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29/03/2014 09:09 EDT | Actualisé 29/05/2014 05:12 EDT

Des pixel$ qui veulent votre attention

L'industrie audiovisuelle et médiatique est bousculée (comme bien d'autres) par le numérique. De gros changements s'imposent et s'opèrent. Les frontières n'existent plus. Les règles doivent être redéfinies. On doit repenser les pixels, revoir comment on raconte des histoires. Explorer de nouveaux modèles d'affaires et de financement. Et, en attendant, tous sont à la recherche du Saint Graal : votre attention. Parce que les gagnants (ceux qui survivront) sont ceux qui auront votre attention, mais surtout, votre engagement.

Le 18 mars dernier avait lieu l'événement Pixel média à Québec (#Pixmed), lequel réunissait les principaux acteurs de l'industrie sous le thème « Financer, produire, partager : contenus numériques, écrans et multiplateforme ». Le tout supporté par une programmation hautement intéressante composée d'une vingtaine de conférenciers provenant des principaux diffuseurs et plateformes numériques du Québec. Bref, une grosse journée!

Il a été question d'argent, d'argent, d'argent, de production et de contenu, d'excellents contenus d'ailleurs comme Projet-M, Star Citizen, Fort McMoney, La fabrique culturelle et bien d'autres. Mais, selon moi, il n'y a pas été assez question de partage et de communautés. Pourtant, ces derniers sont la clé de la survie.

Évidemment, on en a parlé un peu! Peut-être est-ce par simple déformation professionnelle que j'affirme ceci (oui, je suis consultante en médias sociaux). Il en a été question lors du volet « La communauté : pour se sociofinancer » laquelle, comme l'affirmait Marc Beaudet, « permet de travailler avec l'argent du public et non l'argent public. »

D'ailleurs, si cette avenue vous intéresse, je vous invite à jeter un coup d'œil à la présentation d'Antoine Van Eetvelde ainsi qu'à cette ressource offerte par le Fonds des médias du Canada: crowdfunding.cmf-fmc.ca. Vous y trouverez statistiques, données, bonnes pratiques et études de cas sur le financement participatif. Super intéressant et bien présenté! On y dit même que « les projets qui profitent d'un public investi déjà existant ont beaucoup plus de succès » et que « les créateurs à l'aise avec les médias sociaux seront mieux à même de promouvoir efficacement leur campagne et de maintenir l'engagement de leur public à travers le processus de financement participatif. »

Cela dit, qu'est-ce que ça signifie « être à l'aise avec les médias sociaux »? Comment bâtit-on une communauté solide et un public engagé? Combien coûtent bâtir et entretenir une communauté? Qu'est-ce que ça implique (à court, moyen et long terme) dans un contexte d'entreprise? Dans un contexte médiatique? Je crois qu'il aurait été pertinent, pour le bien des acteurs présents, d'aborder ces questions. Peut-être pour une prochaine édition?

Pour le moment, à écouter les principaux acteurs de l'industrie, ce que je retiens de Pixel média 2014 c'est qu'on ne s'entend pas sur l'avenir (ni la définition) de la télévision, l'argent est le nerf de la guerre et le contenu est roi.

Le contenu est roi?

Pourquoi dit-on que le contenu est roi? Comme vous le savez, le numérique et l'évolution technologique ont provoqué la multiplication des plateformes (mobiles, tablettes, vidéo sur demande, serveurs, portails, etc.). Cette multiplication de plateformes fait en sorte que les contenus ne sont plus liés (ou presque) à des dispositifs spécifiques. On peut les consommer sur la plateforme de notre choix (ou presque) et au moment de notre choix (ou presque). On se retrouve donc avec une fragmentation des publics comme jamais auparavant.

Et ce n'est pas tout, l'aspect de proximité et d'engagement (partage, échange, commentaire, question, opinion, collaboration, cocréation) encouragé par les réseaux sociaux engendre la nécessité de produire des contenus de plus en plus nichés.

Multitude de plateformes + publics fragmentés + proximité = besoin de plus de contenus pour satisfaire tout le monde. Et plus de contenus = besoin de plus d'argent.

Voilà pourquoi l'industrie considère le contenu comme étant roi et l'argent le nerf de la guerre. Ainsi, tous luttent chaque jour pour la création de contenus diversifiés et interactifs qui sauront canaliser votre attention et susciter votre engagement. Un engagement qui enrichit l'expérience tout en aidant grandement à la diffusion, au développement et à la durée de vie des œuvres.

Alors, si vous vous sentiez bombardé et surstimulé par l'offre de contenus, je vous annonce que ça ne fera qu'amplifier. La bonne nouvelle c'est que les créateurs québécois sont au rendez-vous et les Fonds (et le privé!) semblent l'être également (mais en moins grand nombre que les créateurs évidemment). À entendre parler les représentants des Fonds présents à l'événement (Fonds TV5, Fonds Bell, Ville de Québec, Fonds indépendant de production, Fonds des médias du Canada), la création de contenu numérique et multiplateforme est au top des priorités de tous, mais pas n'importe laquelle. On réclame du wow, du nouveau, de l'innovation, du différent, même de la révolution!

Y'a pas à dire, je parie qu'avec toute cette stimulation, d'ici quelques années, l'Alzheimer sera en voie de disparition... À moins que nos cerveaux brûlent sous la multiplication des ondes électromagnétiques? Ha! Ça doit être pour ça l'âge limite de 35 ans pour certains Fonds...

Trêve de plaisanteries, je suis d'accord avec le fait que le contenu est hautement important (j'en suis une grande consommatrice et c'est aussi grâce à lui que je gagne ma vie). Cela dit, je ne suis pas certaine qu'il est roi. Selon moi, c'est l'engagement qui l'est, donc le public puisque c'est lui qui décide quoi, quand, oὺ, comment il consomme et participe au contenu.

Comme le dit si bien Catalina Briceno sur le blogue du FMC :

« La valeur qui était autrefois intrinsèque aux contenus de création s'est aujourd'hui en partie déplacée dans la relation qu'entretiennent les utilisateurs avec ces contenus.

Il faut donc prévoir - lorsqu'on crée des contenus audiovisuels - un espace où cette relation pourra s'établir et perdurer, où l'on pourra non seulement mobiliser l'attention des auditoires, mais aussi les inciter à s'engager et à agir. [...]

Lorsqu'on examine les contenus de cet angle, on arrive à la conclusion que la finalité n'a rien à voir avec un format ou un genre en particulier. La finalité consiste plutôt à donner aux auditoires participants la possibilité d'ajouter de la valeur au cours du processus de distribution des contenus. »

Sur le même sujet, je vous invite aussi à lire cet excellent billet de Gabrielle Madé, toujours sur le blogue du FMC : South by Southwest 2014 : pouvoir des fans, retour vers l'humain et sport à la télé.

L'engagement... et la gestion de communautés?

Bref, cela revient à dire que les acteurs de l'industrie devraient se doter, le plus tôt possible, de gestionnaires de communautés ainsi que de stratégies de médias sociaux afin de bâtir et développer des communautés autour de leur marque et de leurs contenus. Le contenu c'est merveilleux et l'engagement c'est encore mieux, mais ça prend aussi une équipe qui sait le gérer, l'optimiser et le canaliser. Oui, je sais, ça nécessite encore plus d'argent! Mais ça participe également à en faire. De plus, je crois qu'une bonne façon d'économiser sur la création de contenus, c'est justement d'investir dans la gestion de communautés.

Pourquoi? Parce qu'une gestion intelligente de communauté (planification, écoute, animation, analyse) permet de mieux connaître son public (qui il est, qu'est-ce qu'il aime et n'aime pas, qu'est-ce qui le fait réagir, oὺ, quand et comment, etc.). Ainsi, ces données permettent de mieux cibler les publics, d'optimiser la création de contenus (surtout de contenus nichés) et de minimiser (voire supprimer) la fameuse méthode essais-erreurs qui coûte si cher en erreurs. Sans oublier qu'une communauté bien animée ne sera qu'encore plus engagée et généreuse envers les contenus qui lui sont offerts, provoquant par le fait même de nouvelles opportunités de création.

C'est simple, si l'on désire que notre contenu soit roi, il faut d'abord jouir d'une communauté et en prendre soin (parlez-en à Jimmy Lee et GSP). Mais comment fait-on ça? C'est ce que j'aurais aimé qu'on aborde un peu plus lors de cette journée, car bâtir et gérer une communauté, que ce soit un métier ou une compétence, c'est avant tout un art, voire une science.

En passant, voici un guide intéressant offert sur le site du FIP : Comment bâtir un auditoire pour une websérie.

La question qui tue (ou pas tant que ça) : La télévision est-elle morte?

Cette question soulève bien entendu les passions et ne fait surtout pas unanimité au sein du milieu audiovisuel et médiatique.

Alors que certains croient que les termes « télévision » et « écran télévisuel » sont morts, d'autres disent que ce dernier est bien ancré dans les habitudes de la population québécoise. On dit même que la multiplication des plateformes multiplie les possibilités télévisuelles. Cela dit, elle rend également le travail plus ardu.

Selon le rapport de surveillance des communications 2013 du CRTC (très bien résumé ici par le FMC):

« ... Les téléspectateurs sont encore au rendez-vous lorsqu'il est question des émissions diffusées dans le système réglementé : la moyenne nationale d'heures d'écoute par semaine demeure élevée et très stable. Elle est passée de 28 heures en 2009-2010 à 28,2 heures en 2011-2012. [...]

L'expérience que vit le téléspectateur se transforme au fur et à mesure que la technologie lui donne accès à une nouvelle couche qui répond à ses attentes. Avec chaque nouvelle couche qui s'ajoute, l'expérience télévisuelle se raffine, devient de plus en plus complexe et permet au consommateur une mainmise plus forte sur son expérience.

Jeffrey Katzenberg a raison : les nouveaux médias ne font pas disparaître les anciens; les nouveaux médias s'ajoutent aux anciens. »

Du côté d'Infopresse (dossier sur les médias de l'avenir), on mentionne que « Notre consommation de la télé pourrait bientôt ne se dérouler que par la bande passante, sur un écran indissociable de celui de notre ordinateur. » (J'ai hâte!!!)

Bref, la télé est-elle morte? Disons qu'elle se transforme et, chose certaine, qu'elle est sociale (#télésociale). Cela dit, comme nous le rappel Élie Prudhomme, superviseur des contenus interactifs et médias sociaux à V : « La télé sociale ce n'est plus de mettre un hashtag à la télé. C'est impliquer les gens dans le contenu de l'émission. »

En effet, le spectateur n'est plus spectateur. Il est participant, voire cocréateur de son divertissement et de son information. Il est roi (si l'on désire faire de l'argent). Les producteurs et les diffuseurs doivent donc redoubler de créativité pour combler ces attentes et approfondir l'expérience télévisuelle. Ce qui est tout à leur avantage. Par exemple, Élie Prudhomme me confiait que l'ajout d'applications, de contenus interactifs et d'activités sur les médias sociaux permettent non seulement de fidéliser un public, mais également d'aller en chercher un qui ne regarde pas nécessairement les émissions, mais qui participe quand même à la communauté parce qu'il adhère aux animateurs ou aux personnalités.

(Parenthèse sur la #SCNQ)

L'allocution de fermeture de Pixel média 2014 fut prononcée par Monique Simard, présidente et chef de la direction de la SODEC. Son discours portait sur la Stratégie culturelle numérique du Québec et ses enjeux. Comme je disais ici, j'avais très hâte à ce discours! Je croyais en apprendre un peu plus sur les décisions et les actions qui seront entreprises. Je m'attendais à du concret quoi. Toutefois, il était probablement trop tôt pour espérer une telle chose puisque Madame Simard ne fit que nous rappeler à quel point nous étions en retard et qu'il était urgent d'agir. Ça, on s'en doutait un peu. ;) Y a-t-il vraiment encore des gens à convaincre sur ce point?

J'ai bien hâte de connaître les dénouements de cette #SCNQ, mais, comme Michelle Blanc, je crois que ce n'est pas assez. Il faut plus que ça. Il nous faut un Plan nerd. Un Plan numérique pour le Québec. Même le MCC en fait part dans la conclusion de son document stratégique : « Il importe ainsi de doter le Québec d'un plan numérique, comme il s'en trouve dans d'autres juridictions, notamment en Australie et au Royaume-Uni. La présente stratégie vise à affirmer que les bases d'un tel plan existent déjà dans l'univers québécois de la culture et des communications... »

C'est un début, il faut l'admettre. Cependant, Michelle Blanc de son côté affirme que cet investissement de 150 millions du gouvernement du Québec est un investissement du passé. J'en déduis que, par ses connaissances et son expérience, Michelle Blanc perçoit certaines choses que je ne comprends pas encore (ou ne peut expliquer). Madame Blanc, auriez-vous la gentillesse de nous expliquer pourquoi la #SCNQ est un investissement du passé?

Merci infiniment.

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