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22/01/2013 01:35 EST | Actualisé 24/03/2013 05:12 EDT

La Verita: Hélas non

Viviana Cangialosi

Que dire sinon que les espérances étaient fort élevées pour ce spectacle de Daniele Finzi Pasca et que La Verita n'a pas été à la hauteur? Corteo du Cirque du soleil avait embrasé l'imagination avec des tableaux complexes véhiculant une charge d'émotions et de sentiments. Depuis Icaro on savait Finzi Pasca capable d'humour et de tendresse et maître dans l'art de fusionner l'idéal et le réel. Mais toutes ces immenses qualités semblent s'être perdues ou du moins avoir été passablement diluées lors de l'élaboration de La Verita.

On sait tous que le prétexte de ce spectacle est le rideau de scène peint par Dali et retrouvé par hasard et qui représente (à la Dali bien sûr) Tristan et Iseult. Ce tableau doit donc servir de fil conducteur et on retrouve tout au long de la représentation des allusions esthétiques ou littérales plus ou moins soulignées au tableau et à l'œuvre de Dali en général. Mais très sincèrement, jamais au grand jamais, je n'ai été capable de discerner dans un spectacle de cirque un fil conducteur narratif qui ait du sens. Et La Verita ne fait pas mieux que tous les autres. Au mieux, le propos se réfugie dans l'abstraction et on l'oublie très rapidement, au pire il tente de s'imposer et on le voit surgir au détour d'un numéro mais dans le meilleur des cas ça ne laisse pas de trace. Selon un expert, et c'est moi l'expert, il est aussi farfelu d'essayer de trouver le fil d'une histoire dans un spectacle de cirque que dans les créations de Balanchine. Pourquoi s'obstiner à plaquer une narration sur ce qui demeure ultimement de la performance pure me plonge dans des abîmes de perplexité.

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Il y a donc des allusions plus ou moins fines à Dali tout au long de La Verita, les rhinocéros, les taureaux, les têtes de pissenlit etc. Quelques numéros se démarquent dont en général les acrobates et les trapézistes mais ce que l'on retient davantage c'est la longueur intempestive de tout cela et l'effet brouillon qui s'en dégage. À certains moments trop de choses se produisent en même temps et on ne sait plus où regarder, on a aussi une impression de superficialité où le spectacle touche à tout (trop longuement) sans jamais s'attarder à quoi que ce soit. La musique est générique et ne se démarque en rien. Et les clowns sont inintelligibles et exaspérants et demeurent au niveau des gags phalliques infantiles et dépassés.

Bref, ce n'est pas la joie. Il faudrait que tout cela soit resserré sérieusement car il n'y a rien de pire qu'un spectateur qui s'ennuie et qui a l'impression de perdre son temps. Mais le plus grand reproche que je fais à La Verita c'est de ne pas être venu me chercher émotivement. À aucun moment je n'ai été touchée, à aucun moment je n'ai été emportée dans plus grand que moi, dans un ailleurs que l'art et la beauté nous permettent d'entrevoir à l'occasion et qui fait de nous de meilleures personnes pour avoir côtoyé, aussi brièvement que ce soit, le sublime. La Verita ce n'est pas ça du tout.

Crédit photo : Viviana Cangialosi

La Verita est présentée au Théâtre Maisonneuve de la Place des arts jusqu'au 3 février 2013

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