capital, mais, en plus, ce pont constituera un atout majeur permettant d'attirer plusieurs acheteurs potentiels dans ses projets immobiliers, comme celui de Tracy.

Ces dernières décennies, la couronne montréalaise s'est grandement développée, allant de pair avec le dézonage agricole sauvage, la déforestation, l'étalement urbain, la corruption d'élus et l'infiltration du crime organisé dans la construction et dans les développements résidentiels et commerciaux. Dépourvu de lignes directrices claires et cohérentes et laissé au seul profit des divers promoteurs, ce développement s'est souvent fait de façon anarchique et sans aucun respect de l'histoire, du territoire et de l'urbanisme des villes et villages concernés. C'est ce qui explique que les espaces verts sont plus rares que jamais autour de Montréal et que se sont érigés des villes et des quartiers faits sur mesure pour les travailleurs/consommateurs auxquels on veut souvent nous réduire, plutôt que pour les habitants/citoyens que nous pourrions tous être.

La couronne montréalaise étant désormais saturée, des gens d'affaires comme Luc Poirier lorgnent davantage la région et au-delà de la couronne montréalaise. C'est dans ce contexte qu'il faut situer son projet de pont entre Lanoraie et Sorel-Tracy. Ce pont ne vise pas en premier lieu à desservir les populations riveraines de Lanoraie, Sorel et leurs régions, mais il vise avant tout à faciliter le développement résidentiel, commercial et industriel de part et d'autre du fleuve par des banquiers et des gens d'affaires en manque d'investissements et de rendements.

Au regard de cet état de fait, la question qui se pose est celle de savoir si les intérêts particuliers de M. Poirier, et des gens d'affaires qui l'appuient, vont de pair avec ceux de l'ensemble des Lanorois et des citoyens de la région. Quel avenir ces derniers veulent-ils pour leur municipalité? Veulent-ils continuer d'habiter un petit village coquet et historique, fier de son accès au fleuve, de ses tourbières, de son agriculture, de ses bois et de sa tranquillité? Ou veulent-ils que l'étalement urbain qu'a connu la couronne montréalaise ces dernières années s'étende jusqu'à eux? Veulent-ils que Lanoraie devienne comme toutes ces villes sans âmes parsemées de quartiers résidentiels monochromes, de Mc Donalds, Tim Hortons et autres?

Il y a sans doute des améliorations à apporter au village de Lanoraie et à la qualité de vie de ses habitants, comme doter la rue Notre-Dame de petits commerces rustiques et faciliter l'accès à ses lieux naturels, mais je ne crois pas qu'un pont, et tout ce qui viendra avec, puissent y contribuer...

Il faudra également, tôt ou tard, commencer à faire le procès de cette logique de croissance qui nous amène à viser le développement, la production et la consommation à tout prix et à être de véritables parasites pour notre environnement et notre habitat. Nous ne répondons plus à nos véritables besoins, mais aux besoins d'un système économique aliénant au sommet duquel trône une minorité avide. Suivant la logique de ce système, la vallée du Saint-Laurent et ses alentours seront entièrement bétonnés d'ici quelques décennies.

Martin Lavallée, habitant de Lanoraie

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