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10/12/2018 13:40 EST | Actualisé 10/12/2018 13:50 EST

Droits de l'homme: pour contrer la haine

Le silence n’est pas une option. Il nous appartient à tous de dénoncer la haine, car l’histoire nous a appris que nul n’est à l’abri lorsqu’on lui laisse libre cours.

Le président du Conseil Vincent Auriol prononce le discours d'ouverture de la troisième assemblée des Nations Unies le 22 septembre 1948, au Palais de Chaillot, à Paris. L'Assemblée générale de l'ONU s'est ouverte le 21 septembre 1948 et s'est achevée le 10 décembre après avoir adopté à l'unanimité, mais avec l'abstention du bloc soviétique, la Déclaration universelle des Droits de l'homme.
AFP via Getty Images
Le président du Conseil Vincent Auriol prononce le discours d'ouverture de la troisième assemblée des Nations Unies le 22 septembre 1948, au Palais de Chaillot, à Paris. L'Assemblée générale de l'ONU s'est ouverte le 21 septembre 1948 et s'est achevée le 10 décembre après avoir adopté à l'unanimité, mais avec l'abstention du bloc soviétique, la Déclaration universelle des Droits de l'homme.

Aujourd'hui, le monde entier célèbre le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Un projet visionnaire, la Déclaration a rassemblé le monde pour lui montrer que tous les êtres humains, peu importe leurs origines, possèdent les mêmes libertés et droits fondamentaux.

Avec la Déclaration, le monde espérait réparer et prévenir les atrocités nées de la haine sur lesquelles il a fermé les yeux. Le Canada n'est pas sans tache à cet égard, puisqu'il avait refusé l'accès à des réfugiés juifs qui ont finalement péri dans des camps de concentration nazis.

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Le Pacte mondial pour les migrations: la controverse

Des États de partout dans le monde, y compris le Canada, se sont réunis pour signer le Pacte mondial pour les migrations. Cet accord historique reconnaît non seulement que le discours public négatif et mal informé a un effet pervers et est une menace directe sur les droits de la personne, il demande aussi à ce que des actions concrètes et immédiates soient prises pour contrer ce dangereux phénomène.

Coïncidant avec ce jour d'anniversaire, cet accord a créé la controverse au Canada, car certains s'en sont servi pour pointer du doigt ce qui nous divise. Cet opportunisme irresponsable alimente les peurs et banalise les opinions trompeuses. Il donne une légitimité à l'indifférence face aux membres vulnérables de notre société, au mensonge et à la désinformation.

Il s'agit d'une menace envers l'engagement du Canada à la démocratie et à l'égard des droits fondamentaux d'égalité et de non-discrimination.

Nous sommes face à un réel danger

Les discours de haine et d'intolérance mènent aux crimes haineux. Statistique Canada a récemment publié des chiffres démontrant que ce genre de crimes a augmenté de 47% en 2017, par rapport à l'année précédente. Les délits motivés par le racisme, la xénophobie, l'intolérance religieuse en sont des exemples. Les crimes motivés par les préjugés contre l'invalidité d'une personne, son orientation sexuelle ou son identité de genre en sont également des crimes haineux.

Après la Deuxième Guerre mondiale, la structure des droits de la personne au Canada a été créée pour répondre à l'injustice et à la discrimination et prévenir la recrudescence de la haine.

La Charte canadienne des droits et libertés, la Loi canadienne sur les droits de la personne, ainsi que les lois provinciales et territoriales sur les droits de la personne ont toutes été élaborées à partir des principes de la Déclaration.

Ces lois ont donné aux gens vivant au Canada le pouvoir de dénoncer et de s'opposer à l'injustice et, ce faisant, de créer des changements positifs, non seulement pour eux-mêmes, mais pour leurs concitoyens. Elles sont efficaces pour combattre la discrimination, mais il existe un déficit important dans la manière dont le Canada répond à la haine à notre ère moderne.

La profonde transformation de nos manières de communiquer et de partager les idées fait en sorte que tout le monde a maintenant le pouvoir d'être un diffuseur d'information. Une seule personne peut parler plus fort et influencer plus de gens que jamais auparavant. Une nouvelle génération de jeunes est maintenant exposée aux mensonges qui caractérisent le discours de la supériorité raciale ou religieuse, bien souvent accessible au bout de leurs doigts. Conséquemment, la menace posée par le discours haineux est amplifiée de manière considérable.

La dernière fois que le Parlement a mené une vaste étude sur la haine était en 1965. Le Comité Cohen a révélé que: «Même peu nombreux, les individus et les groupes qui propagent la haine au Canada constituent une menace évidente et réelle au bon fonctionnement d'une démocratie...»

Le Canada d'aujourd'hui est un endroit tout autre qu'il y a 53 ans. Le monde est en soi bien différent, mais la haine continue d'être une menace évidente et réelle.

Nous avons la responsabilité d'examiner de près la façon dont la haine se propage, d'examiner comment contrer ce phénomène et de demander des comptes aux personnes qui la répandent et qui lui servent de courroie de transmission.

Le silence n'est pas une option

Entre-temps, le silence n'est pas une option. Il nous appartient à tous de dénoncer la haine.

Il ne tient pas qu'à un seul groupe de lutter contre elle. Ensemble, nous devons travailler pour comprendre et faire face à cette menace. Les leaders, non seulement les politiciens, mais également les leaders de tous les domaines doivent se lever et dénoncer la haine et la discrimination. Les gouvernements, la société civile, les experts, les organismes de réglementation, les fournisseurs de services et les législateurs, tous doivent s'opposer ouvertement à la haine et souligner clairement qu'elle n'a pas sa place dans ce pays.

En ce 70e anniversaire de la Déclaration des droits de l'homme, le Canada peut être fier de ses accomplissements, mais ce sentiment de fierté ne doit pas nous mener à baisser notre garde. Nous devons continuer à faire pression pour l'égalité, la dignité et le respect pour tous. L'histoire nous a appris que nul n'est à l'abri lorsqu'on laisse libre cours à la haine.

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