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24/01/2019 15:09 EST | Actualisé 17/05/2019 12:54 EDT

«Noir»: Fiat lux! Par pitié!

J'ai eu l'impression que j'étais prisonnière à jamais de cette noirceur et de cette atmosphère oppressante qui ne laisse aucun répit au spectateur.

Fabrice Gaétan
J'ai l'impression que l'obscurité est la marque de commerce de cet auteur et metteur en scène. Dans tous les sens du mot.

Cette pièce de Jérémie Niel, Noir, présentée au Théâtre de Quat'Sous, a provoqué beaucoup de sentiments belliqueux chez-moi. J'aurais dû m'en douter. J'avais détesté La campagne de Martin Crimp mis en scène par Niel, une pièce qui se déroulait dans la pénombre et où tout le monde chuchotait.

J'ai l'impression que l'obscurité est la marque de commerce de cet auteur et metteur en scène. Dans tous les sens du mot.

Dans le programme, on souligne qu'Évelyne de la Chenelière, Christian Bégin et Justin Laramée, qui jouent aussi sur scène, ont collaboré au scénario. Quel scénario? La pièce débute dans le noir le plus complet pendant plusieurs minutes. Lorsque la scène s'éclaire (c'est une façon de parler, on ne distingue même pas les visages des comédiens et on a de la difficulté à voir ce qu'ils font) on se trouve devant une forêt (très, très sombre) où trois personnages se livrent à un minimum d'activités autour du cadavre d'une femme. On entend surtout des respirations et des bribes de dialogues énigmatiques.

Ce qui nous éclaire (Ha! Ha!) en rien sur les motivations de ces gens, sur leur psychologie, sur ce qui a mené à ce drame manifeste. Il y a une petite Jeanne, qui aurait été enfermée dans le noir (par sa mère? Je n'en ai aucune idée) une Paulette victime de violence (conjugale? D'une autre nature? Je ne sais pas).

Mais qui sont ces gens, quels sont les liens qui les unissent, on ne le saura pas. En fait on ne saura rien.

Ces personnages débitent une prose émaciée et manquent singulièrement de densité. Aux prises avec un passé trouble et nébuleux, on n'arrive pas à recoller les vagues, très vagues, morceaux de leur personnalité morcelée. Ils s'agitent parfois un petit peu, on ne sait pas pourquoi. Et les femmes, dans cette histoire, sont soit enfermées, soit tuées. Charmant.

Je n'ose parler de la structure du texte. On pourrait la qualifier d'éclatée, elle m'est apparue extrêmement relâchée, sans queue ni tête; l'amie qui m'accompagnait pour la représentation ne savait pas après de quoi il retournait et se posait de sérieuses questions sur la finalité de tout cela. Il n'y a ni histoire, ni émotion, ni vertige face à un univers différent, ni rien du tout, seulement une glu mortifère dans laquelle sombre l'exercice, un peu comme ce théâtre expérimental des années 70 où tout le monde se traînait par terre en poussant des cris inarticulés.

Ça dure une heure dix, cette pièce, mais j'ai eu l'impression que j'étais prisonnière à jamais de cette noirceur et de cette atmosphère oppressante qui ne laisse aucun répit au spectateur. (Tiens, c'était peut-être ça, l'idée.)

Vous aurez deviné que ce genre de dramaturgie n'est pas ma tasse de thé, que je n'y ai vu qu'une morne machination du rien.

J'ai tenté de regarder ma montre plusieurs fois (mais je n'y voyais rien) et je me disais, proche du désespoir: «mourrez tous qu'on en finisse!» Vous aurez deviné que ce genre de dramaturgie n'est pas ma tasse de thé, que je n'y ai vu qu'une morne machination du rien. Et si les drames, meurtres, enfermements font souvent du bon théâtre, ici ce n'est certainement pas le cas.


Noir: une production de Pétrus en codiffusion avec le Théâtre de Quat'Sous, Au Quat'sous jusqu'au 9 février 2019.

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