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24/05/2016 07:17 EDT | Actualisé 26/05/2017 05:12 EDT

C2MTL : un autre buzz word

Les premières années de C2MTL, « innovation » était sur toute les bouches. Puis « créativité ». Cette année, on « collabore ».

Encore davantage cette année, C2Mtl propose une pléthore d'activités et de conférences, en simultanée dans plusieurs lieux. L'événement devient gargantuesque et difficile à appréhender, à moins d'avoir le don d'ubiquité. Dans la foulée des années précédentes, tous cherchent des solutions créatives à un problème bassement pécunier : comment augmenter la productivité d'une entreprise. Pour y remédier, C2MTL s'inspire des solutions en vogue. Les premières années de C2MTL, « innovation » était sur toute les bouches. Puis « créativité ». Cette année, on « collabore ».

Comme si on inventait quelque chose alors que depuis la nuit des temps l'humain a dû collaborer pour se développer, vivre et survivre. Tout cela, en innovant et en créant des solutions pour répondre à ses besoins: se loger, boire et manger, fonder une famille et une communauté, et éventuellement conquérir de nouveaux espaces de vie. Il va de soi en regardant par la lorgnette de l'histoire de l'Humanité que la collaboration fait fondamentalement partie de son évolution. Qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui «collaborative business» devienne un buzz word?

Je m'intéresse donc dès mon arrivée à une classe de maîtres donnée par un gourou du design organisationnel qui prétend que ses méthodes vont « permettre aux innovateurs de demain de réaliser leurs rêves les plus ambitieux ». Me semble que j'ai déjà entendu ça quelques fois. Il s'adresse à une centaine de participants prêts à jouer la collaboration avec crayons, post it, cahiers à dessin et des idées plein la tête. Là non plus, rien de nouveau. Ceci étant, c'est l'angle utilisé qui capte mon attention: créer des rituels pour encourager une culture créative.

Un rituel!? Le mot relève presque du sacrilège au XXIe siècle, alors que nous avons rejeté la religion et ses rituels avec la montée de l'individualisme et sa Révolution tranquille. Maintenant, « rituel » sonne avec ordre religieux, sexualité réprimée et/ou pour les plus exotiques, avec danse initiatique africaine. Ce qui fait que aujourd'hui, nous avons perdu le sens donné au temps et au cérémonial accompagnant un moment fort d'une vie, que ce soit un décès, un mariage, une naissance. Dans le meilleur des cas, nous inventons de nouveaux rituels, ce qui n'est pas si simple. Dans le pire des cas, nous sommes perdus et seuls devant leur absence. Car qui dit rituel dit « Ensemble des règles et des habitudes fixées par la tradition ». (Larousse) En flushant les rituels prescrits, nous avons aussi abandonné nos traditions et leurs sens communautaire et collaboratif.

Que viennent faire des rituels dans cette histoire de rentabilité financière? Est-ce en contrepoids à une perte de sens dû justement au culte de la consommation et de l'individualisme tout puissant?

Un rituel en entreprise, c'est un peu comme une messe du dimanche avec des codes bien précis, à l'image des valeurs et de la culture entrepreneuriale. Le tout pour encourager les collaborations improbables pour éventuellement créer des solutions augmentant la productivité de l'entreprise. Les possibilités - et les besoins - d'activités possiblement rituelles sont infinies. On peut bien fêter, manger et boire, discuter, cuisiner, faire du vélo, grimper le Kilimandjaro entre VP, à la fin de l'année, il faut le sortir son rendement. Elle est là la vraie question: comment faire le calcul du rendement vs le coût en temps et en argent des activités rituelles?

Et comme sur le parvis de l'église, on y parle beaucoup; souvent de nos enfants, parfois de boulot. Mais surtout, je soupçonne qu'on y fait beaucoup de politique.

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