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05/12/2018 15:07 EST | Actualisé 05/12/2018 15:19 EST

«2018 Revue et corrigée»: vive les femmes!

L'humour est plus subtil, souvent sardonique et j'aime à penser que c'est à cause de l'apport féminin dans les textes de cette année.

Les comédiens sont toujours aussi survoltés, nous faisant croire qu'ils sont investis de super pouvoirs.
François Laplante Delagrave
Les comédiens sont toujours aussi survoltés, nous faisant croire qu'ils sont investis de super pouvoirs.

Rendez-vous annuel qui plaît toujours, Revue et corrigée est de retour sur la scène du Rideau Vert. Mis en scène par une femme, Nathalie Lecompte, et avec l'ajout de deux auteures féminines, Cassandre Charbonneau-Jobin et Justine Phillie, la recette m'est apparue très améliorée cette année.

Martin Héroux, Benoît Paquette et Marc Saint-Martin, des réguliers de la revue depuis plusieurs années, ne déçoivent pas. J'ai particulièrement apprécié le Dwayne Laframboise de Martin Héroux, un Franco-Ontarien qui vient nous chanter une chanson et qui précise qu'il est fluent dans les deux langues.

Marc Saint-Martin, lui, se transforme en un charmant Petit Prince qui veut apprivoiser un coyote d'Ahuntsic (on nous précise d'ailleurs que les coyotes ont été consultés pour le contenu de ce sketch et qu'ils sont d'accord) et Benoît Paquette devient une Michelle Blanc vraiment très amusante qui nous explique de façon emberlificotée le principe de la fluidité des genres.

Notre Suzanne Champagne nationale est toujours aussi délicieuse, merveilleuse et fabuleuse. Mais je veux souligner la performance de Joëlle Lanctôt, qui est tout simplement incroyable. Cette comédienne imite à la perfection les personnages les plus divers; il faut voir sa Sophie Prégent, qui est à s'y méprendre et sa Céline Dion misant dorénavant sur sa sensualité, plus vraie que nature.

Joëlle Lanctôt m'a impressionnée et je rêve de la voir au théâtre dans un rôle qui me révélerait d'autres facettes de l'immense talent qu'elle possède.

La mise en scène de Nathalie Lecompte y va à fond la caisse. Ça virevolte, ça pirouette et ça torpille. Les textes de Cassandre Charbonneau-Jobin, Luc Michaud, Justine Phillie et Dominic Quarré y sont pour beaucoup: ils vont droit au but, sans flafla et certains sont d'une rare efficacité.

Je pense entre autres à ce couple du Plateau qui rentre dans son super appartement où il y a deux frigos, après avoir participé à une manifestation pour l'environnement. Leur mode de vie bourré de contradictions est souligné avec finesse et ingéniosité et ici, on rit de soi-même autant que de ce qui se passe sur la scène.

Les comédiens sont toujours aussi survoltés, nous faisant croire qu'ils sont investis de super pouvoirs, et on sort de ce «Revue et corrigée» avec un peu de cette énergie qu'ils ont réussi à nous communiquer.

Robert Lepage et Ariane Mnouchkine vont, de leur côté, panser leurs plaies dans une petite auberge du Poitou et cela donnera lieu à une série de bons mots sur les déboires de SLĀV et de Kanata. Et il y a également un moment tendre et nostalgique que je ne veux pas divulguer ici, mais qui implique un personnage très important de l'Histoire du Québec et qui m'a fait avoir les larmes aux yeux. Si on veut rire c'est souvent pour oublier ce qui n'a pas été ou ce qu'on a raté. Ce moment est une belle audace de ce Revue et corrigée.

Cette édition m'a semblé plus ramassée, sans temps mort et sans remplissage inutile. L'humour est plus subtil, souvent sardonique et j'aime à penser que c'est à cause de l'apport féminin dans les textes de cette année. Les comédiens sont toujours aussi survoltés, nous faisant croire qu'ils sont investis de super pouvoirs, et on sort de ce Revue et corrigée avec un peu de cette énergie qu'ils ont réussi à nous communiquer. Des risques ont été pris cette année. Je crois que le pari est réussi et que c'est du bel ouvrage.


2018 Revue et corrigée: au Théâtre du Rideau Vert, jusqu'au 5 janvier 2019.

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