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04/05/2015 01:10 EDT | Actualisé 03/05/2016 05:12 EDT

Groupe État islamique: le dangereux mythe de la «victime-combattante»?

Même si les «femmes de l'État islamique» ne se battent sur le front, il faut identifier et reconnaître les risques qu'elles posent.

Lorsque trois jeunes écolières britanniques se sont rendues en Syrie afin de rejoindre le groupe État islamique (EI, EIIL ou Daesh) en février dernier, beaucoup étaient choqués : pour quelles raisons de jeunes femmes occidentales voudraient-elles se joindre à un groupe qui commet des atrocités de masse et fait la promotion d'une interprétation stricte de la Sharia qui limite les libertés des femmes ? Pour beaucoup d'entre nous semble paradoxal.

D'après une étude récente du « Institute for Strategic Dialogue », au moins 550 femmes occidentales ont quitté leur pays pour rejoindre l'EI. Mais alors que les hommes sont décrits comme de «dangereux terroristes», les médias occidentaux ont plutôt tendance à décrire les adhérentes de l'EI comme de «naïves victimes» d'endoctrinement, de manipulation et de coercition. Il est clair que la propagande de Daesh est efficace pour attirer des étrangers, entre autres en donnant une image assez idyllique de la vie dans l'état (autoproclamé) islamique soi-disant instauré. Mais ce serait une erreur d'enlever à ces adhérentes tout pouvoir de décision ou de dire qu'aucune d'entre elles n'a rejoint l'EI de manière volontaire. Comme leurs homologues masculins, les femmes se sont trouvés des raisons que l'on ne devrait pas sous-estimer si nous voulons comprendre la machine de propagande de Daesh et ce qui attire différentes recrues. Les hommes n'ont pas le monopole de la violence et des idées extrémistes. Au contraire, l'étude de l'ISD démontre que les femmes sont bien conscientes des crimes commis par l'EI et, tout comme les hommes, sont aussi attirées par cette brutalité.

Même si les «femmes de l'État islamique» ne se battent sur le front, il faut identifier et reconnaître les risques qu'elles posent. Les raisons qui poussent les femmes à rejoindre les rangs de l'EI sont tout aussi diverses que celles de hommes. Elles aussi adhèrent par exemple à l'idée que les musulmans sont oppressés à travers le monde et qu'elles ont donc le devoir de faire le djihad. D'autres sont attirées par une version romantique de la guerre ou l'image idyllique de la vie dans le « califat » promue par Daesh. Beaucoup de militantes veulent aussi contribuer à la construction de l'état en devenant épouses et mères du djihad. Enfin, certaines femmes sont en quête de sens, à la recherche d'un sentiment d'appartenance qu'elles pensent pouvoir trouver dans la « cause globale » promue par l'EI.

Nous devons être conscients du rôle des femmes au sein de l'EI pour au moins deux raisons. Premièrement pour se rendre compte du danger qu'elles peuvent poser bien que leurs rôles soient moins visibles que ceux des hommes. Deuxièmement pour comprendre pourquoi les femmes adhèrent aux fantasmes vendus par le groupe extrémiste, ce qui nous permettrait peut-être d'améliorer nos stratégies de prévention.

D'après un document de propagande intitulé « Les femmes au sein de l'Etat islamique : manifeste et étude de cas», les femmes du califat sont essentiellement confinées aux tâches domestiques. Dans ce manifeste, l'accent est principalement mis sur le mariage, la maternité et la famille. Bien que moins visible, l'impact du rôle des femmes doit être pris aussi au sérieux que celui des hommes. En tant qu'épouse et mère, l'EI est bien conscient que les femmes (surtout leur corps) contribuent à la construction et à la pérennité de l'état autoproclamé par Daesh. Elles apportent du soutien moral aux maris qui reviennent du front et garantissent la continuité du en faisant et élevant des enfants, connus aussi comme "les lionceaux du califat" (pour utilisé les termes du groupe EI).

Certaines femmes jouent un rôle plus actif. En février de l'année dernière, L'EI a créé deux brigades exclusivement féminines, une sorte de police des mœurs chargée d'appliquer la Sharia. Certaines femmes djihadistes sont aussi des recruteuses qui utilisent les médias sociaux afin d'attirer d'autres jeunes femmes dans les rangs de l'EI. Cette présence en ligne constitue un risque considérable étant donné que les recruteuses encouragent d'autres jeunes à venir en Syrie. Elles leur donnent des conseils pratiques aux voyageurs ou encore encouragent des attaques contre l'Occident.

Que ce soit en tant qu'épouses, mères, membres d'une brigade ou recruteuses, les femmes djihadistes devraient être considérées comme des actrices à part entière qui contribuent au système et à l'idéologie promus par Daesh.

Que devons-nous donc en conclure ? Le discours de «la victime de manipulations» est dangereux en terme de prévention, d'évaluation des risques et de dé-radicalisation. La réalité de la situation devrait nous amener à revoir notre vision simpliste de l'«innocente victime» dont les idées radicales sont soi-disant moins sévères car résultant d'un lavage de cerveau. La plupart des femmes qui se joignent à l'EI ont assimilé l'idéologie et l'utilisent pour servir les objectifs de Daesh. N'oublions pas que l'une des personnes les plus recherchées de France est Hayat Boumeddiene, la femme d'Amedy Coulibably, responsable du meurtre de cinq personnes à Paris en janvier dernier.

Si nous voulons mettre fin au flux de recrues originaires de l'occident, nos stratégies de prévention et de dé-radicalisation doivent prendre en compte la réalité des femmes et le processus de radicalisation qui leur est spécifique. Qui nous dit que la prochaine attaque sur sol canadien ou européen ne sera pas commise par une femme ?

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