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12/07/2016 10:08 EDT | Actualisé 12/07/2016 10:09 EDT

Peut-on regretter d'être mère? Mythes et réalités de la maternité ou l'ultime tabou

Existe-t-il plus grand tabou pour une femme, encore aujourd'hui en 2016, que d'avouer que non, on ne veut pas d'enfant? Que la maternité ne nous comble pas de bonheur. Que nous ne nous sommes pas senties transfigurer ce jour où nous sommes devenues mères...

Parfois, je me dis que de nos jours, en 2016, il ne devrait plus y avoir aucun tabou. Vous ne trouvez pas?

C'est qu'en lisant les journaux, j'ai un peu l'impression que vraiment, si on compare les modes de vie modernes avec ce qui constituait la «norme», il y a tout juste trente ou quarante ans (mon adolescence pendant les années soixante-dix, début quatre-vingt par exemple) il ne semble vraiment plus subsister aucune limite lorsqu'on parle de libertés individuelles.

Des exemples ?

La famille. Celle-ci n'étant plus nucléaire, mais éclatée. Un noyau dans lequel on retrouve maintenant un peu tout. Deux pères dans certains cas. Deux mères ailleurs. Des parents monoparentaux. Des familles éclatées. Reconstituées. Et d'autres encore que nous pourrions conjuguer au passé. Certains parents devenant parfois, par la force des événements et bien malgré eux, des parents orphelins... Comme ma cousine dont la petite fille, atteinte du Fox G1, est décédée tout juste avant d'avoir trois ans...

Ou encore ?

Le genre. Aujourd'hui on peut bien naître femme ou homme, on peut très bien choisir d'être le contraire de ce que la nature a décidé pour nous. Une femme qui devient un homme. Un homme qui devient une femme.

Ni l'un ni l'autre parfois.

Parce qu'aujourd'hui, on peut choisir son genre. Ne pas être certain de ce qu'il en est. Ou encore, voir comme un droit inaliénable de choisir les toilettes publiques, non plus en fonction de son genre, féminin ou masculin, mais plutôt en fonction de qui on a décidé (ou envie) d'être.

Car si dans les années soixante-dix, il était anecdotique de retrouver à la télé ou ailleurs des modèles qui osent sortir des modèles sociétaux normés (l'homme qui travaille à l'extérieur, la femme qui élève ses enfants à la maison et qui transpire de bonheur), aujourd'hui au contraire, on retrouve vraiment de tout. Tout ce méli-mélo de modèles éclatés dans les médias constituant très clairement un facteur de normalisation et d'acceptation de la différence dans le réel.

Ce qui, à mon humble avis, il faut bien le dire, est sans doute l'une des meilleures choses que nos sociétés modernes - pleines de défauts à bien des égards - nous ont toutefois apportées de plus que positif!

Et parenthèse ici. Avant qu'on ne me lance des roches pour me faire remarquer que ce n'est pas partout dans le monde qu'il est possible de s'afficher tel que l'on est, je veux bien l'écrire ici noir sur blanc. C'est très clairement en tant que Nord-Américaine que je parle ici! Une partie du monde ou oui, même s'il reste du chemin à faire à bien des niveaux, j'ai quand même la chance, en tant que femme, de choisir qui j'ai envie d'être.

Et de cela, je suis d'autant plus reconnaissante, car j'ai vu ma grand-mère Jeanne vivre les dix dernières années de sa vie avec... une femme. Et cela bien sûr, malgré tous les jugements dont elle a été victime dans le fin fond de l'Abitibi des années 70. Aujourd'hui, on dirait d'elle qu'elle est «Queer». Un peu comme la chanteuse Coeur de Pirate qui a récemment fait son «coming out» pour se déclarer elle-même Queer.

*****

Alors voilà, ce long préambule pour en venir là ou je voulais en venir. Soit qu'aujourd'hui, il est facile en lisant les journaux de croire qu'il n'y a plus aucun tabou.

Que tout est permis. Que nous sommes, en 2016, dans une ère de liberté sans égale dans l'histoire de l'humanité (au moins pour une partie de la planète). Et que nous avons maintenant le choix de décider qui l'on a envie d'être. Non pas en fonction de facteurs imposés, par la nature ou par la société. Mais en fonction de ce que l'on veut.

S-O-I.

Et pourtant, je suis toujours un peu consternée (est-ce le bon mot?) de constater qu'il subsiste encore et toujours un ultime tabou.

Celui de la maternité.

«Existe-t-il plus grand tabou pour une femme, encore aujourd'hui en 2016, que d'avouer que non, on ne veut pas d'enfant?»

À preuve, ces articles sur lesquels je suis tombée ces derniers jours et dans différents médias sur internet, notamment sur le site du journal Libération, qui racontaient en effet qu'une sociologue israélienne, Orna Donath, était allée à la rencontre de 23 femmes âgées de 25 à 75 ans, posant à celles-ci cette question, en apparence toute simple. «Si vous pouviez revenir en arrière dans le temps, avec la connaissance et l'expérience que vous avez aujourd'hui, seriez-vous mère?».

Toutes, sans exception, ont répondu... non. Qu'elles avaient, pour la plupart découvert après coup qu'elles n'étaient pas faites pour avoir des enfants. Et que malgré le fait indéniable qu'elles aimaient leurs enfants, si c'était à refaire, elles n'en auraient pas.

Cette étude, «Regretting Motherhood: A Sociopolitical Analysis», publiée en 2015, a depuis été commentée (et critiquée!) partout dans le monde. Et pour cause!

Car existe-t-il plus grand tabou pour une femme, encore aujourd'hui en 2016, que d'avouer que non, on ne veut pas d'enfant? Que la maternité ne nous comble pas de bonheur. Que nous ne nous sommes pas senties transfigurer ce jour où nous sommes devenues mères...

J'avoue que ces articles m'ont particulièrement interpellée. Parce que je suis toujours fascinée de voir à quel point dès que l'on devient mère, c'est comme si nous ne nous appartenions soudainement plus. Les purs inconnus se croient autorisés à nous toucher le ventre. L'entourage qui, avec les meilleures intentions du monde, nous donne son avis sur tout: du meilleur choix de bassinette à se procurer à la meilleure façon de traiter une fièvre. De notre façon d'habiller nos enfants jusqu'à notre façon d'intervenir pour les réprimander.

Notre façon de faire n'étant, semble-t-il, jamais adéquate.

On nous critique sur notre désir de retourner au travail (toutes des égoïstes qui privilégient la carrière à leurs enfants). On critique aussi celles qui décident de demeurer à la maison avec leurs enfants (des inconscientes qui négligent leur avenir professionnel). Si vous n'allaitez pas, vous ne pensez qu'à vous. Si vous allaitez, vous ne le faites pas forcément de la bonne façon. Ou encore, trop longtemps. Ou pas assez.

Et j'en passe! Parce que, quel que soit le sujet, il suffit d'y intégrer un espace vide à remplir en y mettant la critique voulue.

Et j'en oublie assurément! Parce qu'en ce qui me concerne, mon fils est maintenant rendu à dix ans. Et que, par la force des choses, sa petite enfance s'éloigne dans le rétroviseur des souvenirs.

Alors, je choisis mes combats. Et les meilleurs moments que je veux conserver en mémoire.

N'empêche, la société, encore aujourd'hui en 2016, nous impose une vision de la maternité qui est loin de toujours refléter de la réalité. Parce qu'il est faux de prétendre que c'est facile d'être parent. Que c'est inné de se sentir maternelle. Et qu'une fois mère, plus rien d'autre n'aura d'importance pour vous.

Ni le travail, ni le fait de se réaliser, ni même cette idée de la femme que nous souhaitions être.

Mais un peu tragiquement, la société continue de tenter de nous en convaincre. Avec pour résultat de nous cantonner, encore et toujours, dans ce rôle de la mère inapte.

Sans qu'on ait le droit de le dire.

Si le sujet vous intéresse, il suffit de chercher sur Google les mots clé «Orna Donath» et «maternité». On parle partout de cette étude, portrait d'une réalité inavouable...

Consternant tout cela! Vraiment!

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