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19/01/2017 03:20 EST | Actualisé 19/01/2017 03:20 EST

«Une mort accidentelle»: une scène de crime sans levain

J'attendais beaucoup d'Une mort accidentelle (ma dernière enquête) cette nouvelle pièce de François Archambault présentée à La Licorne. Tu te souviendras de moi, vu sur la même scène à l'automne 2015 était un texte riche et prenant, rendu par de remarquables comédiens. Une mort accidentelle est aussi très bien jouée, mais il m'a semblé qu'il y manquait quelque chose, le levain qui aurait fait monter la pâte.

Il y a peu de dramaturges québécois qui écrivent sur des enquêtes criminelles. De mémoire, je me souviens de CSI Baie Saint-Paul, une délirante et absurde parodie présentée en 2011 et où j'avais ri comme rarement. On rit aussi avec Une mort accidentelle, mais le texte hésite entre le drame et l'humour, la tragédie quasi-réaliste et la critique virulente de la récupération médiatique et je crois que le dosage n'est pas tout à fait au point.

Philippe Desormeaux (Pierre-Yves Cardinal) a gagné un concours de chant à la télévision et a entamé une lucrative carrière. Il est en couple avec Lucie D'Amour (Marie-Pier Labrecque), une célèbre animatrice de télévision et ils sont devenus le duo chéri de toute la population. La pièce débute alors que Philippe vient de tuer accidentellement Lucie à la suite d'une querelle de ménage. Il se réfugie chez son père (Denis Bernard) ancien ministre du gouvernement, et sa mère (Micheline Bernard) à qui il raconte ce qui s'est passé. Les parents décident de couvrir leur fils et de lui fournir un alibi, puisque, comme le dira le père: C'est une bonne personne, c'est la première fois qu'il tue quelqu'un.

mort accidentelle

Ce n'est que le premier d'une série de mensonges plus gros qu'un troupeau d'éléphants qui parsèment la pièce. Mêlons à tout cela l'effroyable calcul de la mère et gérante (Annick Bergeron) de Lucie qui voit dans le meurtre de sa fille une occasion de faire de l'argent et le désespoir à la fois sincère et drolatique du père (Roger LaRue) de la jeune femme. Et n'oublions pas la journaliste (Marie-Hélène Thibault) qui caricature de façon désopilante l'information continue où, plantée au milieu de nulle part, elle pérore et extrapole sur le drame qui est survenu en misant sur une émotion de pacotille. Finalement, il y a l'enquêteur (Stéphane Jacques) qui, comme tous les détectives tels Harry Hole, Harry Bosch et autre Erlendur, affiche une personnalité tissée d'un mélange de crises existentielles et d'idiosyncrasies. Jeff Dubois mène son enquête paresseusement, plus intéressé par les chansons d'un groupe de Death Metal, Kill your dad, marry your mom. Il observe, à la manière du détective de Crime et châtiment, avec une candeur goguenarde la comédie humaine qui se joue sous ses yeux sans rien dénoncer cependant, ce qui aura des conséquences dramatiques.

Il y a donc plein de bonnes idées dans cette pièce, entre autres les scènes de prosopopée avec Lucie s'extasiant sur le nombre de J'aime qu'elle comptabilise sur sa page Facebook à la suite de sa mort et la conférence de presse donnée par les parents et le fiancé vivant leur deuil en public et misant sur une obscène récupération pécuniaire du drame qui vient de survenir. Mais, curieusement, ça tombe à plat. La mise en scène plutôt statique de Maxime Denommée y est probablement pour quelque chose. Et ce n'est véritablement que lors des dernières quinze minutes de la pièce qu'une véritable tension dramatique s'installe. Avant, ça traîne un peu.

La folie générée par l'influence des réseaux sociaux, les rumeurs les plus idiotes qui peuvent circuler à la suite du décès d'une personnalité connue, les témoignages et le chagrin démesurés en provenance du public, l'exagération et les excès qui accompagnent de nos jours le moindre événement, de tout cela François Archambault traite dans Une mort accidentelle. Et il y a des moments délicieux dans cette pièce, mais qui ne compensent pas, malheureusement, une absence de dynamisme et de rythme qui plombe cette production.

Une mort accidentelle (ma dernière enquête) : Une production de La Manufacture, à la Licorne jusqu'au 25 février 2017.

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