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17/11/2015 11:15 EST | Actualisé 17/11/2016 05:12 EST

La mécanique de la terreur

Les attentats de Paris étaient prévisibles, la sécurité étant maintenant resserrée dans les gares et les aéroports, les djihadistes s'attaquent maintenant à des cibles moins sécurisées comme des restaurants ou des salles de spectacles.

Les attentats de Paris étaient prévisibles, la sécurité étant maintenant resserrée dans les gares et les aéroports, les djihadistes s'attaquent maintenant à des cibles moins sécurisées comme des restaurants ou des salles de spectacles. Cette attaque coordonnée dans sept lieux différents de la Ville-Lumière vise à provoquer un sentiment de terreur et d'insécurité dans l'imaginaire des Occidentaux pour créer des tensions sociales entre la population et les musulmans.

Depuis les attentats de Charlie Hebdo l'an passé, on pouvait déjà sentir que la tension entre les Français et leurs citoyens musulmans avait monté d'un cran, cette tension risque maintenant d'exploser sous la forme d'une méfiance accrue et d'un climat de paranoïa qui ne peut que mener à la haine raciale. Au lendemain de l'attentat, les réseaux sociaux étaient inondés de messages du genre «l'Islam modéré n'existe pas» (sic). C'est exactement le genre de polarisation de l'opinion publique que désirent provoquer les terroristes. Leur objectif étant de faire en sorte que les musulmans soient tellement ostracisés dans les sociétés occidentales que chacun de ceux-ci, désespérés par tant de haine et de méfiance, deviennent des recrues potentielles pour le Jihad. L'ancien juge anti-terroriste français, Marc Trevidic, déclarait à la télévision française que plus on va taper sur les musulmans en France et ailleurs, plus ils vont se soulever et joindre la croisade djihadiste.

Il y aussi des raisons sociologiques qui motivent les intégristes à s'attaquer à la France et, plus particulièrement, à Paris. En visant des quartiers où les jeunes des classes sociales moyennes et aisées vont se divertir, les terroristes cherchent à inscrire leur action dans une sorte de lutte des classes sociales en France. Il est bien connu que les banlieues de Paris hébergent une grande communauté musulmane qui souffre de la pauvreté et d'un certain profilage racial. Les jeunes qui habitent des quartiers où il y a déjà beaucoup de criminalité sont des cibles de choix pour entrer dans un processus de radicalisation qui pourra éventuellement les mener à se faire exploser eux-mêmes pour se venger d'une société qui les rejette. La radicalisation n'est pas un choix personnel, elle est le résultat d'un processus où des éléments psychologiques, sociaux, politiques et anthropologiques s'entremêlent pour créer un personnage (celui du converti-djihadiste) qui n'existait pas auparavant. Pour prévenir la radicalisation, il faut absolument commencer à étudier plus à fond les divers intégrismes religieux et leur fonctionnement, car l'intransigeance des doctrines religieuses extrémistes est la racine de la radicalisation. La radicalisation, c'est un intégriste qui décide de prendre les armes, mais cela reste un intégriste à la base. Pour combattre le terrorisme, il faudra arrêter de se fermer les yeux et parler du problème réel des intégrismes religieux.

C'est une stratégie du groupe État islamique (EI) d'insérer un réfugié syrien dans la cohorte de terroristes qui ont attaqué Paris, l'objectif étant de créer une peur dans la population occidentale qui va faire en sorte que cette dernière va vouloir fermer les frontières aux réfugiés qui fuient la guerre en Syrie et en Irak. Déjà, un citoyen de Québec fait présentement circuler une pétition sur internet pour empêcher le Gouvernement du Canada de recevoir 25 000 réfugiés syriens d'ici Noël. En fermant ainsi les frontières des pays occidentaux aux réfugiés, les recruteurs du groupe (EI) pourront ainsi mieux argumenter sur le racisme des sociétés occidentales auprès des futurs candidats à la radicalisation. De toute façon, il n'est pas nécessaire d'envoyer des réfugiés syriens lorsque l'on peut facilement convertir de jeunes québécois de «souche» comme Martin «Ahmad» Rouleau de St-Jean-sur-Richelieu.

Il est clair que la police et les services secrets sont incapables d'empêcher complètement toute forme d'attentat terroriste autant au Canada qu'en France. Il est impossible de gagner une guerre contre le terrorisme par les armes, il faut plutôt le miner de l'intérieur en commençant par parler de l'intégrisme religieux et de son rôle dans le processus de radicalisation. Pour comprendre les processus cognitifs qui transforment des individus ordinaires en fanatiques, il faudra bien que nos politiciens admettent que les divers intégrismes religieux peuvent mener à la radicalisation. Car c'est seulement en coupant les capacités de recrutement des organisations terroristes en intervenant auprès de populations visées sur un plan psychosocial que nous pourrons arriver à contenir ce phénomène contemporain.

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