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17/08/2016 07:50 EDT | Actualisé 17/08/2016 10:15 EDT

Bonne pour la poubelle

Depuis quelque temps, ma mère consulte en dilettante des sites de rencontre pour les 50 ans et plus. En fait, elle y va de moins en moins. Ce qu'elle y a vu l'a fait déchanter.

Ma mère est veuve. Depuis quelque temps, elle consulte en dilettante des sites de rencontre pour les gens âgés de 50 ans et plus. En fait, elle y va de moins en moins. Ce qu'elle y a vu l'a fait déchanter.

Des hommes quasi septuagénaires y cherchent des compagnes dans la cinquantaine. Ce n'est pas anecdotique, c'est systématique. Souvent chauves, vieux, bedonnants, ils semblent néanmoins tout à fait à l'aise de rejeter les femmes de leur âge.

Ils précisent dans leur fiche ce qu'ils cherchent : des femmes ayant 10, 15, 20 ans de moins qu'eux. Ce n'est pas la peine de les contacter autrement. Ç'a le mérite d'être clair et sans appel. Sur tous les profils consultés, on a trouvé à peine deux hommes dans la soixantaine prêts à rencontrer des femmes de leur âge.

Une phrase m'est spontanément montée aux lèvres. Plus tard en soirée, mon frère a eu exactement la même : mais pour qui se prennent-ils?

Certains me parleront du contexte démographique qui pourrait expliquer le fait que ces hommes se permettent de choisir. On entend toujours dire que la population âgée compte plus de femmes que d'hommes. Or, pour la grande région métropolitaine, l'écart entre les femmes et les hommes âgés de 60 et 69 ans est d'un peu plus de 15 000 individus. Ce n'est pas significatif.

L'angle mort financier

Quelque chose me chicote dans l'expression décomplexée du désir de ces hommes de trouver une conjointe un peu, beaucoup, passionnément plus jeune qu'eux, et c'est la question des sous.

Plus ça va, plus je me dis que les femmes sont comme les yogourts, elles ont une date de péremption.

Dans une société où les inégalités entre les sexes se traduisent également par un écart de moyens financiers, je m'interroge sur les motivations d'hommes mûrs à rechercher une «p'tite jeunesse» comme partenaire de vie. Dans une société capitaliste où tout se monnaie et s'achète, il y a peut-être là un enjeu. L'indépendance (et parfois aisance) financière est souvent l'apanage des hommes mûrs. A contrario, les femmes sont particulièrement désavantagées au moment de la retraite pour toutes sortes de raisons listées dans cet excellent article.

D'abord, il y a le problème non résolu de l'équité salariale, qui fait en sorte qu'encore aujourd'hui, les revenus des travailleuses québécoises ne représentent que 71 % de ceux des hommes. De plus, comme on le sait, les femmes sont moins présentes sur le marché du travail durant leur vie active, car elles sont plus susceptibles de s'occuper des enfants ou d'un proche malade. Tout cela crée un manque à gagner au moment de la retraite.

Ainsi, ma mère n'avait peut-être pas tort ce matin de m'écrire qu'«il se peut que les femmes de 50 ans qui tiennent à être en couple acceptent d'être avec des hommes plus âgés, car elles savent que leurs années de "jeunes poulettes" sont comptées».

Disons que cela prend un éclairage encore plus sombre lorsque l'on réfléchit à l'association économique qu'est le couple et au fait que la pauvreté touche particulièrement les femmes âgées seules.

L'objectivation des corps des femmes

Je suis portée à croire que cette situation s'explique également par le détestable deux poids deux mesures qui sévit entre les femmes et les hommes dans notre société.

Non, nous ne sommes pas égaux, et cela s'applique aussi en matière de séduction. Autrement, d'ailleurs, on ne qualifierait jamais les femmes qui fréquentent des hommes plus jeunes de «cougar», alors que l'inverse est tellement plus répandu et facilement accepté.

Qui sourcille lorsque, dans un couple, le gars a 10 ans de plus que la fille? Personne. Pourtant, combien de commentaires me suis-je pris parce que mon conjoint avait à peine six ans de moins de moi...

Partout, on entend dire que les hommes commencent eux aussi à ressentir une pression liée à leur apparence physique. Beaucoup se plaignent des standards irréalistes de plus en plus véhiculés dans les médias. Cela est vrai, dans une certaine mesure, mais n'a rien à voir avec ce que les femmes doivent endurer, à tous les âges, et d'autant plus en vieillissant.

Vous êtes une sexagénaire célibataire? Bonne chance! Surtout si vous n'affichez plus les 55 kilos de votre prime jeunesse... Plus ça va, plus je me dis que les femmes sont comme les yogourts, elles ont une date de péremption. Passé un certain âge, autour de soixante ans si on se fie aux non-gentlemen des sites de rencontre, nous sommes tout juste bonnes pour la poubelle.

Les femmes sont coincées dans un véritable cul-de-sac. Comme me l'a écrit une amie ce matin, «si tu n'as subi de chirurgie esthétique ou que tu as pris poids, tu "te laisses aller"». À l'inverse, «si tu passes sous le bistouri, tu n'es pas authentique, tu es même qualifiée de pathétique et superficielle».

De toute façon, on peut bien être mince, avoir conservé un certain air de jeunesse à coup de petits pots, d'injections ou de bistouri, on dirait qu'une fois passée la ménopause, une femme devient tout simplement invisible aux yeux de la plupart de ces messieurs. Elle ne semble plus être un sujet de désir, de fantasme. Il faut dire qu'en la matière, beaucoup préfèrent les objets aux sujets. C'est plus docile, bien jeune, ferme et, surtout, naïf et consentant. Une femme jeune, en âge de procréer? Ça, ç'a de la valeur dans notre société. Le top du top!

Qu'en est-il de l'expérience et de la sagesse? Bof, laissons le privilège de ces qualités aux hommes. La valeur d'une femme se limite à son enveloppe corporelle, c'est bien connu.

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