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26/06/2015 10:41 EDT | Actualisé 26/06/2016 05:12 EDT

L'âge de la découverte

ENSEIGNER AU 21e SIÈCLE - Quand je suis devant la classe dans le feu de l'action, je peux voir dans les yeux d'un étudiant l'instant précis où il vient de saisir un concept ou un élément de connaissance qui est en train d'élargir sa vision du monde.

Ils ont généralement entre 17 et 19 ans. Ces jeunes hommes et ces jeunes femmes qui sortent à peine de l'adolescence ont déjà fait le choix de poursuivre leurs études au Cégep, ce qui est déjà un exploit en lui-même.

En général, je ne passe que trois mois avec eux, mais à la fin de chaque session je sais presque par cœur tous les noms de mes 120 étudiantes et étudiants. Certains étudiants sont plus discrets, d'autres aiment se faire remarquer dès le premier cours. Mais chaque étudiant est spécial à mes yeux, ils ont tous des personnalités différentes, des désirs, des passions, une petite lumière qui brille en eux.

C'est mon travail de faire sortir cette petite lumière qui se cache dans chacun d'eux, de stimuler leur soif de connaissance. Ce n'est pas toujours facile, car certains résistent en refusant de prendre leur responsabilité d'étudiant, c'est-à-dire en ne faisant pas le travail demandé, en trichant ou en étant malhonnête. D'autres sont indifférents. Certains vont même jusqu'à me blâmer pour leur échec. Heureusement pour moi, ces étudiants sont très rares.

La relation pédagogique est avant tout une relation humaine, c'est-à-dire que l'ouverture doit être réciproque. Si mes étudiants s'intéressent à moi, c'est parce qu'ils sentent que je m'intéresse réellement à eux. S'ils s'intéressent à moi, ils vont alors être attentifs à ce que je vais leur enseigner en classe, c'est une relation de confiance mutuelle. Mes étudiants actuels sont de la première génération «multitâche», j'ai donc intérêt à me lever de bonne heure pour capter leur attention. Je me lève souvent à 5 heures du matin pour être bien éveillé pour le cours de 8 heures... Que voulez-vous, ce n'est pas toujours facile d'être en compétition avec un téléphone cellulaire, mais je me débrouille assez bien merci.

«Je peux voir dans les yeux d'un étudiant l'instant précis où il vient de saisir un concept»

Cela fera bientôt vingt ans que j'enseigne la sociologie au niveau collégial et je ne m'en lasse pas. Pour être franc, je vis en ce moment les plus belles années de ma carrière d'enseignant. J'explique souvent à mes étudiants que j'aime être leur professeur parce qu'ils sont à l'âge de la découverte, car c'est au Cégep que l'on s'initie à toutes les disciplines des Sciences Humaines, aux chefs d'œuvres de la philosophie et de la littérature et aux méthodes de recherches souvent pour la première fois. Quand je leur enseigne leur premier cours de sociologie de leur vie, je contribue à l'élargissement de leur vision du monde, ce qui n'est pas une mince affaire dans notre société individualiste actuelle!

Je vais vous confier un secret. Quand je suis devant la classe dans le feu de l'action, je peux voir dans les yeux d'un étudiant l'instant précis où il vient de saisir un concept ou un élément de connaissance qui est en train d'élargir sa vision du monde. Ses yeux brillent, son sourire est béat de contentement, il est en train de vivre ce que l'anthropologue Edgar Morin appelle une «extase cognitive». C'est pour continuer de vivre encore et encore ce moment que j'enseigne, c'est une véritable passion.

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