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24/05/2017 05:18 EDT | Actualisé 24/05/2017 05:19 EDT

Kent Nagano: meeting with a Friend

Ce matin, en ouverture de cette édition 2017 de C2MTL, Kent Nagano nous a raconté l'histoire de notre monde en changement.

J'ai eu l'occasion de passer du temps en compagnie de Kent Nagano, le Maestro tant aimé des Montréalais. Un homme charmant. Pas du tout hautain, comme on pourrait s'y attendre d'un substrat de la plus haute culture. Cet homme affable parle avec tout autant de passion et d'admiration de Jefferson Airplane que de Beethoven. Il n'a pas hésité à ses débuts, à diriger le London Symphonique Orchestra dans la performance inédite d'une symphonie de Frank Zappa. La preuve: https://youtu.be/VOZ5Wd7xDF4

Dans le monde de la musique classique en déclin, on parle carrément du «Miracle Montréalais».

Il est intelligent. Très. Instruit. Énormément. Travaillant. On s'y attend. Mais il faut quand même avoir du tempérament et une passion pour son travail pour passer son temps entre Montréal, Hambourg et autres orchestres invités, dirigeant des maisons symphoniques, décidant des programmes musicaux à venir, participant à des galas-bénéfices, et déchiffrant des partitions. Tout cela en exigeant le meilleur de lui-même, de ses musiciens, de son équipe, et de son public. Parce qu'il ne fait pas de quartier sur la qualité, refuse tout statu quo et ne sous-estime jamais la sensibilité et l'intelligence de son public. Ainsi, il arrive à rejoindre, à surprendre et à renouveler son public. D'ailleurs, dans le monde de la musique classique en déclin, on parle carrément du «Miracle Montréalais».

Dans tous ses choix, que ce soit en jouant au Centre Bell pour les Canadiens de Montréal, pour les Inuits dans le Grand-Nord canadien ou par la création de son programme de musique intensive pour les prématernelles de Montréal Nord La Musique aux Enfants, le Maestro souhaite constamment porter sa musique au-delà du public de «têtes grises».

Il est intransigeant, mais généreux, drôle et imagé. En répétition, je l'ai entendu donner ce genre d'indication musicale à un musicien: «Imagines toi que tu es sur le point de demander une femme en mariage. Tu te diriges vers elle. Tu crois qu'elle va dire oui, mais tu es nerveux parce qu'il y a une chance, une toute petite chance qu'elle dise non. C'est ce moment d'expectative et de nervosité que je veux entendre.» Légers rires parmi les musiciens. Phrasé musical obtenu.

C'est un homme qui aime raconter. Que ce soit sa première rencontre avec les parents de sa future épouse dans une allée de bowling à Genève, faute de restaurant ouvert pour une invitation plus formelle. Ou plus récemment, en réponse à l'afflux des migrants dans la ville de Hambourg en Allemagne, il décide de créer un choeur d'enfants pour l'Opéra de Hambourg mixant enfants allemands et migrants. Il n'a aucun doute: la musique est un langage universel qui ouvre l'esprit et abat les barrières.

Ce matin, en ouverture de cette édition 2017 de C2MTL, Maestro Nagano nous a raconté l'histoire de notre monde en changement. La pièce pour violon solo et ensemble à cordes du compositeur contemporain Georgs Pelecis, Meeting with a Friend, est énergique, industrielle et répétitive dans ses variations. Je crois que le Maestro a pointé de façon très éloquente à cette horde de décideurs, de créateurs et de gens d'affaires que leur course en avant frénétique demandait quelques moments de suspension. Dès les premières mesures, l'énergie de la salle comble du Chapiteau 360 est descendue d'un cran. La plupart ont éteint leur téléphone. À la fin, on aurait pu entendre une mouche voler, ou plutôt les esprits s'envoler.

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