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09/06/2017 09:21 EDT | Actualisé 09/06/2017 09:22 EDT

Refuser le rôle de la «crazy cat lady»

Je devais avoir 25 ou 26 ans quand je suis allée magasiner une blouse à offrir en cadeau à une amie qui attendait son premier enfant. La vendeuse m'avait accroché un petit coussin sur le ventre avant de me faire essayer quelques vêtements, ce qui me donnait l'apparence d'être enceinte de cinq ou six mois. Ma mère, qui m'accompagnait dans ma séance de magasinage, avait été très émue de me voir ainsi, mais ce ne fut pas mon cas... J'avais le syndrome de l'imposteur.

Quelques mois plus tard, alors que ma mère était en fin de vie, mais trop stable pour occuper un lit à l'étage des soins palliatifs, on l'installa pendant quelques semaines à l'étage des personnes âgées en perte d'autonomie. M'étonnant du fait que ces dernières ne recevaient presque jamais de visite, j'avais demandé à l'infirmière ce qu'elle en pensait. «Ici, les enfants qui visitent leurs parents régulièrement sont l'exception», m'avait-elle répondu. J'étais sous le choc. Le bâton de vieillesse ne serait-il donc qu'un mythe?

À l'époque, je comptais déjà quelques mères parmi mes amies et j'accueillais leurs récits d'insomnie, de stress, de fluides corporels et de post-partum. Une d'entre elles, terrassée par l'épuisement qui accompagne souvent les premiers mois de la maternité, m'avait même déjà confié dans un élan de découragement que si c'était à refaire, malgré l'amour indescriptible qu'elle ressentait pour son enfant, elle aurait peut-être fait un choix différent.

Ma balloune était crevée avant même d'avoir été gonflée. À ce stade, il était impossible pour moi de voir la maternité avec des lunettes roses. Cependant, la parentalité représentait la normalité et l'idée d'être mère faisait toujours partie de mes projets. J'avais plus ou moins consciemment tracé ma ligne d'arrivée à l'âge de 28 ans : à cet âge-là, j'aurais un bon travail stable, un amoureux et je serais certainement enceinte ou déjà mère...

Malheureusement, ça ne s'est pas passé comme ça. J'ai plutôt célébré mon 28e anniversaire toute seule, les deux pieds bien plantés dans une liaison vouée à l'échec. Je me souviens avoir passé des jours à me demander quel serait mon Plan B.

Fast Forward. Dix ans plus tard, j'ai un bon travail et un époux... mais malgré le tic-tac assourdissant de mon horloge biologique, celle-ci n'a pas encore sonné. Je me torture les méninges: «Est-ce que j'aurai des enfants ou pas? » Présentement, tout indique que l'horloge restera silencieuse et le compte à rebours soulignant la fin de ma fertilité est déjà lancé.

Le reste de ma vie se présente devant moi, comme un road trip sans destination fixe, ce qui est à la fois excitant et effrayant... mais pour le moment, plus effrayant qu'excitant.

J'ai remarqué que la pression subie par mes amis célibataires de plus de 30 ans était plutôt similaire. Eux aussi doivent constamment esquiver leur lot de questions intrusives et de commentaires maladroits ou désobligeants lors des réunions amicales et familiales. Quand on est sans enfant et/ou célibataire, on trouve toujours quelqu'un pour prédire notre avenir et nous annoncer que nous allons mourir tout seuls. On essaie de nous faire peur avec la solitude au lieu de nous encourager à l'apprivoiser. J'en connais qui passent d'une relation toxique à l'autre juste pour ne pas avoir à y faire face.

La vérité c'est qu'on ne nous a pas préparés à ça, la possibilité de vivre célibataire et/ou sans enfants.

La majorité de mes amis célibataires se torturent les méninges et se demandent ce qui les attend, eux aussi. La vérité c'est qu'on ne nous a pas préparés à ça, la possibilité de vivre célibataire et/ou sans enfants. Aussi, le modèle familial traditionnel est bien représenté dans les médias et sur les réseaux sociaux, mais pendant que les blogues de mamans pullulent, les non-parents et/ou célibataires -que ce soit par hasard ou par choix - sont sous-représentés... Et quand ils le sont, on les présente souvent comme des êtres irresponsables, égoïstes et fêtards. On a qu'à penser au cliché du célibataire endurci hantant les bars (ou Tinder!) à la recherche de conquêtes (son pendant féminin étant la cougar qui refuse de vieillir) ou encore plus pathétique : la vieille folle qui vit seule avec ses chats.

Je refuse de croire qu'il n'y a pas d'autres chemins, que ce sont les seules options. Je refuse de croire que de ne pas procréer ou ne pas être en couple conduit automatiquement à l'isolement et à l'ennui... Mais où sont nos modèles «childfree» et célibataires? Où sont ceux qui viendront enfin nous prouver le contraire? J'espère qu'on les verra prendre plus de place publiquement au cours des prochaines années.

Qu'est-ce qu'on fait de sa vie quand on n'a ni la carrière au cinéma d'Helen Mirren ni la plume de Simone de Beauvoir? Je n'ai pas encore trouvé la réponse. En attendant, je me laisse porter par la vague, tout en cherchant l'inspiration qui viendra à bout du mythe de la «crazy cat lady».

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