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08/12/2015 02:52 EST | Actualisé 08/12/2016 05:12 EST

«Sherlock Holmes et le chien des Baskerville»: un monde fou, fou, fou

Frédéric Bélanger nous propose un désopilant et irrévérencieux Sherlock Holmes et le chien des Baskerville, au Théâtre Denise-Pelletier où, est-il nécessaire de le souligner, on ne s'ennuie pas une minute.

L'année dernière, à pareille date, D'Artagnan et les trois mousquetaires de Frédéric Bélanger nous avait enchantés. Cette année, le metteur en scène nous propose un désopilant et irrévérencieux Sherlock Holmes et le chien des Baskerville, toujours au Théâtre Denise-Pelletier où, est-il nécessaire de le souligner, on ne s'ennuie pas une minute.

Le succès du détective né de la fertile imagination de Sir Arthur Conan Doyle au 19ème siècle ne se dément pas. On continue de l'adapter en séries télévisées (Sherlock, Elemetary), on lui rend hommage en créant des personnages qui lui doivent tout (House), Guy Ritchie le revisite avec beaucoup d'humour et de succès au cinéma. Le chien des Baskerville, publié au début du 20ème siècle et considéré par Conan Doyle comme hors chronologie, a connu aussi de multiples interprétations. Il nous manquait la nôtre, adaptée de la production anglaise de Peepolykus. Et bien la voici. Le résultat est une heure et demie de théâtre d'une drôlerie irrésistible.

La mise en scène est d'un dynamisme quasi effrayant: les trois comédiens, qui endossent 15 rôles, (sauf Watson qui demeure Watson et fidèle à lui-même du début à la fin) sont régulièrement pris de frénésie à cause des changements de costumes et des entrées qui se font parfois à la vitesse de la lumière (j'exagère un peu). Mais plutôt que de viser la perfection qui, dans un tel contexte s'avère impossible, Frédéric Bélanger choisit de nous montrer que la théâtralité et l'illusion peuvent fonctionner même lorsqu'on en dévoile la mécanique. On a ainsi droit à de la fumée de circonstance, à des éclairages saisissants, à de la musique dramatique et à des effets sonores dont personne n'est dupe. On nous dit: voilà ce qu'est le théâtre, une exagération, une convention qu'on vous met en demeure d'accepter et ce n'est pas parce qu'il y a des rouages visibles que l'on y croit moins, vous allez voir. Et ça fonctionne super bien.

Cette histoire abracadabrante que je ne résumerai pas ici (si vous ne l'avez pas lue allez voir sur Wikipédia ou, mieux, allez voir la pièce) est desservie par trois comédiens hors-pair qui doivent s'écrouler de fatigue après la représentation.

Étienne Pilon (qui joue entre autres Sir Henry Baskerville, Canadien soit dit en passant et qui vient réclamer son héritage dans ce Devonshire brumeux, ce qui donne lieu à des répliques fort drôles), François-Simon Poirier (en Sherlock Holmes, mais aussi en domestiques, en vengeur à demi-masqué et en invraisemblable séductrice Costa-Ricaine) et Philippe Robert qui ne fait que Watson mais qui est pratiquement toujours sur scène, sont tout simplement incroyables. Leur performance peut se comparer à une très difficile, longue et athlétique séance au gym.

Ils évoluent dans le décor de Francis Farley Lemieux qui se résume à un escalier style escalier de Chambord (mais en pas mal plus humble) avec une porte au milieu. Mais c'est tout ce qu'il faut pour nous amener dans les divers lieux où se déroule l'action. Les costumes de Sarah Balleux donnent le change au début mais se déglinguent (exprès bien sûr) avec le quotient de folie qui augmente au fur et à mesure. Car il s'agit d'une montée dans l'absurde avec comme toile de fond un classique de la littérature policière. Qu'on nous en montre les rouages ne fait qu'ajouter au plaisir.

Frédéric Bélanger met la conformité au service de la non-conformité dans ce spectacle échevelé. Rien n'a le caractère de la fatalité, les morts sont des mannequins de tissu, les méchants sont parfaitement caricaturaux, les comédiens s'adressent au public et, oui, il y a quelques sous-entendus sur la nature de la relation entre Holmes et Watson, mais surtout tout est prétexte à parodie dans cette adaptation.

C'est rempli de clins d'œil au spectateur lorsqu'on fait fi du quatrième mur, c'est auto référentiel et plein d'une mordante ironie. C'est un spectacle où tous y trouvent leur compte, enfants comme adultes et si on y montre les ficelles c'est pour mieux vous en ligoter et vous retenir prisonnier de cette aventure théâtrale hors du commun. Allez-y et que la joie soit avec vous.

Sherlock Holmes et le chien des Baskerville, une production du Théâtre Advienne que pourra, au Théâtre Denise-Pelletier jusqu'au 18 décembre et avec des supplémentaires en janvier 2016.

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