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13/01/2016 05:29 EST | Actualisé 13/01/2017 05:12 EST

«La vague parfaite»: l'opéra parodié

J'ai déjà reproché des excès de pensées à des pièces de théâtre; avec La vague parfaite, c'est l'inverse. Un peu plus de substance aurait pu faire de cet opéra-surf quelque chose d'inoubliable.

Les amateurs de surf constituent littéralement une sous-culture, au même titre que le mode de vie des jeunes gens de Jersey Shore. Pour tout ce beau monde, le paraître est pas mal plus important que l'être et j'ai souvenir d'un épisode où l'inénarrable Snookie de Jersey Shore décrivait le fait d'avoir mangé un cornichon frit comme une expérience quasi métaphysique qui avait changé sa vie. C'est vous dire où se situe leur niveau intellectuel et l'éventail de leurs préoccupations.

Donc, pour le surf, c'est très semblable. Guillaume Tremblay et son comparse, Olivier Morin, ont concocté cette Vague parfaite présentée à l'Espace Libre mettant en scène ces beaux jeunes gens vivant sur une plage à Tahiti, occupés à se faire bronzer, à porter leurs lunettes de soleil, à baiser et à attendre LA vague ultime, celle que leur cœur désire par-dessus tout et qui leur permettra de faire la preuve de leur impeccable technique. Et ils font tout ça en chantant. Un opéra-surf. Et leur vague parfaite va se concrétiser mais ce sera un tsunami et ils se retrouveront à errer sur un radeau à la recherche d'une terre d'accueil dans un monde dévasté.

Olivier Morin et Guillaume Tremblay se jouent ici des codes et des conventions de l'opéra. Le résultat est franchement drôle. On chante en faux italien et en faux allemand, il y a les surtitres où on peut lire des extraits de dialogues comm : «C'est très cool, dude», «Me voici jetée comme une vieille canne de V-8» ou «Prends mon sleeping-bag, il vaut 300$»... Et pour moi, qui honnêtement, ne peut pas supporter l'opéra à cause justement de ses conventions et de ses codes qui me laissent de marbre, l'inanité de ces dialogues ne m'ont pas semblé très loin de certains livrets d'œuvres considérées comme faisant partie du patrimoine culturel universel. Dans La vague parfaite aussi, on se prend très au sérieux en débitant des trucs qui n'ont aucun sens et c'est ce qui en fait le charme. Rien de tel comme déconstruire une institution pour se payer une pinte de bon sang. Ou de bon sens, c'est selon.

Évidemment après la surprise initiale de cette proposition où on rit beaucoup, on a compris le principe. Et le reproche que je ferais à Guillaume Tremblay et Olivier Morin c'est de ne pas avoir poussé assez loin l'analyse anthropologique de cette culture du surf car le fil de la narration est bien mince et si les clichés sont bien exploités ils ne sont pas pour autant pervertis. Les trouvailles langagières, très amusantes, demeurent superficielles (la faille de San Andrea Bocelli par exemple), et l'arrivée intempestive de Björk qui veut convaincre les surfeurs d'aller s'établir en Islande est un peu du n'importe quoi plaqué; je crois qu'il aurait fallu pousser le concept dans ses derniers retranchements avec une histoire plus solide. Car il y a effectivement des îles menacées de disparition à cause de la montée des océans et des communautés hésitantes à accepter des cultures différentes à l'intérieur de leurs frontières. Mais d'autre part...pourquoi ne pas s'amuser sans chercher bien loin, puisque c'est manifestement ce qui arrive avec La vague parfaite.

Il y a de très belles voix dans ce spectacle: Hiather Darnel, Anne Julien et la remarquable Cécile Muhire sont merveilleuses et Sylvain Paré, avec sa voix puissante, Mathieu Grégoire et Antoine Gervais, respectivement ténor et baryton, tous jouent aussi bien qu'ils chantent et sont impeccablement accompagnés par Navet Confit, les complices de toujours et par Philippe Prud'homme au piano.

Alors? J'aimerais que ces talentueux jeunes gens nous racontent l'Histoire à travers des histoires. J'ai déjà reproché des excès de pensées à des pièces de théâtre; avec La vague parfaite, c'est l'inverse. Un peu plus de substance aurait pu faire de cet opéra-surf quelque chose d'inoubliable. Plutôt que quelque chose de simplement amusant.

La vague parfaite, une production du Théâtre du Futur, à l'Espace Libre jusqu'au 30 janvier 2016.

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