LES BLOGUES
25/03/2018 08:00 EDT | Actualisé 25/03/2018 08:00 EDT

Ne me quitte jamais, mon poussin

Au cours du dernier mois, j’ai vu deux amies, mamans différentes comme moi, accompagner leur fils adoré jusqu’aux portes du ciel.

Gudella via Getty Images

Mon poussin... Lumière de ma vie...

Au cours du dernier mois, j'ai vu deux amies, mamans différentes comme moi, accompagner leur fils adoré jusqu'aux portes du ciel. La pire douleur qu'une maman puisse vivre... Dire adieu à son enfant... Le laisser partir de l'autre côté des choses...

J'ai été témoin de leur peine. J'ai été envahie par leur déchirement. J'ai senti leur vide infini jusqu'au fond de mes tripes... Ça m'a vraiment secouée...

Et je me suis rappelée...

J'ai déjà failli te perdre plusieurs fois. On a dû organiser tes funérailles vingt-quatre heures après ta naissance. Projeté dans le ring de la vie dès ton premier souffle, tu as affronté avec courage et détermination l'adversaire ultime. La mort. Jusqu'à maintenant, tu as gagné tous les rounds. Le combat perdure. Mais un jour, il se terminera.

Le combat perdure. Mais un jour, il se terminera.

La mort est un combattant coriace et cruel. Elle nous laisse lui donner quelques baffes, histoire de nous laisser croire qu'on peut la vaincre. Puis un jour, elle se lasse de jouer avec nous et elle nous fout un uppercut sur la gueule. Nous voilà au tapis. Au final, c'est toujours elle qui gagne.

Oui, j'avais oublié...

Que ta vie est toujours menacée... Que chaque jour est un miracle auquel tes médecins n'ont jamais cru... Qu'ils ne comprennent encore toujours pas comment tu t'es rendu jusqu'ici, en 2018, toi, cette petite chose fragile qu'ils ont condamnée dès la naissance et qu'ils ont même refusé de traiter, tellement ta survie était impossible.

Et j'ai réalisé...

Que moi aussi, un jour, je devrai peut-être vivre la peine de mes amies. Crier ma douleur au monde entier, comme un loup hurle sa solitude à la lune. Sentir le vide m'envahir jusqu'au tréfonds de mon âme. Essayer de panser les plaies béantes que m'aura infligées la grande faucheuse.

Et j'ai essayé d'imaginer...

Rentrer seule à la maison après t'avoir accompagné jusqu'au bout. Être avalée par le vide creusé par ton départ. Me sentir démunie devant ton chat qui vient m'interroger du regard devant ton absence. Voir ton espace à la table à manger et savoir que plus jamais je n'aurai le plaisir de cuisiner pour toi. Tourner le regard vers le salon où se trouve ton jeu vidéo et penser qu'on n'aura plus de fous rires en jouant ensemble. Marcher jusqu'au bout du corridor, accompagné seulement par le bruit de mes pas qui résonnent dans le silence de ton absence. Entrer dans ta chambre, ton royaume, pour y chercher désespérément ta présence dans chaque recoin.

Entrer dans ta chambre, ton royaume, pour y chercher désespérément ta présence dans chaque recoin.

M'envelopper dans les couvertures de ton lit pour y sentir ton odeur. Avoir peur de l'oublier. Allumer ton système de son, faire jouer les chansons de ton idole Éric Lapointe et monter le volume au maximum, jusqu'à ce que les murs tremblent autant que mon cœur qui a si froid. Regarder ta collection de DVD d'humour et savoir que plus jamais je n'aurai le bonheur de t'amener voir des spectacles et te voir heureux de rencontrer les humoristes après le show. Serrer tes toutous contre moi pour tenter de sentir un peu de toi dans l'étreinte.

Les yeux rouges et chauds comme les brasiers de l'enfer, m'échouer dans ton petit lit pour laisser déferler mon tsunami de peine, de douleur, de désespoir. Pleurer jusqu'à ce que mon corps ne sache plus quoi faire d'autre. Me relever et errer sans but dans la maison. Tirer les rideaux et fermer les lumières dans chaque pièce. Fermer les lumières sur ma chair, sur mon sang, sur ma vie.

Si tu peux, mon poussin... Ne me quitte jamais... Vivre sans toi... Je ne saurais comment faire...

Les billets de blogue les plus lus sur le HuffPost