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20/12/2016 08:18 EST | Actualisé 20/12/2016 08:47 EST

«Le bain»: il faut bien le prendre

Le bain se déroule entièrement dans cette salle de bain où Madame Pin-Pon, pompière de son état, se retrouve avec son petit cochon qui refuse de se laver. Après le feu, l'eau. Jolie métaphore de ce que subissent bien des parents aux prises avec des petits pour qui prendre un bain est un supplice.

En entrant à la Maison Théâtre, Léopold S. me demande :

- Est-ce qu'on va voir Papoul?

(Cette pièce l'a beaucoup marqué, je crois.)

- Non, on va voir Le bain. Mais c'est aussi une pièce de Jasmine Dubé. Alors, ce devrait être bon.

Et ce le fut.

Dans une scénographie de Linda Brunelle aussi réaliste qu'efficace, Le bain, mis en scène par Jasmine Dubé, se déroule entièrement dans cette salle de bain où Madame Pin-Pon, pompière de son état, éreintée après sa journée de travail, se retrouve avec son petit cochon qui refuse de se laver. Après le feu, l'eau. Jolie métaphore de ce que subissent bien des parents aux prises avec des petits pour qui prendre un bain est un supplice. En plus d'être visuellement très amusante, la pièce est remplie d'allusions fines et de trouvailles langagières qui plairont aux plus grands. Les deux comédiens, Julie McClemens et Denys Lefebvre, habitent cet univers à la fois concret et surréaliste, y apportant une belle complicité et beaucoup de conviction.

«Tu t'es bien amusé avec tes amis à la porcherie», demande Madame Pin-Pon et le petit cochon de lui expliquer qu'ils ont construit une maison de paille, une maison de bois et une maison de brique afin de déjouer les plans d'un méchant loup, intégrant ainsi des références que peuvent comprendre les enfants. Il y a également une conversation à propos d'une expédition à la plage, à la baie des Cochons plus précisément, où on prend des bains de soleil pour se faire griller la couenne, ce qui m'a bien fait rire. De son côté Madame Pin-Pon, qui passe son temps à éteindre des feux, explique au petit cochon que son travail ne s'étend pas à l'extinction des feux de circulation ou des feux sauvages. Et ce qui est merveilleux c'est qu'il s'agit là de conversations totalement plausibles entre un parent et un enfant, lorsque les subtilités du langage commencent à se faire jour dans la tête des petits.

Bien sûr que cet adorable et très tannant petit cochon va finir par le prendre, ce bain. Non sans avoir cherché mille prétextes, retardant le moment où Madame Pin-Pon va enfin pouvoir se reposer après sa dure journée. Et, naturellement, lorsqu'il est enfin couché, il va demander 345 choses avant de finalement s'endormir. Madame Pin-Pon, qui croit enfin pouvoir se détendre, va devoir composer avec le garçon en peluche du petit cochon qui va prendre vie, grandeur nature, et lui tenir compagnie pendant un bon moment. Le talent de Jasmine Dubé consiste en cette manière symbolique qu'elle a de parler du quotidien souvent épuisant que tous les parents connaissent, mais en le transcendant et en faisant ressortir tout le charme fugace de ces moments qui ne reviendront plus. Papoul faisait cela aussi.

Le bain est rempli d'adorables dialogues, ainsi lorsque Madame Pin-Pon raconte au petit cochon, pour la millième fois peut-on supposer, le coup de foudre qu'elle a ressenti lorsqu'elle l'a vu pour la première fois et qu'il est entré dans sa vie. Que l'enfant soit biologique ou pas (et dans la pièce, bien évidemment, il ne l'est pas) il s'agit là d'un sentiment universel qu'ont probablement ressenti la plupart des parents. Et lorsqu'on nous le rappelle d'aussi jolie façon, on ne peut que s'incliner devant cette créativité tellement remplie d'humanité.

Le bain : une production du Théâtre Bouches Décousues, à la Maison-Théâtre jusqu'au 8 janvier 2017.

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