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01/11/2018 15:15 EDT | Actualisé 01/11/2018 15:30 EDT

Environnement: l'avenir des jeunes devrait vous guider, pas votre popularité

M. Trudeau, que le Canada devienne la référence pour tous les autres dirigeants du monde, ils ne pourront plus se réfugier derrière des politiques timides.

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Il n’est pas question de dresser une province contre une autre, mais plutôt de gouverner avec le cœur tout en bénéficiant du soutien des millions d’enfants qui formeront le Canada de demain.

Monsieur le premier ministre Justin Trudeau,

Depuis plus de 40 ans, je plonge dans les mers du monde et plus particulièrement dans les eaux glacées de l'Arctique canadien. J'ai été un témoin privilégié des beautés sous-marines qui regorgent au nord, mais également des menaces grandissantes liées aux changements climatiques. On observe aujourd'hui un déplacement d'habitat vers les pôles, les espèces marines étant à la recherche d'eau encore froide. Mais irrémédiablement, ce sont les grandes catastrophes météorologiques qui migreront vers nous et qui nous atteindront dans le confort de notre foyer.

Les conclusions du récent rapport du GIEC, adressé aux dirigeants mondiaux, sont sans équivoque. Avec la simple augmentation globale de 1,5°C par rapport à l'ère préindustrielle, les conséquences seront multiples: vagues de chaleur extrêmes, extinction d'espèces vivantes, fontes des glaces et montée des eaux, moins de poissons dans les océans, etc. Sommairement, la seule façon de limiter cette hausse —considérant qu'à 2°C, les conséquences seraient irréversibles —est de réduire massivement les émissions de CO2 jusqu'à en arriver à être carboneutre en 2050. C'est envisageable, mais il faut agir maintenant et fermement pour l'atteindre.

Nous reconnaissons vos valeurs familiales, environnementales et sociales profondes. Nous reconnaissons également votre attachement au pays et ceux qui l'habitent, plus particulièrement les peuples des Premières Nations qui, bien avant nous, avaient pris soin des terres et de leurs ressources. Bien sûr, votre bilan en environnement comporte des gains et des avancées significatifs grâce aux efforts de la ministre Catherine McKenna. Mais qu'est-ce qui vous rendrait plus fier qu'un lègue plus grand que nature aux générations suivantes, en amorçant un virage à 180°?

La facture de l'inaction risque un jour d'être bien plus importante encore que celle des sacrifices.

Avec votre fonction de premier ministre et les responsabilités qui vous incombent, vous devriez faire le grand pas environnemental qui s'impose. Il est encore temps de reculer sur des promesses avant de couler en raison des conséquences irréversibles liées aux bouleversements climatiques. Un des premiers gestes concrets et forts de symbolisme serait d'abandonner le projet de pipeline Trans-Mountain.

Bien que les tribunaux ne vous obligent pas à consulter les communautés autochtones dans ce dossier, il serait malheureux de se priver de leur sagesse et d'aller de l'avant en ayant comme seul prétexte une raison économique. Les milliards engloutis pour mettre fin au projet seront bien moins coûteux que ceux nécessaires à rebâtir des vies ruinées par des catastrophes naturelles toujours plus nombreuses et intenses. On traite souvent les gens pro-environnements d'«analphabètes économiques», alors que la facture de l'inaction risque un jour d'être bien plus importante encore que celle des sacrifices.

Que le Canada devienne la référence pour tous les autres dirigeants du monde, ils ne pourront plus se réfugier derrière des politiques environnementales timides.

Il n'est pas question de dresser une province contre une autre, mais plutôt de gouverner avec le cœur tout en bénéficiant du soutien des millions d'enfants qui formeront le Canada de demain. De réaliser des politiques fermes à travers tous les ministères, en laissant peu de place aux compromis environnementaux.

Avec l'émergence partout sur la planète de dirigeants niant les changements climatiques, il faut clairement marquer la différence et passer de la parole aux actes. Que le Canada devienne la référence pour tous les autres dirigeants du monde, ils ne pourront plus se réfugier derrière des politiques environnementales timides.

Agissez en bon père de famille, la nation vous en sera éternellement reconnaissante. Ce n'est pas le jugement à l'issue du prochain scrutin qu'il vous faut craindre, mais bien celui qu'auront les générations futures concernant vos décisions environnementales d'aujourd'hui. Nous saurons leur rappeler, nous, les parents et les grands-parents, que c'est notre génération qui a décidé que c'en était assez. Pour que leurs rêves d'avenir ne se transforment pas en cauchemars environnementaux, prenez de sages décisions.

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