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14/02/2019 06:00 EST | Actualisé 17/05/2019 12:54 EDT

«Lascaux»: curieux objet

Composé d'envolées lyriques et assorti d'un considérable tribut à une vision très poétique du monde, l'histoire qui n'en est pas une, ne décolle pas.

Denis Bambault
Fable poétique ou conte philosophique?

C'est un curieux objet que cette production du Théâtre Bouches Décousues et de Populus Mordicus présentée à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier. Lascaux, écrit par Jasmine Dubé et mis en scène conjointement par l'auteur et par Pierre Robitaille, raconte vaguement une histoire, oui, mais sans progression dramatique, s'attardant à des moments surréalistes, misant sur une étrangeté dont on ignore la source, ce qui m'a laissé comme spectatrice dans l'attente de quelque chose qui n'est jamais venu.

Une jeune femme, Madeleine (Marjorie Vaillancourt), tombe dans une grotte dont elle ne peut pas sortir. Elle s'organise une espèce de vie, découvre qu'elle est enceinte et mettra au monde un fils qu'elle appellera Lascaux (Jules Ronfard). Elle trouvera une pomme, un feu, elle sculptera des animaux, fera l'éducation de son enfant, lui communiquant des concepts qui, pour lui, sont complètement étrangers: le ciel, le soleil...

Puis, un jour, elle disparaît. L'enfant grandit, devient un homme et s'exprime toujours comme un enfant de trois ans. Il s'adresse à Dordogne (Éva Daigle), une voix dont la nature reste confuse, qui lui répond. Peut-être est-ce là le produit de son imagination ou le résultat d'hallucinations, ou alors la façon de garder un contact, de briser la solitude, je ne sais trop. Et puis un jour Lascaux va trouver le moyen de sortir de la grotte et ira à la recherche de son père. Dont on ne sait rien.

Je voue une admiration sans bornes à Jasmine Dubé dont je vois les pièces depuis plus de trente ans. Mais celle-ci m'a laissée devant des abimes d'interrogations.

Comment se fait-il que Madeleine trouve une pomme au fond de cette grotte? Et un feu déjà allumé? Avec quoi l'entretient-elle puisqu'il n'y a pas de bois? Comment d'ailleurs assure-t-elle sa survie pendant toutes ces années à part les poissons aveugles qu'elle attrape à mains nues dans les sources qui coulent autour d'elle? Et qui est Dordogne?

La scénographie d'Erica Schmitz rend très bien le lieu, cette grotte avec des rochers et quelques ruisseaux. Les éclairages complètent et soulignent l'atmosphère oppressante et claustrophobe de l'endroit. Mais le texte se trouve en porte-à-faux avec cette représentation réaliste. Composé d'envolées lyriques et assortie d'un considérable tribut à une vision très poétique du monde, l'histoire qui n'en est pas une ne décolle pas.

Pire: ce qui est arrivé à Madeleine ne nous émeut pas. Et Dordogne, peut-être dieu tutélaire ou peut-être pas, m'a semblé plaqué sur l'ensemble, né de la nécessité d'avoir un dialogue entre Lascaux et... quelque chose.

Fable poétique ou conte philosophique?

Une (autre) variation sur le thème de la Caverne de Platon? Je ne sais pas trop ce que j'ai vu avec ce Lascaux. Il y a trop de choses inexpliquées dans ce que Madeleine vit et il manque une colonne vertébrale à ce récit cryptique. Il faut que l'intrigue intrigue; bien sûr qu'on peut laisser des zones d'ombre et je veux bien qu'on défie le réel avec l'imaginaire, mais je n'ai pas trouvé les clefs qui m'auraient permis d'ouvrir et de comprendre ce Lascaux.


Lascaux: une production du Théâtre Bouches Décousues et du Théâtre Populus Mordicus, au Théâtre Denise-Pelletier jusqu'au 2 mars 2019.

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