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29/05/2015 11:49 EDT | Actualisé 29/05/2016 05:12 EDT

Découvrez les étoiles du cirque de demain!

Un autre signe indéniable du retour du printemps ce sont les spectacles des finissants de l'École nationale de cirque présentés à La Tohu. On est bien loin ici de l'interminable (et plutôt médiocre, avouons-le) défilé de numéros des élèves de la deuxième année B de l'école primaire du quartier. Je compare les performances des élèves de l'École de cirque à celles des joueurs de hockey lors des championnats juniors. Ils sont jeunes, talentueux, remplis d'une folle énergie et ça donne, en règle générale, du bien bon spectacle.

Deux de ces spectacles, donc, présentés en alternance, nous donnent un avant-goût de ces vedettes du cirque de demain. Les Étinceleurs, une conception et mise en scène de Johanne Madore, et L'art de la fugue, dirigés et créé par Hélène Blackburn.

J'ai préféré L'art de la fugue. Les Étinceleurs n'est pas sans qualité, bien au contraire, mais la mise en scène, l'enrobage des numéros m'a semblé bien sage, bien classique, sans aucun moment de folie ou de délire, ce à quoi on est en droit de s'attendre lorsqu'il s'agit de mettre en valeur les numéros de ces jeunes surdoués du trapèze ou du mat chinois. L'esthétique des Étinceleurs est très léchée, on se sert du cube comme accessoire et comme thème récurrent, y compris avec d'étranges personnages sur échasses avec des têtes cubes qui apparaissent ponctuellement. Il y a également une narration, des commentaires entre les numéros, dits par un enfant, dont on ne comprend pas la moitié, qui prétendent à une pseudo-profondeur et qui sont complètement inutiles. On ne va pas voir un spectacle de cirque afin de vivre une expérience métaphysique qui s'avère à la hauteur des commentaires trouvés dans les biscuits chinois.

Par contre, on évite (pour mon plus grand bonheur) le syndrome du déficit d'attention. Lorsqu'un numéro se déroule sur scène, il n'y a pas trente-six autres choses qui se passent en même temps et qui distraient notre attention. Johanne Madore intègre les autres finissants (et ceux qui finiront l'an prochain, mais qui participent au spectacle) en les rendant complices et complémentaires et en se servant d'eux comme éléments vivants du décor. Et c'est très réussi. Concernant les numéros, le trapèze/danse d'Arthur Morel Van-Hyfte est renversant alors qu'Alexie Maheu-Langevin, princesse surgie des tréfonds de la scène, va faire une démonstration magistrale de mat chinois tout en ayant l'air de ne pas y toucher, comme si c'était la chose la plus facile et la plus habituelle du monde. Se démarque aussi Marilou Verschelden avec sa roue allemande. Quand on sait la force, la dextérité, la précision que demande la manipulation de cet engin, on ne peut qu'être béat d'admiration devant cette toute jeune fille qui est l'une des rares à s'être aventurée sur ce terrain. Mais, hélas, ces Étinceleurs manquent un peu d'étincelles.

les etinceleurs

L'art de la fugue ne compte que sur la musique de Bach comme accompagnement sonore. Avec cette musique des plus classiques, on trouve les moments de folie et d'exaltation que je recherchais. Ici, l'accessoire principal sera la chaise et c'est étonnant tout ce qu'on peut faire avec cet objet usuel. Charlie Mach, avec son allure d'étrange fou et son corps en caoutchouc, propose un numéro de chaise acrobatique qui va sans contredit vous décrocher le pompon. Eivind Overland, l'ultime lumbersexuel, exécute dans son numéro de trapèze des choses que je n'avais jamais vues, au point où je me suis demandée s'il n'avait pas des superpouvoirs. Dans un autre numéro de trapèze, Korri Singh Aulakh ressemblait à une palombe en bordure du toit, pour paraphraser Antoine Blondin qui parlait ainsi de Nadia Comaneci. Et le clown, Aaron Marquise, est le plus charmant, le plus désopilant et le plus inventif que j'ai vu depuis longtemps.

Mais ce qui m'a frappé surtout, c'est qu'Hélène Blackburn a misé davantage sur l'ensemble de sa troupe que sur la performance individuelle. Il y a toute une série d'images fortes dans ce spectacle, de paysages scéniques remplis d'émotion et de signification, de moments qu'on voudrait imprimer à jamais dans sa mémoire. Se dégage de tout cela une beauté étrange et un peu mélancolique parsemée de moments furieusement dynamiques qui laissent le spectateur fasciné et envoûté. Et, qui l'eut cru? Bach accompagne tout cela parfaitement.

Les Étinceleurs et L'art de la fugue : En alternance à la Tohu jusqu'au 7 juin 2015.

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