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17/10/2016 02:07 EDT | Actualisé 17/10/2016 02:07 EDT

«Le ciel des ours»: de grandes questions pour les petits

C'est une pièce de théâtre au contenu assez lourd que nous propose la Maison Théâtre avec ce Ciel des ours. Comment répond-on aux grandes questions existentielles, comment concilier croyances mythiques et réalités quotidiennes? Évidemment, vous comprendrez que pour une pièce de théâtre qui s'adresse aux 3 à 8 ans, on ne pose pas la problématique de cette façon.

C'est une pièce de théâtre au contenu assez lourd que nous propose la Maison Théâtre avec ce Ciel des ours, une production du Teatro Gioco Vita, une troupe italienne qui œuvre depuis les années 1970. Sa spécialité est le théâtre d'ombres qu'elle exploite avec beaucoup d'originalité et de sensibilité tout en laissant une place importante aux deux comédiens, Deniz Azhar Azari et Andrea Coppone, qui guident les spectateurs dans cet univers peuplé d'ours qui parlent et qui éprouvent des sentiments et des émotions.

Les ours sont ici une métaphore pour les relations humaines. Comment répond-on aux grandes questions existentielles, comment concilier croyances mythiques et réalités quotidiennes? Évidemment, vous comprendrez que pour une pièce de théâtre qui s'adresse aux 3 à 8 ans, on ne pose pas la problématique de cette façon.

Il y a deux histoires : la première nous parle d'un ours sortant de l'hibernation et qui, après mûre réflexion (et on a droit à un ours adoptant la pose du Penseur de Rodin, ce qui est un charmant clin d'œil), décide de devenir papa. Ne sachant pas comment faire, il demande conseil à divers habitants de la forêt, dont le lièvre et la cigogne. Après avoir reçu une série de recommandations farfelues et au bord du découragement, il finit par rencontrer une ourse avec qui il va pouvoir réaliser son vœu.

La deuxième histoire met en scène un petit ourson qui vient de perdre son grand-père à qui il était très attaché. On lui dit que ce grand-père est maintenant dans le ciel des ours et le petit n'a qu'un désir : aller le rejoindre. Les adultes de l'auditoire comprennent bien vite que ce personnage vit une dépression et qu'il a des tendances suicidaires. Le chagrin immense qu'il vit ne comporte pas de solutions immédiates, le temps fait son œuvre et on souligne l'importance des liens familiaux et amicaux afin de faire son deuil convenablement. Tout cela est exprimé avec finesse et sensibilité.

Ce théâtre d'ombres, simple dans sa forme, comporte aussi de jolies trouvailles. J'ai aimé que les ficelles (façon de parler) soient évidentes. On voit très bien le travail des comédiens et leur investissement dans la représentation. Avec peu d'accessoires, mais beaucoup d'imagination, ils nous transportent dans cette forêt peuplée d'animaux qui parlent, univers mythologique qui plaît particulièrement aux petits. Les deux comédiens se révèlent attachants, pleins d'humour et d'humanité, ils évoluent avec grâce sur scène, alternant le sérieux et la blague dans un dosage judicieux. Et leur complicité évidente n'est pas le moindre de leurs attraits.

Léopold S., l'adorable petite créature qui m'accompagnait et qui se comporte toujours impeccablement au théâtre, n'a évidemment pas compris les implications métaphysiques de ce texte. Mais je me servirai probablement un jour de cette métaphore ursine pour lui faire réaliser qu'on peut guérir un peu des blessures causées par la perte et l'absence. Qu'on peut être angoissé dans la vie, mais trouver tout de même un certain apaisement dans l'amour profond qu'on nous porte et que l'on ressent pour les autres.

Le ciel des ours: une production du Teatro Gioco Vita, à la Maison Théâtre jusqu'au 23 octobre 2016.

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