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31/08/2015 02:29 EDT | Actualisé 31/08/2016 05:12 EDT

Où sont les femmes?

Tout l'été, ça m'a fatiguée. Chaque jeudi, je voyais passer sur Instagram la photo annonçant le panel des invités de la semaine à l'émission 125 Marie-Anne et, quasi invariablement, je constatais - non, ça me sautait au visage -, à quel point les invités étaient généralement des hommes.

Tout l'été, ça m'a fatiguée. Chaque jeudi, je voyais passer sur Instagram la photo annonçant le panel des invités de la semaine à l'émission 125, Marie-Anne et, quasi invariablement, je constatais - non, ça me sautait au visage -, à quel point les invités étaient généralement des hommes.

L'émission étant maintenant terminée, j'ai tout compilé, ça n'a pas été bien long et ma chum Marie-Ève en a rajouté une couche avec ce joli petit tableau fort limpide, qui indique que pas moins de trois fois plus d'hommes que de femmes y ont été reçus.

La question qui tue

Petite note ici, l'idée n'est surtout pas de planter une émission et une animatrice que j'adore, mais de se demander, collectivement, comment le fait d'inviter une forte majorité d'hommes presque chaque épisode, durant toute la saison de 15 semaines, puisse être considéré comme tout naturel. Suis-je la seule à l'avoir remarqué?

Comment se peut-il qu'en 2015, des artisans d'une production télé à cheval sur les variétés et l'information comme 125, Marie-Anne, et son public, ne sourcillent pas quand l'émission propose 12 épisodes à très forte majorité masculine sur 15 (dont deux excluent totalement les invitées féminines)?

Est-ce que les femmes intéressantes sont moins nombreuses au Québec? Et ailleurs dans le la francophonie? (La star internationale Mika a pris part à l'émission, de même que l'auteur Alexandre Jardin.)

Est-ce que les femmes n'ont pas de réalisations à leur compte, n'ont-elles rien d'intéressant à dire, à présenter? Je ne le pense pas.

Est-ce que les femmes font moins «l'actualité»? Peut-être, surtout si on préfère tendre le micro à leurs collègues masculins.

Parce que c'est une roue qui tourne. Moins on donne d'exposure aux femmes, moins elles occupent l'espace médiatique et donc moins on les invite, donc elles ont moins d'exposure.

Sans s'imposer une règle formelle, est-ce que les artisans derrière ce genre d'émission ne devraient pas se demander pourquoi, au juste, ils et elles sont plus intéressés à entendre des invités masculins?

Blâmer le Jell-O intérieur?

Dans son récent essai Second début, l'auteure Francine Pelletier affirme que, sous des dehors libérés et triomphants, la plupart des femmes ont peu confiance en elles et doutent de leur capacités.

«La fameuse estime de soi, écrit-elle. On aurait cru, avec tout ce dont on peut être fières aujourd'hui, qu'elle aurait monté en flèche. Pas du tout. Ce que j'appelle le "Jell-O intérieur" tremble toujours au fond de beaucoup de femmes, et je m'inclus là-dedans».

Ainsi, est-ce que les recherchistes de 125, Marie-Anne ont eu du mal à recruter des participantes? Est-ce que des femmes se seraient senties intimidées au point de décliner l'invitation? Peut-être quelques rares, mais de là à arriver au final à un nombre si faible d'invitées (trois fois moins, je le rappelle)? Je ne le crois pas.

D'ailleurs, Francine Pelletier elle-même a accepté l'invitation de 125, Marie-Anne et a pris part à l'émission le 12 juin dernier.

Pour tout vous dire, je crois plutôt que cette émission agit comme un simple reflet de notre société. Le réel problème n'est pas tant le manque d'invité.e.s féminine à cette émission - ça, c'est juste le symptôme - , mais bien le peu de place et de valeur qu'on accorde à la parole des femmes, problème persistant s'il en est un.

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