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03/05/2016 10:39 EDT | Actualisé 04/05/2017 05:12 EDT

Le privé est politique, nigaud! (librement inspiré de «It's the economy, stupid»)

«En tant que fille qui ne lit pas les commentaires, je vous le demande, est-ce que le Julie bashing est déjà commencé?»

Plus tôt aujourd'hui, j'ai commis un statut Facebook qui allait comme suit:

«En tant que fille qui ne lit pas les commentaires, je vous le demande, est-ce que le Julie bashing est déjà commencé?»

[Précision: j'ai eu cette pensée en lisant l'abondante revue de presse sur PKP ce matin, notamment sur sa crainte alléguée de perdre la garde de ses enfants (légitime!), son enfance difficile, etc. et je me suis dit que nos bons concitoyens munis de fourches ne tarderaient pas à quérir la sorcière responsable de tout ce gâchis... Mais j'espère bien me tromper!]»

Au-delà des commentaires bébêtes et partisans, ou ceux selon lesquels «ça ne nous regarde pas», à ma grande déception, le statut a généré une indifférence relative, certaines et certains poussant la franchise jusqu'à m'écrire, grosso modo, «j'en ai rien à foutre».

Oh! Je comprends bien qu'on se fiche de Julie et Pierre Karl et de leur situation conjugale, que plusieurs se sont empressés de qualifier de «misère des riches».

Mais, vous souvenez-vous d'Éric et Lola? On entendait la même chose à l'époque: «sans intérêt, misère des riches, relève du domaine privé». Pourtant, c'est quand même cette affaire qui a mené à la mise sur pied du Comité consultatif sur le droit de la famille présidé par Me Alain Roy, qui a pondu l'an dernier son rapport intitulé Pour un droit de la famille adapté aux nouvelles réalités conjugales et familiales et qui propose toute une révolution en matière de droit familial (avec ses pour et ses contre, j'y reviendrai un jour).

Et l'affaire Joël Legendre, vous vous en rappelez? Pas la deuxième là, pas l'histoire de grossière indécence sur un banc de parc. Non, la première, lorsqu'il a annoncé avoir eu recours à une mère porteuse pour la venue de ses jumelles. Ç'avait tout de même eu l'heur de provoquer un immense débat de société, qui a au final poussé le gouvernement à commander un avis consultatif sur la gestation pour autrui au Conseil du statut de la femme (sans compter que le Comité consultatif sur le droit de la famille en a profité pour se prononcer lui aussi sur la question).

Revenons à nos moutons et à mon statut Facebook, puisqu'il semble y avoir besoin d'une mise en contexte. Mardi matin, l'animateur Alain Gravel y allait d'un commentaire sur la difficile conciliation-travail famille quand on est politicien puisque, selon lui, les femmes ne se sacrifient plus comme avant en restant à la maison, ce à quoi a répondu le chroniqueur Yves Boisvert qu'il ne s'agissait pas seulement de cela, mais que, désormais, les pères (j'imagine qu'il voulait dire la majorité) veulent vraiment être présents et s'occuper de leurs enfants.

Je crois que cela est rigoureusement exact et que c'est fort bien. Il s'agit d'une réelle avancée sur le plan de l'égalité.

Ma crainte alors? Que l'on blâme une femme, l'ex-conjointe, la «bitch de service», pour l'échec de la conciliation travail-famille d'un décideur, ici l'ex-chef du PQ. Qu'on en fasse une tête de Turc, qu'on la vise, qu'on la culpabilise de ne pas être restée à tout prix au côté de son mari tout en mettant sa carrière en veilleuse.

Ça, ça serait un recul. Et je dirais même que ça serait un recul symbolique pour toutes les femmes, parce que ça enverrait le signal que la sphère parentale est encore et toujours une responsabilité féminine.

Le privé est politique, ça vous sonne une cloche?

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