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06/07/2016 09:56 EDT | Actualisé 06/07/2016 09:57 EDT

Le Dr Gilles Julien n'a rien inventé...

La proximité dont s'enorgueille le Dr Julien n'a pas de secret pour les OCF car ceux-ci ont depuis toujours favorisé l'approche «milieu de vie» en accueillant les familles dans un lieu centré sur leurs besoins.

Dans la récente actualité (La Presse du dimanche 5 juin, entrevue au FM 93 le 9 juin et annonce de la Ville de Montréal), on fait l'éloge (encore et encore) du Dr Gilles Julien comme si celui-ci était le seul à savoir comment prendre soin des enfants vulnérables... Faut dire que lui-même n'hésite pas à faire la promotion de ses petits miracles comme s'il était Dieu le Père... Il parle de «ses enfants» et il se permet au passage de mépriser le travail des CLSC, des CPE, des écoles et des organismes communautaires.

Son approche, qu'il qualifie d'unique, n'est pourtant pas de son cru. Depuis 50 ans les organismes communautaires Famille (OCF) ont mis en place le soutien qu'ils offrent dans un esprit d'ouverture favorisant l'entraide, en intervenant toujours en proximité avec les familles. Toutes ces organisations jouissent d'une belle reconnaissance de la part de la population et des professionnels du réseau. La proximité dont s'enorgueille le Dr Julien n'a pas de secret pour les OCF car ceux-ci ont depuis toujours favorisé l'approche «milieu de vie» en accueillant les familles dans un lieu centré sur leurs besoins. Certaines organisations ajoutent à leurs compétences qu'ils interviennent aussi au domicile des familles.

Le Dr Julien se permet d'affirmer que son organisation se distingue des organismes communautaires parce les gens qui œuvrent dans les cliniques de pédiatrie sociale sont des professionnels! Parlant de professionnels, voici une courte liste des diplômes qu'on retrouve dans le curriculum vitae des gens qui œuvrent dans des OCF: baccalauréat ou maîtrise en psychoéducation, études supérieures en intervention TSA, éducation spécialisée, éducation en service de garde, certificat ou baccalauréat en enseignement, technique ou baccalauréat en service social, diplômes d'écoles professionnelles en service de garde, en langage signé, en intervention ou en soin aux personnes, certificat en gestion des organisations. Plusieurs de ces personnes sont aussi membres de leur ordre professionnel. Mais elles ne sont malheureusement pas rémunérées en fonction de la valeur de leur travail et leur niveau de responsabilité. Alors oui, Dr Julien, dans les OCF, il se fait un travail aussi valable et professionnel que celui des cliniques de pédiatrie sociale!

En vertu de quels critères le Dr Julien devrait-il être exempté de contrôles? C'est l'argent des contribuables!

Une autre affirmation du Dr Julien est à l'effet que sa Fondation a le devoir de chercher du financement en dehors de celui que lui accorde généreusement le gouvernement, en supposant que les OCF attendent après le gouvernement pour financer leurs activités. Étant donné un financement étatique famélique, les OCF ont depuis toujours eu à dénicher du financement supplémentaire, qui représente très souvent bien plus que le financement de l'État. Et tout ça sans l'aide de vedettes telles Christian Begin ou Guy A. Lepage, et sans l'appui du premier ministre Couillard... La notoriété accordée au Dr Julien fait en sorte que la disponibilité des fonds se trouve consacrée à la faveur de cliniques de pédiatrie sociale avec l'effet que la collecte d'argent est de plus en plus difficile pour le milieu communautaire, qui en a tant besoin lui aussi.

Et parlons-en du financement public promis et accordé par le gouvernement Couillard et celui annoncé par le maire de Montréal que recevra le Dr Julien. Celui-ci affirme «qu'il va refuser l'argent du gouvernement s'il est soumis à trop de contraintes afin ne pas perdre son autonomie». Comment se fait-il que le gouvernement permette un financement sans contrôles alors que c'est de l'argent public? La commission Charbonneau a pourtant fait ressortir que les ententes à l'amiable entre le politique et le privé n'ont pas lieu d'être. Nous allons de scandale en scandale dans le monde de la construction. Alors pourquoi la tape sur l'épaule donnée par le premier ministre au Dr Julien en lui affirmant «qu'il pouvait compter sur lui pour le développement de ses cliniques» serait une procédure légale? Parce que c'est le Dr Julien, on va accorder de l'argent sans aucune forme de critères?

Pour recevoir du financement en provenance du gouvernement, un organisme communautaire doit d'abord passer par le filtre de la reconnaissance de sa mission en concordance avec des critères bien établis, et par la suite il peut espérer recevoir des sous. Et lorsqu'il en reçoit (les enveloppes budgétaires pour les nouveaux organismes sont depuis longtemps fermées, mais il y a de l'argent pour le Dr Julien!), il doit se soumettre à une rigoureuse reddition de compte. En vertu de quels critères le Dr Julien devrait-il être exempté de contrôles? C'est l'argent des contribuables et tous ces payeurs de taxes souhaitent que le gouvernement se fasse un devoir de s'assurer que l'argent a bel et bien été utilisé aux fins pour lesquelles il a été octroyé. Mais, semble-t-il, le Dr Julien devrait être cru sur parole...

Les OCF ont toujours cru dans la force des parents et que le travail accompli en collaboration avec eux a des retombées assurées dans le bien-être de leurs enfants.

Dans la perspective où les contraintes imposées par le gouvernement ne conviendraient pas au Dr Julien et que celui-ci refuse l'argent, nous formulons le souhait que le gouvernement dédie ces sommes à des organisations qui ont l'habitude des contrôles par souci de transparence, et qui ont drôlement besoin de cet argent. Les OCF peinent à boucler leur budget et déploient des trésors d'imagination pour y arriver. Ils réclament ces sommes depuis plusieurs années, mais le gouvernement fait la sourde oreille.

Aussi, le Dr Julien parle de «ses enfants», mais pas beaucoup des parents. Ceux-ci sont pourtant très importants dans le suivi à faire pour la réussite de l'intervention. Les OCF ont toujours cru dans la force des parents et que le travail accompli en collaboration avec eux a des retombées assurées dans le bien-être de leurs enfants. Mais ça demande beaucoup d'ouverture aux différentes réalités familiales et une capacité à recevoir les critiques... De plus, l'étiquette «vulnérable» devrait toujours être associée au mot «prévention».

C'est pourquoi les OCF privilégient une «approche globale» en accueillant les familles de toutes classes sociales (la vulnérabilité n'est pas qu'économique), en travaillant à la fois sur les difficultés des familles, mais aussi sur les causes de ces difficultés. Les OCF travaillent à redonner le «pouvoir de parentalité» plutôt que de catégoriser les parents.

Le Dr Julien dit ne pas s'inquiéter de la classe moyenne... Je ne sais pas comment il peut être aussi confiant. Dans les OCF nous faisons quotidiennement le constat que les familles de classes moyennes s'appauvrissent de plus en plus et les effets sont vérifiables. Il n'y a qu'à scruter les chiffres des banques alimentaires pour visualiser cet état de fait. Tous ces parents qui cumulent plus de deux emplois, souvent précaires, pour voir aux besoins de leurs enfants sont à risque et le travail doit se faire en amont des problèmes, en prévention, ce que font les OCF.

Je termine en disant que c'est en reconnaissant les compétences de toutes les organisations qui travaillent avec les familles que nous réussirons à optimiser les interventions auprès d'elles. Les OCF ont depuis toujours participé à des concertations (Avenir d'enfant, tables sectorielles avec les CLSC, ATI et autres instances) permettant la mise en commun des forces et des services pour offrir une meilleure réponse aux besoins des enfants et des familles vulnérables. Les OCF s'engagent aussi à travailler sur des changements sociaux pour contrer les effets de la pauvreté.

Alors Dr Julien, cessez de nous regarder de haut et venez plutôt apprendre de nos pratiques...

Ce billet de blogue est écrit au nom des membres du Regroupement OCF de la région de la Capitale-Nationale, qui compte 24 organismes membres rejoignant annuellement autour de 6 000 familles et comptant sur 45 000 heures d'apport bénévole par année pour y arriver.

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