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14/11/2013 01:34 EST | Actualisé 13/01/2014 05:12 EST

Le moratoire mal-aimé

Dans un article du Devoir , il est écrit que le projet de loi 37 visant un moratoire sur l'exploration du gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent semble être à l'agonie. Les différents partis politiques se lancent mutuellement la balle en accusant «les autres» d'être de mauvaise foi.

Nous ne voulons pas nous prononcer sur le parti ou les partis qui ont tort ; c'est un exercice futile. Est-ce qu'il est préférable d'avoir une consultation publique avant ou après le vote sur le principe? Même si nous ne connaissons pas la procédure parlementaire dans le détail, cela nous semble une tentative de fendre les cheveux en quatre. Si le moratoire apparaissait important aux yeux des parlementaires, de quelque allégeance qu'ils soient, ils feraient tous preuve de bonne volonté pour veiller à ce qu'au moins on puisse entendre les groupes intéressés par la question. Lorsque le gouvernement fédéral a attaqué le principe de la majorité claire de 50% plus un, qui mettait en péril un éventuel processus de référendum au Québec, tous les députés y sont allés d'une belle unanimité. Voilà ce que nous demandons à nos élus: non pas d'être d'accord sur chaque projet de loi, mais de veiller aux intérêts supérieurs du Québec, sans se laisser tenter par des manœuvres de bas étage, d'obstruction de sabotage et d'accusations à qui mieux, mieux.

Il était intéressant de voir la dernière émission d'Enquête au sujet de notre ministère de l'environnement (MDDEFP) . On y dénonçait l'inaction et le laxisme ce ministère dans l'application de ses propres règlements lorsqu'il y a des débordements d'égout saturés de matières fécales dans les lacs et cours d'eau. Avec tous ses moyens financiers et techniques, on aimerait que ce ministère soit au moins aussi capable d'analyser l'état de pollution au lac Mégantic qu'un citoyen comme Daniel Green!

Depuis plus de trois ans, des citoyens québécois se battent contre des envahisseurs pour protéger leur terre, leur propriété et la qualité de l'eau qui est essentielle à la vie de tous. Malgré l'inique «Loi des mines», les manigances, derrière des portes closes, d'un lobby puissant qui manipule l'information et n'hésite pas à utiliser toutes les stratégies les plus efficaces pour influencer nos élus et la population, le mouvement citoyen se tient debout. C'est vrai au Québec et ailleurs.

Même si nous nous sommes battus pour avoir minimalement un moratoire, voire une interdiction complète, le projet de loi 37 est très, très en dessous de nos attentes. Il s'appliquerait seulement au gaz ; cela veut dire que, malgré ce moratoire, une compagnie pourrait décider de chercher du pétrole dans nos puits maskoutains... et ce serait légal! Car dans tout puits, on peut trouver du pétrole ou du gaz, ou les deux, selon la profondeur, la maturité du kérogène dans la roche, etc. Donc, on pourrait appeler cela «un moratoire à trou». Même le député du PLQ Gerry Sklavounos a ainsi «déploré l'absence de toute la filière pétrolière dans ce moratoire». Faut le faire!

Ce projet de moratoire était très «géographique» ; il s'appliquerait dans 52 MRC ou municipalités. Cela veut dire qu'il protègerait les citoyens d'Outremont d'un forage, mais pas ceux de la Beauce, du Lac St-Jean, de la Gaspésie et d'Anticosti. Si la fracturation hydraulique est néfaste pour les contribuables de Ville Mont-Royal, pourquoi est-ce que ce serait acceptable pour ceux d'Amqui dans le Bas du fleuve? Et le principe qui veut que tous soient égaux devant la loi?

Avec ou sans moratoire légal, et malgré les tractations des lobbyistes de l'industrie, la volonté des citoyens trouvera un moyen de ne pas «se faire forer». Après tout, les pétrolières oublient que nous sommes au 21e siècle. Ce sera le siècle des énergies vertes ; les «dinosaures pétroliers» sont appelés à disparaître. La biosphère ne s'en portera que mieux.

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