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08/03/2016 10:44 EST | Actualisé 09/03/2017 05:12 EST

«A good guy», le prochain président des États-Unis?

«On est fatigués de tous ces politiciens qui sont contaminés et corrompus. On veut du sang neuf qui est indépendant du système politique. Trump, c'est la solution.»

«He is a good guy, a very good guy!»

Je suis assise au bar, dans un hôtel chic du centre-ville de Boston. La discussion tourne autour des élections américaines. L'homme en face de moi parle de Donald Trump. C'est un homme d'affaires, comme la majorité de la clientèle ici. Des hommes d'affaires qui semblent avoir réussi.

Deux autres hommes se joignent à nous et la discussion se poursuit. Ces deux hommes sont d'accord avec le premier.

«Vous aimez alors vraiment Trump», leur dis-je.

«Tout à fait», me disent fièrement ces trois hommes d'affaires.

Je suis abasourdie. C'est vrai que je suis dans un hôtel chic de Boston, que je ne suis pas dans un café de Cambridge en train de discuter avec des étudiants de Harvard. Des étudiants qui préfèrent de loin Bernie Sanders à Trump. Bernie a su séduire les étudiants, Trump semble avoir envoûté beaucoup d'Américains. Mais quand même, je suis à Boston, au Massachusetts, dans un État où les démocrates dominent.

«Avez-vous écouté le débat [du 3 mars] des républicains hier soir à la télé ?»

«Bien sûr !», me dit-on.

«Et que pensez-vous de la qualité des échanges entre les candidats ?»

«C"est certain que le niveau était bas. Mais c'était quand même un bon débat. Trump s'en est bien sorti.»

«Vraiment ? Pourtant, selon les analyses, Cruz et Rubio sont sortis gagnants, tandis que Trump et Kasich seraient perdants.»

«Trump n'avait pas le choix de se battre. On l'attaquait de partout ! Il a été très fort ! et... he is a good guy, a very good guy!»

Je me demande vraiment s'il plaisante. Trump, un good guy ? Mais bon, je poursuis.

«Oui mais il faut quand même être plus qu'un good guy pour être président des États-Unis, non ?»

On me regarde comme si je n'avais rien compris à la politique américaine.

«On est fatigués de tous ces politiciens qui sont contaminés et corrompus. On veut du sang neuf qui est indépendant du système politique. On veut du changement, on veut un gars (pas une femme) qui sait comment faire runner le pays. Trump, c'est la solution.»

Et voilà, on vient de me dire ce que beaucoup d'Américains pensent.

Après le «Super mardi» du 1er mars et le «Super samedi» du 5 mars, Trump est toujours le favori pour représenter les républicains. Pourtant, lorsqu'il a annoncé qu'il se présentait, rien ne le prédisposait à cette ascension. On riait de lui, on ne le prenait pas au sérieux, on le caricaturait. Certes, il y avait quand même des Américains qui le soutenaient, mais on disait aussi que son étoile s'éteindrait très vite avec toutes ses attaques et ses discours ridicules, comme la construction d'un mur à la frontière du Mexique. Pourtant, son étoile ne fait que grossir. Son charisme, son pouvoir, sa force ont été sous-estimés. Et maintenant les gens ont peur, même très peur. Il y a d'un côté ceux qui le vénèrent, et de l'autre côté ceux qui le craignent terriblement. Cette peur n'existait pas avant. C'est nouveau, elle est très palpable ici.

Je connais des amis qui sont 100 % démocrates et qui ont voté pour Rubio au «Super mardi» pour réduire les votes de Trump. Je connais des gens qui regardent sérieusement pour immigrer dans un autre pays si Trump devient le président des États-Unis (ce n'est pas une blague). Les gens sont terrifiés et ne savent plus quoi faire pour arrêter cette vague de partisans de Trump qui ne cesse de grossir.

Autant on riait de lui avant, autant on prend Trump au sérieux, maintenant. Et il était temps. Les intellos réagissent enfin. Je vois de plus en plus d'articles analysant l'impact sur l'économie si Trump devenait le président des États-Unis. Sa position sur la Chine, les taxes, l'immigration, etc. On analyse ses discours, on les décortique sous tous les angles et on écrit pour expliquer aux gens le danger réel s'il est élu.

On a beau comparer Trump à Hitler, à Mussolini, aux pires dictateurs et, pourtant, rien ne l'affecte. Je l'ai écouté au débat, je l'ai aussi observé. Même s'il se fait attaquer de tous les côtés, il reste immobile comme un roc. Impossible de l'atteindre, il est imperturbable, indestructible. Je dois avouer que c'est quand même impressionnant.

Avant de quitter le bar, j'ai posé une dernière question à ces messieurs : «Qui selon vous va devenir le prochain président des États-Unis ?»

Et on m'a répondu en chœur : «Trump !»

Seule l'histoire le dira !

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